«On ne peut pas laisser les Genevois dans le flou!»
Le 20 mai, des membres du comité référendaire ont mené une action symbolique de correction d’affiches encore datées du 30 novembre 2025.
Le comité référendaire contre la modification de la loi sur les horaires d’ouverture des magasins (LHOM) dénonce l’attitude jugée irresponsable du Conseil d’État.
Les électeurs genevois se prononceront le 14 juin prochain sur la modification de la loi sur les horaires d’ouverture des magasins (LHOM). La mobilisation s’intensifie du côté du comité référendaire. Le 20 mai, lors d’une action symbolique à laquelle la presse était conviée, plusieurs de ses militants ont parcouru la ville pour corriger une partie des affiches de campagne déjà produites l’année passée dont la date était désormais largement périmée. «Après le report de la votation par le Conseil d’État du 30 novembre 2025 au 14 juin 2026, nous avons demandé le remboursement de nos frais de campagne ainsi que la correction de notre matériel de campagne, mais les deux ont été refusés, expose Balmain Badel, secrétaire syndical à Unia Genève. Nous avons eu le droit de réutiliser nos affiches, mais du coup on doit les corriger à la main. Au total, il y en a 450 qui posent problème. Nous essayons de faire de cette tâche pénible un moment joyeux.»
Cette action est un prétexte pour dénoncer ce que le comité considère être une confusion entretenue par les autorités genevoises autour du dossier des ouvertures dominicales. Rappelons que l’objet n’a pas pu être soumis au vote l’année dernière car un arrêt du Tribunal fédéral estimait que l’article 18A de la LHOM n’était pas conforme au droit fédéral et que le Conseil d’État devait revoir sa copie. Cet article renvoie au compromis accepté en 2016, qui conditionne l’ouverture des magasins trois dimanches par an à l’existence d’une convention collective de travail étendue dans la vente. «Après cet arrêt, nous pensions que la bonne chose à faire était de réfléchir à une option qui respecte la volonté populaire et qui soit conforme au droit fédéral, souligne le syndicaliste. Nous avons pensé à l’abrogation de cet article 18A. Le Conseil d’État, lui, a repoussé la votation en invoquant une insécurité juridique, ce qui ne l’a pas empêché d’autoriser l’ouverture des commerces le dimanche 21 décembre 2025...»
Volonté populaire bafouée
Le comité dénonce ce double discours, rappelant que depuis 2025, rien n’a changé. «L’aspect juridique n’est absolument pas réglé, poursuit Balmain Badel. Un recours contre l’ouverture des magasins le 21 décembre est par ailleurs toujours sur la table…» Ce qui attise la colère des opposants à cette modification de la LHOM, c’est aussi une brochure diffusée par le Conseil d’État. «Ce dernier prétend qu’en cas de «non» dans les urnes, deux interprétations apparaissent possibles concernant l’article 18A de la LHOM, reprend le responsable syndical. Soit il est caduc, du coup on ouvre aucun dimanche et la question juridique est réglée. Soit, puisque la condition de la CCT a été jugée non conforme au droit fédéral, on peut ouvrir jusqu’à trois dimanches par an, sans convention étendue.»
Pour le comité, le problème n’est pas seulement que l’interprétation avancée soit contestée, mais qu’elle soit relayée dans une brochure officielle comme si elle allait de soi, alors qu’elle «vide précisément de sa substance» le compromis populaire de 2016. «Depuis 2016, le peuple s’est exprimé plusieurs fois contre la question des ouvertures dominicales, insiste le Vert Pierre Eckert. Ce qui est important pour les Genevois, ce sont les conditions de travail du personnel de vente, et ce tous les jours de la semaine. On ne peut pas les laisser dans le flou en leur disant que, s’ils votent non, on ne sait pas ce qu’il se passera.»
Derrière cette querelle d’apparence technique, les opposants voient surtout une tentative de banaliser le travail du dimanche sans garanties collectives fortes pour le personnel. Pour Pierre Vanek, d’Union populaire, la problématique va plus loin que le bout du lac. «Il s’agit de préparer le terrain pour instaurer l’ouverture des magasins 12 dimanches par an dans toute la Suisse, un projet fédéral qui a d’ailleurs reçu le soutien du Conseil d’État genevois. Les autorités espèrent tirer parti d’une confusion alors que sur le terrain, on le voit, les citoyens sont contre.»
Le comité est clair: la campagne va encore monter en intensité ces prochaines semaines. Il appelle la population genevoise à refuser cette révision le 14 juin, estimant qu’elle ouvre «une brèche antisociale» dans les protections du personnel du commerce. Et ils l’assurent, «même en cas de oui, on ne baissera pas les bras!»