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«Etre une femme sur un chantier peut vite virer au cauchemar»

Les quatre intervenantes.
© Olivier Vogelsang

Réunies dans les bureaux d’Unia Genève, Alexandra, peintre en bâtiment, Diana, électricienne, Mila, apprentie maçonne, et Anna, travaillant dans le désamiantage, ont fait part des difficultés rencontrées sur les chantiers. Tant au niveau de l’hygiène, que de la violence et du harcèlement. Elles ont aussi mis en avant plusieurs revendications.

Unia Genève a réuni quatre travailleuses du bâtiment pour qu’elles partagent leur quotidien et réfléchissent sur des propositions pour améliorer leurs conditions de travail. Témoignages

Dans le cadre de la grande enquête lancée par le syndicat auprès des femmes sur les chantiers (lire ici), Unia Genève a pris l’initiative de réunir des travailleuses du bâtiment pour connaître leurs conditions de travail mais aussi leurs revendications. «Il y a de plus en plus de femmes sur les chantiers, et votre avis est important en vue des négociations conventionnelles à venir», a introduit José Sebastiao, secrétaire syndical responsable de la construction et moteur de cette réunion, qui s’est tenue le 23 février. «C’est une année syndicale très importante, notamment à travers la grève des femmes, complète Helena Verissimo de Freitas, secrétaire régionale adjointe. Si les femmes sont très présentes dans le tertiaire, dans les métiers dits typiquement féminins, c’est le moment de s’intéresser à celles qui œuvrent sur les chantiers.»

Hygiène déplorable

Ce soir-là, une apprentie maçonne, une peintre en bâtiment, une électricienne et une femme active dans le désamiantage sont présentes. Elles parlent de leur quotidien, et notamment des problèmes d’hygiène et de locaux. «Il est très difficile d’avoir deux endroits distincts pour se changer et manger», explique Alexandra. «Les toilettes sont toujours sales. On doit demander au chef d’équipe d’en mettre une à disposition pour nous, les femmes. Ça prend du temps, et parfois, ce n’est pas fait. Il m’arrive d’aller au café le plus proche pour me rendre aux WC, car les toilettes chimiques, je ne rentre même pas dedans!» Diana, l’électricienne, dit se changer avec les hommes, faute d’espace mis à disposition pour elle. «Tu dois exiger un vestiaire pour toi, c’est ton droit», lui disent ses consœurs. «Au-delà des toilettes, c’est l’entier du chantier qui est sale, rajoute Diana. Entre les déchets et la poussière, c’est difficile de travailler dans ces conditions. A chaque fois, je dois nettoyer ma place de travail avant de démarrer.» Pour Mila, apprentie maçonne, les galères commencent dès l’école professionnelle. «Ils ont mis une semaine et demie à me trouver un vestiaire séparé.»

Maltraitances

Etre une femme dans ces métiers, c’est batailler plus. Alexandra, peintre depuis huit ans dans la même entreprise, pense que c’est plus difficile de gravir les échelons. En tout cas, ce n’est pas sans risque. «J’ai été nommée cheffe d’équipe à plusieurs reprises sur des chantiers et, à chaque fois, ça s’est mal passé. Un collègue a menacé de me frapper et il n’y a jamais eu de représailles. On m’a fait comprendre que j’étais responsable mais que je n’avais pas d’ordre à donner à mon équipe...» Alexandra en a vu de toutes les couleurs. Tantôt rabaissée par ses supérieurs, enfermée seule dans un local pour manger, puis harcelée, sexuellement et moralement, elle tient bon par amour de son métier. «J’ai été harcelée pendant six mois par un agent de sécurité du chantier. Ça a été crescendo. J’ai eu beau en parler à mes collègues et à mes supérieurs, personne ne m’a défendue ni soutenue. Ils minimisaient, ils disaient que j’en faisais trop. J’ai fini par faire une dépression et sombrer dans l’alcool.» Elle est aujourd’hui la seule femme employée fixe dans son entreprise, alors que, quand elle a commencé, elles étaient vingt. Quant au salaire, elle dit gagner 5% de moins que ses collègues hommes, aussi qualifiés qu’elle...

Se résigner ou partir

Les langues se délient. Clairement, le mauvais traitement réservé aux femmes sur les chantiers s’avère généralisé. «Ça arrive que je reçoive des remarques déplacées, mais je coupe court tout de suite, je ne me laisse pas faire», confie Diana. Mila, elle, tombe des nues quand elle se plaint auprès des responsables de sa formation au sujet d’une réflexion inadaptée d’un enseignant. Voilà la réponse qu’elle reçoit: «Si vous n’êtes pas prête à entendre ce genre de réflexion sur les chantiers c’est que ce n’est pas un métier pour vous!» «Donc on doit se contenter d’en prendre plein la gueule, juste parce que c’est comme ça?» s’indigne la jeune femme. Mila dit travailler dans une petite entreprise et ne rencontrer aucun problème avec ses collègues. Enfin presque. «Une fois, un collègue de 63 ans m’a claqué les fesses avec une truelle. Je ne savais pas comment réagir sur le coup, je n’ai rien dit...» Si elle affirme être plutôt bien lotie, ce n’est pas le cas de ses camarades de volée, qui n’ont pas souhaité venir à la réunion. «Sur les quatre filles, trois n’en peuvent déjà plus et pensent quitter le métier.» Pas parce que c’est un métier physique, ou difficile, rien à voir! «Certaines ont reçu des messages de leurs collègues avec des photos de leur sexe, d’autres ont été convoquées car des collègues se sont plaints que leur pantalon était trop moulant ou qu’on voyait leurs sous-vêtements...»

Pour de meilleures conditions

Face à ces réalités, des revendications ont été dressées. D’abord, une meilleure hygiène sur les chantiers est primordiale pour le bien-être de toutes et tous. Les femmes ont de plus appelé à réfléchir à un congé menstruel pour celles qui en auraient besoin. Elles plaident également pour une semaine de quatre jours, afin de mieux concilier vie privée et vie professionnelle. Elles aimeraient un congé maternité plus long, mais aussi un congé en amont, pendant la grossesse, pour préserver la santé de la maman et du bébé. Sans oublier un congé parental. «Il est très important de coupler congé maternité plus long et congé parental, car, si ce n’est pas égalitaire, ils ne voudront plus embaucher de femmes sur les chantiers», souligne Diana. Elles proposent enfin une formation de l’ensemble des acteurs du secteur, ouvriers mais aussi contremaîtres et formateurs, sur l’intégration des femmes sur les chantiers et la prévention contre le harcèlement. «Ce n’est pas la pénibilité de nos emplois qui nous fait fuir, mais tous les bâtons que nos collègues hommes nous mettent dans les roues en permanence!»

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