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«La France et la Suisse doivent se serrer les coudes»

Les frontaliers ont dû jongler entre deux pays qui ont réagi différemment dans la lutte contre le coronavirus. Michel Charrat, président du Groupement transfrontalier européen depuis 22 ans, répond à nos questions

Alors que, d’un côté, Emmanuel Macron a décrété le confinement total, de l’autre, la Suisse s’est montrée beaucoup moins prudente. Un discours contradictoire qui n’a pas été facile à gérer pour les travailleurs frontaliers qui ont dû se soumettre à des contrôles aux peu de douanes restées ouvertes, provoquant des kilomètres de bouchons. Sans oublier le tiraillement entre rester chez soi et l’obligation de se rendre au travail dans les nombreuses entreprises suisses restées actives, au risque de contaminer ses proches. Une situation inédite que Michel Charrat, président du Groupement transfrontalier européen, décrypte.


Quelles ont été les craintes formulées par les frontaliers ces derniers jours?

D’abord, c’était de savoir s’ils allaient pouvoir passer la douane ou pas. Ensuite, ils ont essuyé des heures et des heures de bouchons pour se rendre au travail. Des macarons ont été distribués au personnel soignant frontalier, mais bien trop tard! On aurait dû prévoir cette situation et mieux se coordonner. Le Covid-19 pose le problème d’une vraie solidarité à travers des frontières. La déclaration fiscale est aussi un enjeu: la limite est au 31 mars pour les frontaliers et les permis B mais l’administration fiscale a tout à fait les moyens de la décaler dans le temps.

Que penser de ce décalage entre les mesures prises de part et d’autre de la frontière?

Le confinement n’est pas égal des deux côtés. A mon sens, la Suisse n’a pas pris les mesures adéquates. Il devrait y avoir un plan régional qui permette de synchroniser les décisions. Le monde entier est touché et notre sort est commun, il faut donc se serrer les coudes.

Quelles conséquences pourrait avoir un confinement total en Suisse?

Concernant le travail, il existe des impératifs que les employeurs doivent respecter. J’ai d’ailleurs été très étonné des informations diffusées par la Fédération romande des entreprises à l’attention des employeurs, erronées et en contradiction avec le Seco. Chacun doit prendre ses responsabilités dans cette affaire, les droits et les devoirs doivent être respectés des deux côtés de la frontière.

Comment envisagez-vous l’après-Covid-19?

On se rendra compte plus tard de la réalité de la situation et d’éventuels abus ou licenciements, pour l’heure il est encore tôt. Cela dit, on nous a déjà signalé que certains employeurs demandaient à leurs employés de prendre leurs congés en cette période de coronavirus, ce qui est parfaitement illégal. Ce que je souhaite, c’est qu’on puisse gérer cette crise sanitaire en parfaite symbiose sans que personne ne soit discriminé. Et j’espère que le Covid-19 servira de vaccin aux antifrontaliers!

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