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Les maçons genevois déterminés à lutter

Les maçons genevois votent
© Massimo Greco

L’assemblée générale du gros œuvre a réuni plus de 500 personnes à Plainpalais. Jamais les maçons genevois n’avaient été aussi nombreux lors d’une telle réunion. 

Le 6 juin, les ouvriers ont voté le débrayage reconductible. Ils s’opposent à une décision des patrons qui pourrait se traduire par une perte de 400 francs par mois sur leur salaire.

Un air connu retentit au centre-ville. C’est le célèbre Bella Ciao des résistants italiens qui accueille les maçons genevois sous la tente montée sur la plaine de Plainpalais, ce samedi 6 juin. Pas de hasard: cette assemblée générale du secteur du gros œuvre est placée sous le signe de la résistance. Le 23 mars dernier, la section genevoise de la Société suisse des entrepreneurs a dénoncé l’annexe 13 de la nouvelle Convention nationale (CN), annexe qui octroyait des avantages spécifiques aux maçons genevois depuis 17 ans. Derrière ce jargon technique, une réalité crue: les ouvriers du bout du lac perdront jusqu’à 400 francs par mois à partir du 1er janvier 2027. Les patrons veulent faire payer aux Genevois les avancées obtenues dans le reste de la Suisse. 

Mais il en faut visiblement plus pour effrayer un maçon. En ouvrant cette assemblée générale face à plus de 500 personnes, José Sebastiao, responsable du secteur construction à Unia Genève, remarque d’emblée: «C’est la plus grande AG intersyndicale du secteur jamais organisée dans le canton!» Réaction immédiate de la foule qui s’applaudit à tout rompre. Et le syndicaliste d’enchaîner: «Cela montre que vous avez compris la gravité de la situation. Vous donnez aussi un signal très fort au patronat genevois: vous êtes organisés et déterminés!» Deux facteurs très importants dans une situation de tension sociale. «Je suis très fier de cette mobilisation, lâche le secrétaire syndical au terme de l’assemblée. Les ouvriers ont l’habitude de nous voir sur les chantiers. Du coup, les AG du gros œuvre sont souvent moins fournies. Là, ça montre que les syndicats ont réussi à faire passer le message. Les ouvriers se sentent atteints dans leur dignité.»

«Si ça ne change pas, je chercherai ailleurs»

Car ce ne sont pas que les salaires qui risquent de baisser. Bruno Silva est arrivé en Suisse il y a plus de vingt ans: «Mes collègues sont tous très en colère, explique le maçon de 43 ans. Avec la seule application de la Convention nationale, sans les spécificités cantonales, on perdrait nos trois semaines de vacances de suite durant l’été. Ça, c’est inacceptable.» Mais encore faut-il pouvoir partir… «Avec 400 francs en moins par mois, c’est simple, je ne peux plus organiser de vacances, expose Antonio Pereira Da Silva, contremaître de 47 ans. Le salaire, c’est l’attrait principal du secteur de la construction.» Un avis partagé par la jeune génération. David Julia Linacero a 26 ans et travaille sur les chantiers comme intérimaire. «Si la situation ne change pas, je chercherai ailleurs. J’ai déjà travaillé comme serveur et c’est moins dur physiquement. Si je suis devenu maçon, c’est parce que c’est mieux payé. Mais avec 400 francs de moins par mois…» Et Bruno Silva de conclure: «Ce serait une perte immense. J’ai deux filles et une famille à nourrir.»

Arrive le vote, limpide: les maçons veulent un débrayage reconductible. Et plus que les centaines de bulletins levés, c’est l’explosion qui suit la décision qui annonce la détermination des travailleurs. Dans un mélange de colère face à l’injustice qu’ils vivent et d’enthousiasme à l’idée de lutter ensemble contre elle, tous applaudissent, chantent, frappent sur les tables avec des casques de chantier.

Face à l’élan populaire, les secrétaires syndicaux, eux, veulent néanmoins garder la tête froide. «Nous l’avons dit et je le répète: nous chercherons d’abord la discussion, insiste José Sebastiao. Nous ferons tout pour privilégier cette voie. Mais pour cela, il faut que les patrons s’assoient à la table des négociations. Ils ont dénoncé l’annexe 13 de la CN, c’est à eux de retirer cette dénonciation. Ces acquis existent depuis 2009 et ils n’ont pas été négociés pour rien. La balle est dans leur camp, mais les maçons sont prêts.»

Le dialogue, mais dans la dignité

C’est donc la voie du dialogue qui sera promue par les syndicats. «Mais il devra avoir lieu dans le respect, prévient Thierry Horner, secrétaire syndical du Sit. Ça suffit de dire que les maçons sont des privilégiés surpayés. Les salaires ont baissé et on compte 1000 temporaires dans la branche. Et on ne parle pas là de petits jeunes qui font trois mois d’intérim à côté de leur formation… Ce sont d’anciens collègues, souvent licenciés, qui se retrouvent au chômage dès qu’arrive l’hiver.»

Intérimaires, fixes, jeunes et anciens: au terme de cette AG, tous se disent prêts à mener la lutte. Mais les éventuels débrayages n’auront de toute façon pas lieu avant le retour des vacances. De quoi laisser le temps à toutes les parties de se réunir afin de trouver un accord satisfaisant pour les maçons genevois. Qui ne demandent qu’une chose: travailler, certes, mais pas à n’importe quel prix.

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