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«Dans cette boulangerie, il n’y a rien qui va»

photo prétexte boulangerie
© Olivier Vogelsang

Depuis le 2 juillet, le Service cantonal des affaires vétérinaires a imposé la fermeture administrative de l'établissement.

A La Chaux-de-Fonds, une dizaine d’employés de la boulangerie Hebert réclament des salaires impayés, entre autres violations conventionnelles. Unia décrit un capharnaüm administratif généralisé.

Retards de paiement, salaires impayés, pauses biffées, absence de couverture perte de gains en cas de maladie, planification et contrôle du temps de travail chaotiques: dans la boulangerie-pâtisserie Hebert, «la question est plutôt de savoir ce qui est respecté», dénonce Benjamin Plüss, secrétaire syndical à Unia Neuchâtel. L’entreprise, ouverte en 2019, est un cas d’école selon ce dernier, qui souligne que les problèmes ne datent pas d’hier. «Cela fait un an et demi que nous avons des employés qui se présentent au syndicat pour des cas individuels, précise le syndicaliste. Mais là, depuis le mois de juin, les boulangers ont osé se mobiliser ensemble, et un collectif d’une dizaine de personnes a émergé.»

Patron incompétent
Il n’est pas encore possible de chiffrer le manque à gagner pour les employés et les ex-employés mais personne n’a reçu son salaire du mois de juin et certains arriérés remontent au mois d’avril. D’autres n’ont été payés que partiellement. «Il verse les salaires de manière fractionnée, quand il a une rentrée d’argent, de manière très aléatoire, ce qui engendre du stress pour le personnel qui ne sait pas s’il arrivera à payer ses factures», indique Benjamin Plüss. Au mois de juin, neuf employés étaient recensés, contre seulement quatre aujourd’hui. «Les employés arrivent et repartent car les salaires ne sont pas versés. Il y a eu un licenciement pour motif économique qui a été remplacé directement derrière… Il y a un vrai problème structurel. Rien n’est clair, rien n’est informatisé: c’est un capharnaüm administratif généralisé. Cette boulangerie est gérée comme la trésorerie d’une kermesse. Il y a un énorme souci de compétences pour gérer un tel business.»

Pour couronner le tout, le Service cantonal des affaires vétérinaires a imposé la fermeture administrative de la boulangerie le 2 juillet dernier. Une procédure est en cours, probablement pour des questions d’hygiène. S’il y a peu de doute sur la situation financière délicate de la boulangerie-pâtisserie, le patron n’a pris aucune mesure. «Au contraire, il vient de louer un nouveau local et investi dans un nouveau véhicule, soulève le secrétaire syndical. Il n’a pas les moyens de payer les salaires mais il a les ressources pour d’autres choses.»

Promesses pas tenues
Unia a tenté à plusieurs reprises de trouver des solutions, notamment lors d’une rencontre le 1er juillet dernier. «Déjà, Mr Hebert a refusé que les employés y participent, ce qui est complètement inacceptable. Ensuite, il nous a fait pleins de promesses, s’est engagé à payer les salaires la semaine d’après, puis a demandé un délai supplémentaire au 15 juillet. En vain, car aujourd’hui, les employés n’ont toujours rien reçu, et du côté du patron, c’est silence radio. Seule la nouvelle secrétaire engagée en juin fait de son mieux pour répondre à nos sollicitations.»

Face à cette situation et après plusieurs sommations, Unia a décidé de médiatiser le conflit et d’utiliser tous les moyens légaux à sa disposition pour faire bouger les choses. Les employés, eux, exigent un calendrier précis de régularisation. «Nous travaillons et nous devons pouvoir compter sur le versement de notre salaire à la date prévue, s’expriment-ils par voie de presse. Derrière chaque salaire payé en retard, il y a nos familles, nos loyers et nos factures. Nous demandons simplement que nos salaires soient payés et que nos droits soient respectés.»

L’objectif à ce stade est clair: récupérer les arriérés de salaires et espérer trouver rapidement un nouvel emploi. Et tirer les leçons de cette triste histoire… Trois ans après le cas problématique d’une autre boulangerie du canton, Le Fournil de Pierre, Benjamin Plüss appelle à montrer les crocs. «La peur doit changer de camp. On ne peut plus accepter de telles conditions de travail et de telles violations de la Convention collective de travail. C’est aussi un appel aux autres employés de boulangerie potentiellement concernés: ils ne doivent plus hésiter à pousser la porte du syndicat.»

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