Canicule: Genève prend des mesures exemplaires
Cette mesure prise en urgence par l'OCIRT pourra être réactivée en cas de nouvelle vague de chaleur cet été.
Les autorités ont exigé l’arrêt des travaux extérieurs dès 13h, sauf exceptions réglementées. Une mesure saluée par Unia, qui invite le reste des cantons à s’en inspirer.
A chaleur exceptionnelle, mesures exceptionnelles. La canicule que nous vivons actuellement bat tous les records, même ceux de 2003. Dans le canton de Genève, où le mercure va grimper jusqu’à 36 degrés d’ici à la fin de semaine, l’État a pris des mesures urgentes. En effet, l’Office cantonal de l’inspection et des relations du travail (OCIRT) a décidé que durant toute la vague de chaleur, c’est-à-dire depuis le 25 juin et au moins jusqu’au 28, toutes les activités exercées à l'extérieur et exposées au soleil devront être interrompues à 13h. Les métiers concernés sont ceux du gros œuvre, du second œuvre, de la métallurgie du bâtiment ou encore des parcs et jardins.
«Pour les activités indispensables qui ne pourront pas être interrompues, notamment pour des raisons d’ordre public ou de sécurité, un régime d’alternance doit être mis en place dès 13h00, prévoyant un maximum de 15 minutes de travail au soleil suivies d’une période de récupération de 45 minutes à l’ombre», impose l’OCIRT. Un plan qui pourra être réactivé durant l’été si des nouvelles vagues de chaleur extrême ont lieu.
Qui paiera?
Unia Genève salue cette décision. «Depuis toutes ces années où nous réclamons la protection de la santé et de la sécurité des travailleurs en période de canicule, nous sommes contents que les autorités aient pris les devants et agissent, se réjouit José Sebastiao, responsable du secteur construction à Unia Genève. C’est une mesure qui va dans le bon sens.»
Sur le terrain, le message semble être passé. «Jeudi, une grande majorité des entreprises a respecté l’arrêt des chantiers à 13h, confirme le syndicaliste. Ceux qui ne l’ont pas fait feront l’objet d’une dénonciation auprès des autorités compétentes.»
Une fois l’urgence de la protection des travailleurs réglée, il reste toutefois un problème à traiter, souligne-t-il, à savoir le paiement des heures perdues. «Dans la construction, les travailleurs peuvent commencer dès 6h le matin, mais en terminant à 13h, il y a des heures non travaillées, explique José Sebastiao. Ce n’est pas aux employés d’assumer les problèmes liés aux intempéries. On l’exige depuis des années, et cette nouvelle vague de chaleur nous montre à nouveau l’urgence de mettre en place un fonds intempéries pour indemniser les travailleurs.» Les syndicats genevois ne lâcheront pas le morceau.
Accidents en hausse
Au niveau national, Unia applaudit cette initiative au bout du lac, tout comme celle du chantier Rolex à Bulle (VD), qui a aussi décidé de fermer à 13h le vendredi 26 juin. Le fait que des maîtres d’ouvrages privés, à l’instar de Rolex, décident de mettre en priorité la protection de la santé des travailleurs montre que les mesures soutenues par Unia sont réalistes et applicables, commente le syndicat dans un communiqué de presse. Ce dernier rappelle que travailler dans ces conditions n’est pas seulement épuisant mais représente aussi un grand danger: déshydratation, insolation et coups de chaleur sont les risques pris chaque jour par les travailleurs. «Chaque année, un millier de travailleurs sont atteints d’un cancer de la peau lié au travail. Selon la Suva, le risque d’accident sur les chantiers augmente de 7% les jours où la température dépasse 30 degrés.»
Unia appelle les maîtres d’ouvrage, les autorités et la Suva à s’inspirer de Genève et à imposer des mesures et des fermetures de chantiers. «Aujourd’hui, il est évident que les seuls obstacles à la protection de la santé des travailleurs en cas de chaleurs extrêmes sont les profits. Les maîtres d’ouvrage décident de sacrifier la santé des travailleurs pour livrer les chantiers quelques jours plus tôt et encaisser davantage.»
Des propositions concrètes pour un arrêt des chantiers sont actuellement en discussion avec l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) et la SUVA. La balle est désormais dans leur camp, soulève Unia, qui revendique l’interruption des travaux pénibles en extérieur à partir de 33 degrés, et dans ce cas, une adaptation des délais de construction en conséquence.
En attendant, le syndicat reste très vigilant, continuera d’exiger le strict respect des mesures de protection sur les chantiers et n’hésitera pas, avec les travailleurs de la construction concernés, à stopper les travaux si leur santé est menacée.