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La démocratie, c’est aussi pour l’entreprise

La démocratie s’arrête encore trop souvent aux portes de l’entreprise. Pourtant, le gouvernement des choses et des humains s’opère autant, sinon davantage, dans le monde économique que dans la sphère politique. Tel est l’un des constats à partir desquels une soixantaine d’auteurs – politologues, sociologues, constitutionnalistes – entendent revivifier la démocratie

Sous la direction de René Dosière (ancien député PS du nord de la France) et Gaël Giraud (économiste), ce collectif a récemment publié Réveiller la démocratie (Editions de l’Atelier), un ouvrage dans lequel ils proposent des pistes «pour sortir de l’hiver démocratique».

Le rôle essentiel des syndicats

Selon les auteurs, les syndicats ont un rôle essentiel à jouer dans le processus de démocratisation économique, parce que les rapports de la Confédération syndicale internationale (CSI) «indiquent le lien existant entre l’absence de droit du travail et l’interdiction faite aux salariés de pouvoir se syndiquer», mais aussi parce qu’ils sont les seuls défenseurs des salariés. Selon Jean Grosset, directeur de l’Observatoire du dialogue social, la société a besoin d’une véritable articulation démocratie politique/démocratie sociale en s’appuyant sur une politique contractuelle importante dans les entreprises, dans les branches et au niveau interprofessionnel. Pour atteindre cet objectif, encore faut-il que le syndicalisme améliore son implantation, spécialement en France, qui connaît le plus faible taux de syndicalisation (8,8%) d’Europe occidentale. Le collectif est d’avis qu’au sein des entreprises, ceux qui n’apportent que leur force de travail doivent avoir les mêmes droits que les détenteurs de capitaux. Et cela d’autant plus que les rares exemples d’entreprises gouvernées par des principes démocratiques attestent, selon Paul Magnette, ancien ministre-président du Gouvernement wallon, que la productivité y est identique, voire meilleure, que dans les entreprises conventionnelles. De plus, les inégalités salariales y sont moins larges et les discriminations entre hommes et femmes moins répandues.

Proportionnelle, référendum, quotas

Pour améliorer la démocratie politique en France, les auteurs préconisent l’introduction de la proportionnelle pour l’élection des députés à l’Assemblée nationale, qui assure une représentation plus fidèle des choix des votants que le système majoritaire. Depuis le Brexit, la France est le dernier pays de l’Union européenne qui élit ses députés au scrutin uninominal majoritaire. Le collectif veut aussi introduire le référendum d’initiative citoyenne (proche de l’initiative populaire en Suisse) et déprofessionnaliser la vie politique, afin qu’elle ne soit plus réservée à des élites, en limitant le cumul des mandats. Au chapitre de l’égalité, Morgane Gonon, magistrate, et Magali Lafourcade, économiste, plaident en faveur de quotas non seulement dans les institutions, mais aussi dans l’espace médiatique, car durant le confinement, il est apparu que les femmes ne représentaient que les 25% des invités dans les médias français!

Délégué à l’environnement

Enfin, parmi les multiples propositions visant à instaurer une démocratie environnementale, on retiendra l’idée de créer, dans les entreprises de plus de 250 employés, un délégué à la protection de l’environnement. Désigné de manière démocratique, celui-ci se verrait attribuer des tâches relevant de la stratégie environnementale, d’information et de sensibilisation, de médiation et de contrôle de la mise en œuvre des normes environnementales.

Le rêve américain: un cauchemar!

«A moins d’avoir la peau blanche et de faire partie de la classe aisée, le rêve américain est un cauchemar et l’a toujours été», écrit l’historien et politologue Pierre Jaquet en conclusion de son ouvrage précisément intitulé Le rêve américain, un cauchemar (L’Harmattan). L’auteur en veut pour preuve que les Etats-Unis se sont construits sur deux énormes massacres, celui des Indiens, et celui des Africains mis en esclavage, qu’ils ont mené environ 200 conflits armés dans le monde, et qu’ils connaissent 17 fois plus d’homicides que la France. Sur le plan social, ce n’est pas mieux. Dans les supermarchés Walmart, les salaires démarrent à 12 dollars l’heure, plus de 30% en dessous du minimum vital à New York! Cette situation tient en grande partie au fait qu’en raison de lois restrictives, les syndicats peinent à s’implanter. Ils ne sont ainsi présents que sur un seul site d’Amazon, qui compte 800000 employés aux Etats-Unis.


Du dimanche à la Saint-Lundi

A l’origine, le dimanche a été un jour férié pour des raisons religieuses, pendant lequel il n’était pas question de faire la fête. Au fil du temps, l’exigence d’un repos festif s’est manifestée au sein du monde du travail. «C’est pour satisfaire ce désir, explique l’historien Alain Corbin, auteur d’une Histoire du repos (Plon) que s’instaura, un temps, la pratique de la Saint-Lundi, jour chômé substitué au dimanche, au cours duquel il était possible de satisfaire le désir de fêtes et de distractions; ce que l’on peut considérer comme une forme sécularisée de repos.» Il ajoute que, durant la première moitié du XIXe siècle, la pratique croissante des jeux, des danses, des beuveries modifiait le caractère sanctifiant du dimanche. Et cela au grand dam du clergé, surtout dans les campagnes. Alain Corbin précise encore qu’aujourd’hui, le loisir a remplacé le repos: «Il en occupe le temps. Il en envahit l’espace.»

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