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Maçons: le bras de fer continue

Grève des maçons à Genève.
© Olivier Vogelsang

Les négociations se poursuivaient hier entre représentants des syndicats et du patronat à la suite de l’importante mobilisation des maçons du pays et notamment celle des 7 et 8 novembre derniers en Suisse romande. Ils se battent pour protéger leur santé, et ne pas être à la merci de leur employeur.

Lors de la dernière ronde de négociations, aucune solution n’a été trouvée entre les partenaires sociaux de la construction, mais le dialogue se poursuit jusqu’à fin novembre

C’est dans un climat tendu que s’est ouverte la septième – et supposée dernière – ronde de négociations entre les syndicats et les employeurs de la construction le 14 novembre. Rappelons que, depuis le début de la mobilisation des maçons à la mi-octobre, environ 15000 travailleurs ont battu le pavé dans la Suisse entière pour dire NON à la convention «moderne» voulue par les patrons (lire nos deux dernières éditions). Les gros points de discorde sont les suivants: l’organisation du temps de travail, les salaires et le sort des travailleurs âgés.

A l’issue de cette nouvelle séance, aucun accord n’a été conclu. D’un côté, la volonté des deux parties de trouver un terrain d’entente était manifeste, mais de l’autre, les positions restent très tranchées, notamment sur la question de la flexibilisation du temps de travail et des salaires. Dans un communiqué de presse, la Société suisse des entrepreneurs (SSE) dit prendre au sérieux les réserves émises par les syndicats quant à des journées de travail excessivement longues et maintient qu’une organisation «plus souple et plus individuelle du temps de travail est dans l'intérêt des employeurs et des employés»… La faîtière propose des temps de repos de 12 heures au lieu de 11 heures, et un calendrier annoncé cinq semaines à l’avance.

Pour les syndicats, rien ne change. «Il s'agirait d'une flexibilisation au gré des employeurs et non des besoins des travailleurs de la construction, qui souhaitent protéger leur santé et leur vie privée, soulignent Unia et Syna. Les travailleurs de la construction n'accepteront en aucun cas une solution aussi unilatérale.»

Pas d’augmentations sans flexibilisation

Sur la question des salaires, la SSE se dit ouverte à des augmentations, mais sous conditions... «Les entrepreneurs sont disposés à négocier de généreuses hausses de salaires dans la mesure où les avantages d’une organisation du travail plus moderne et individuelle le permettent. Sans cela, la marge de manœuvre à disposition sera sensiblement moindre», écrit-elle, ajoutant que les revendications syndicales d’une compensation du renchérissement complétée par une augmentation du salaire de 1% sont «de toute façon irréalistes».

Un chantage fort mal vu par les représentants des travailleurs qui rappellent que la conjoncture dans la construction est excellente et qu’il y a un manque prononcé de main-d'œuvre qualifiée dans le bâtiment. «La Société suisse des entrepreneurs sera directement responsable de la perte d'attractivité des métiers du bâtiment», pointent Unia et Syna.

Quant aux travailleurs de plus de 50 ans, la mobilisation a été fructueuse. Les syndicats ont noté avec bienveillance lors de cette séance que la partie patronale était apparemment prête à ne pas dégrader les conditions de travail des collaborateurs plus âgés. «Face à la pénurie de main-d’œuvre qualifiée, il est important d’offrir aux travailleurs âgés des conditions salariales et de travail idéales, affirme la SSE. Ce sont en effet des employés importants, qu’il s’agit de retenir dans les entreprises et la branche.» Unia rappelle que la position de la SSE lors des séances précédentes était bien différente.

Deux nouvelles rencontres

Les lignes ont manifestement commencé à bouger, mais pas suffisamment, estime Unia. Toutefois, les partenaires sociaux se sont laissé encore une chance de négocier un accord. Une nouvelle séance a eu lieu quand nous mettions sous presse, hier, et l’autre se tiendra le 28 novembre. «L’objectif est de parvenir d'ici là à un résultat qui puisse être soumis aux organes de décision, expliquent les syndicats. Sans résultat des négociations, il y aura un vide conventionnel à partir du 1er janvier 2022 et il faudra s'attendre à de nouvelles mobilisations et des actions de grève à partir de cette date.»

«La santé des travailleurs n’est pas à vendre!»

Trois questions à Nico Lutz, responsable du secteur construction et membre du comité directeur d’Unia.


Comment s’est passé ce septième round de négociations?

Pour la première fois, nous avons pu avoir une discussion assez sérieuse. Nous avons réussi à parler du contenu. Ils ont reculé sur la problématique des travailleurs âgés, ce qui est une bonne chose, mais sur la question du temps de travail et des salaires, nos positions sont encore très divergentes. Agiter la carotte des augmentations salariales pour faire accepter la flexibilisation à outrance des horaires de travail est vraiment scandaleux. Nous le répétons: la santé des travailleurs n’est pas à vendre!

Que vous inspire la motion du PLR à laquelle s’oppose le Conseil fédéral?

C’est intéressant pour nous, car les 50 heures se réfèrent au temps de travail hebdomadaire, incluant le temps de déplacement. Alors que le Conseil fédéral s’oppose à des semaines de plus de 50 heures ainsi qu’à la possibilité de travailler plus en été pour des raisons de santé, les employeurs de la construction continuent à faire le forcing pour imposer des semaines jusqu’à 58 heures.

Est-ce que le bras de fer va s’assouplir?

Il y a une volonté des deux côtés de trouver une solution, et les journées de protestation des maçons ont porté leurs fruits, elles ont fait bouger les lignes. Cela dit, nous sommes encore loin d’être d’accord, donc il est difficile de se projeter sur l’issue de ces négociations. Il est capital d’obtenir un résultat, certes, mais nous refusons de conclure une convention qui nuit à la santé et à la vie privée des travailleurs. Dans tous les cas, une décision devra être prise le 28 novembre, car la conférence professionnelle de la construction se réunit début décembre.

«Les maçons méritent plus!»

En solidarité avec les travailleurs en lutte, une pétition destinée au grand public a été lancée pour exiger des associations patronales qu’elles acceptent de négocier une convention nationale avec des conditions de travail dignes et équitables. Vous avez jusqu’au 30 novembre pour soutenir les employés du bâtiment.

La pétition est disponible sur: unia.ch


Non aux semaines de plus de 50 heures!

Dans un communiqué de presse diffusé le 15 novembre, les syndicats genevois informent qu’une motion déposée par le PLR proposant d’élargir la flexibilité des horaires afin que certaines branches puissent travailler plus en été et moins en hiver vient d’être balayée par le Conseil fédéral. Selon lui, d’après Le Matin, supprimer la durée maximale hebdomadaire de travail irait à l’encontre de l’objectif même de la Loi sur le travail, à savoir protéger la santé des travailleurs.

De l’eau bénite pour les syndicats genevois de la construction: «Cette motion est une nouvelle balle dans le pied que se tire le patronat et notamment la SSE, jurant n’avoir aucunement l’intention de faire passer le temps de travail à plus de 50 heures en été. Aujourd’hui, les masques tombent définitivement et la preuve que, derrière le projet de flexibilité du patronat, se cache en réalité une véritable campagne de démantèlement des conditions de travail dans la construction mais également dans d’autres secteurs.»

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Unia et Syna ont mené une vaste enquête sur les chantiers, qui révèle que les employeurs se sont montrés bien pingres alors que le secteur bénéficie d’une bonne conjoncture