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Ouvrir le dimanche coûte que coûte

Les manœuvres vont bon train à Genève pour faire entrer en force le travail du dimanche dans la vente. La CCT conclue avec un syndicat fantôme pour contourner les syndicats traditionnels de la branche serait en passe d’être légitimée, dénoncent Unia et le Sit. 
© Neil Labrador

Les manœuvres vont bon train à Genève pour faire entrer en force le travail du dimanche dans la vente. La CCT conclue avec un syndicat fantôme pour contourner les syndicats traditionnels de la branche serait en passe d’être légitimée, dénoncent Unia et le Sit. 

La CCT négociée entre les patrons du commerce de détail genevois et la Société des employés de commerce pourrait bien entrer en vigueur. Unia et le Sit sont prêts à contre-attaquer

Manifestement, les employeurs du commerce de détail genevois n’ont qu’une seule idée en tête: pouvoir ouvrir les magasins le dimanche*. Après une modification de la Loi sur les horaires d’ouverture des magasins (LHOM) permettant les ouvertures dominicales à titre expérimental, attaquée par référendum, leur plan initial revient sur la table, à savoir faire appliquer la Convention collective de travail négociée en catimini avec la Société des employés de commerce (SEC). Pour rappel, en 2016, le peuple genevois avait dit oui à l’ouverture de trois dimanches par an, à condition qu’une CCT soit négociée et étendue dans la branche. Mais face aux revendications conventionnelles des salariés portées par leurs syndicats, les employeurs ont décidé de les contourner et de négocier en 2017 une CCT avec la SEC, qui n’avait aucune revendication… et aucun membre au bout du lac. A l’époque, Unia et le Sit avaient dénoncé un syndicat «fantoche» et une CCT «au rabais». L’inquiétude ne sera que de courte durée, car l’absence d’une majorité de vendeuses et de vendeurs employés par les entreprises signataires n’avait pas permis d’accorder l’extension facilitée à la CCT. Aujourd’hui, la situation pourrait être différente. «Lors d’une séance récemment convoquée par le conseiller d’Etat Mauro Poggia, il nous a été annoncé que les quorums seraient aujourd’hui atteints pour que la CCT soit étendue», a déclaré Alessandro Pelizzari, secrétaire régional d’Unia, qui dénonce un «détournement grossier des mesures d’accompagnement». «Ici, l’extension de force obligatoire facilitée ne sert pas à son objectif premier, à savoir enrayer la sous-enchère dans la branche, mais juste à ouvrir les dimanches. C’est irresponsable de la part des patrons.» 

Transparence exigée

Sur les plus de 14000 vendeurs dans le canton, un peu moins de 7400 seraient désormais soumis à cette CCT. Comment le quorum a-t-il été atteint? Les entreprises qui auraient rejoint à titre individuel la CCT et l’exclusion de certaines catégories de commerces de la convention comme les boucheries, les pharmacies et les kiosques pourraient expliquer cette nouvelle donne.

Unia et le Sit restent sceptiques quant à cette annonce. «Nous soupçonnons que certains chiffres aient été gonflés, souligne Joël Varone, d’Unia. C’est pourquoi nous demandons une transparence totale.» Quoi qu’il en soit, les syndicats n’en resteront pas là. «Pour nous, cela constitue un abus de droit, et nous ferons recours à cette extension si elle a lieu», assure Davide De Filippo, du Sit. «Cette CCT n’a été soumise à aucun employé de la branche, poursuit Joël Varone. Elle n’est même pas datée.»

A présent, c’est au Conseil de surveillance du marché de l’emploi (CSME), réunissant syndicats, patrons et Etat, de se prononcer sur cette demande d’extension. Si l’organe tripartite donne son feu vert, il appartiendra au Conseil d’Etat de prononcer officiellement l’extension.

«Les syndicats ne mènent pas un combat dogmatique contre l’ouverture des magasins le dimanche, insiste Pablo Guscetti, secrétaire syndical responsable du dossier chez Unia. Nous sommes contre l’absence de compensation pour le personnel de la vente.»


* Lire aussi «A Genève, le géant orange repeint des Migros en vert»

Les patrons contre l’augmentation de salaires

Dans notre édition précédente, nous informions du recours formulé par les employeurs auprès du Tribunal fédéral contre le Contrat-type de travail (CTT) édicté par le canton en l’absence de CCT. Celui-ci prévoyait des salaires minimums de 4007 francs et des dispositifs de contrôles. «L’effet suspensif demandé par les patrons a été accordé par le tribunal, relaie Joël Varone. L’augmentation de salaire prévue par le CTT est donc gelée. Quant à la requête d’Unia de pouvoir faire partie de la procédure, elle a été refusée.» MT

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