La haine n’a pas d’âge

Selon une étude menée au niveau européen, 28% des sondés en Suisse ont rapporté des cas de stigmatisation envers les seniors. Aussi surprenant que cela puisse paraître, l’âgisme, à savoir toute discrimination liée à l’âge, est plus courante que le sexisme (22%) et le racisme (12%). Le processus est le même, à savoir mettre un groupe social – ici les personnes âgées – dans un seul et même panier et lui coller une série de préjugés et de stéréotypes rabaissants et humiliants. Mais le plus choquant, c’est justement que ça ne choque pas, comme l’explique Delphine Roulet Schwab, spécialiste en gérontologie, dans la Tribune de Genève. Selon elle, l’âgisme est socialement mieux accepté. «On traite les personnes âgées de façon différente sans forcément s’en rendre compte. Dire que toutes les personnes âgées sont dangereuses sur la route, par exemple, ou qu’elles sont réfractaires à la technologie. Penser qu’il est normal d’être triste ou d’avoir mal quand on est vieux. Toutes ces idées sont parfois intégrées par les seniors eux-mêmes et certains pensent qu’“à leur âge”, ils ne sont plus capables d’utiliser un smartphone.»

Les discriminations dont sont victimes les aînés sont multiples. D’abord dans le cadre du travail, où il n’est pas rare de voir les travailleurs âgés virés comme des malpropres à quelques années de la retraite, sous couvert de productivité diminuée. Ce ne sont pas les travailleurs de la construction en Suisse ou encore le personnel de vente qui diront le contraire… sans oublier les difficultés à retrouver du boulot une fois de retour sur le marché de l’emploi! Ce n’est guère mieux dans le milieu des soins, par exemple quand un traitement n’est plus remboursé à partir d’un certain âge, ou au niveau de la prise en charge. «Les médecins ne vont pas réagir de la même façon si un enfant arrive couvert de bleus aux urgences ou si c’est une personne âgée», souligne Delphine Roulet Schwab. On ne parle même pas de la maltraitance physique, subie par 20% d’entre elles, dans les EMS mais également à la maison, qui cache aussi une violence plus ordinaire à travers les humiliations du quotidien ou encore à l’infantilisation.

Si on en est arrivé là, c’est à cause du peu de valeur que l’on accorde aux anciens, de comportements et de réflexions devenus banals. Pour y remédier, une campagne nationale de sensibilisation contre l’âgisme a été lancée par l’Institut et Haute Ecole de la santé La Source et par l’Institut d’éthique biomédicale de l’Université de Bâle, avec le soutien financier du Fonds national. Dans ce cadre, huit courts métrages extrêmement touchants – mais aussi drôles – sur le thème du vieillissement, des relations intergénérationnelles et des risques de stigmatisation ou de maltraitance ont été réalisés et seront diffusés gratuitement dans toute la Suisse*. Pour que le respect et l’égalité reprennent le dessus. Pour que notre regard change sur la vieillesse.

*ecolelasource.ch/vieux-alt/