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A Genève, les patrons déterrent la hache de guerre

conférence de presse des syndicats
© Thierry Porchet

Les syndicats dénoncent une attaque sans précédent contre le partenariat social. De gauche à droite: Thierry Horner (SIT), Simon Constantin (Unia), José Sebastiao (Unia Genève) et Pedro Leite (Syna).

La Société suisse des entrepreneurs a dénoncé le complément genevois à la Convention nationale du gros œuvre. Grosses baisses de salaires et conflit social en vue.

Malgré la date choisie par les syndicats genevois de la construction pour leur conférence de presse – le 1er de ce mois – ce n’est pas un poisson d’avril. La section locale de la Société suisse des entrepreneurs (SSE) a bel et bien décidé de dénoncer, pour la fin de 2026, le complément à la Convention nationale du gros œuvre (CN) qui s’applique spécifiquement aux travailleurs genevois. Pas de quoi rire en effet, car pour ces derniers, cela se soldera par plusieurs centaines de francs en moins sur leur fiche de salaire. Les syndicats Unia, SIT et Syna sont unanimes à s’indigner contre ce «casus belli».

Cela faisait dix-sept ans que les partenaires sociaux s’étaient entendus sur certaines clauses plus favorables que celles contenues dans la CN, et qui ne concernent que le canton de Genève. Celles-ci sont inscrites dans l’annexe 13 de la CN 2026. Ainsi, alors que le panier repas est à 16 francs dans le reste du pays, il est à 25 francs pour les salariés genevois, mais cela inclut aussi les frais de déplacement. De plus, ils bénéficient d’une pause payée de quinze minutes grâce à un supplément salarial de 2,9%. Enfin, ils ont la possibilité de prendre trois semaines consécutives de vacances en été.

 

Larges répercussions
Ces avantages tomberont donc à partir du 1er janvier 2027. «Nous ne nous sommes jamais trouvés face à une situation aussi dramatique!, s’estomaque José Sebastiao, responsable du secteur construction à Unia Genève. Cela va avoir pour conséquence un effondrement des salaires comme on n’en a jamais vu en Suisse, entre 400 et 500 francs par mois. Et ça se répercutera sur les autres branches, car en général, elles s’alignent sur ce qui se décide dans le gros œuvre.»

Ainsi, les patrons entendent faire payer aux travailleurs les avancées obtenues au niveau national, au terme de plusieurs mois de mobilisations et de grèves dans tout le pays. En particulier l’indemnité de chantier de 9 francs par jour, inscrite dans la nouvelle CN pour compenser le fait que le trajet de l’entreprise au chantier n’est toujours pas compté dans le temps de travail. «La SSE voulait qu’à Genève, cette indemnité soit réduite à 5 francs, déplore José Sebastiao. Mais nous avons consulté nos membres et ils ont trouvé inacceptable de ne pas toucher le même montant que dans les autres cantons.»

Thierry Horner, secrétaire syndical au SIT, souligne que ces spécificités genevoises avaient été négociées pour une bonne raison: «Certes, cela augmente le coût du travail, mais ça se justifie car le coût de la vie est extrêmement élevé à Genève. Et il n’y a pas de concurrence déloyale, car les entreprises d’autres cantons qui viennent travailler ici doivent aussi appliquer l’annexe 13.» Le syndicaliste dénonce un «tour de passe-passe» visant à remettre en cause des acquis de longue date et le partenariat social.

 

Accusations démenties
Les trois syndicats sont scandalisés par le communiqué de presse de la SSE, qui les rend responsables de la résiliation de l’annexe 13. «Les patrons essaient de faire croire que nous avons refusé une hausse du panier repas de 25 à 30 francs, tout en se gardant bien de dire que cela impliquait de supprimer la pause payée, tonne Thierry Horner. Mais les travailleurs ne sont pas dupes. Ils ont compris qu’ils vont gagner moins qu’il y a vingt ans, alors que le coût de la vie a explosé.» 

De son côté, la SSE affirme avoir pris sa décision «dans une volonté d’harmonisation et de simplification des règles applicables» et de s’en tenir, à partir de l’an prochain, uniquement au cadre fixé par la CN. Elle considère que la nouvelle indemnité de chantier introduite au niveau national est déjà comprise dans le panier repas et déplacement genevois.

Un argument que réfute Simon Constantin, membre de la direction du secteur Construction d'Unia: «L’article 55 de la nouvelle CN stipule effectivement que les CCT locales peuvent inclure des dérogations à l’indemnité de chantier de 9 francs, mais cela “pour autant qu'elles soient matériellement équivalentes”. En clair, le pouvoir d’achat des travailleurs doit être préservé, ce qui ne serait pas le cas si cette indemnité passait à 5 francs.» Le syndicaliste souligne par ailleurs que le secteur de la construction se porte très bien, puisque son chiffre d’affaires a grimpé de 6,3% sur le dernier trimestre de 2025, alors que les effectifs de personnel ont baissé de 0,7%. «On construit toujours plus, avec toujours moins de monde, les cadences, la pression et le stress augmentent. La conjoncture genevoise est particulièrement bonne, avec un doublement des commandes en quatre ans dans le bâtiment, selon les statistiques de la branche.»

Les syndicats se disent toutefois ouverts à la discussion et attendent de voir la réaction du Conseil d’Etat genevois face au conflit social qui s’annonce. Par le passé, il avait déjà fait acte de médiation dans ce genre de situation. «Cette attaque de la SSE est sans précédent, mais il y aura des conséquences, prévient Pedro Leite, de Syna. Nous sommes prêts à répondre de manière aussi virulente.» Des assemblées syndicales sont déjà prévues pour décider d’éventuelles mesures de lutte. A Genève, le printemps risque d’être chaud!… 

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