Aller au contenu principal
Menu

Thèmes

Rubriques

abonnement

Le tour des frontaliers en trente questions

Garde-frontières à la frontière franco-suisse
© Olivier Vogelsang/Archives

La Suisse accueillait, au quatrième trimestre 2025, 411 000 frontaliers, soit 7,66% de la population active dans le pays.

Un ouvrage collectif livre des clés permettant de mieux saisir le monde de ces travailleurs pendulaires et de tordre le cou à des préjugés répandus.

Ce sont trop souvent des mal-aimés et des mal vus par une frange importante des résidents en Suisse qui les côtoient au quotidien, dans la sphère professionnelle comme ailleurs. Les frontaliers, les «frontals», comme on les désigne parfois avec une touche dépréciative, sont au cœur de toutes sortes de considérations hâtives quand ils ne constituent pas, à leurs dépens, le socle sur lequel des partis populistes, voire xénophobes, construisent leurs arguments électoraux. Ces victimes de préjugés tenaces méritaient depuis longtemps qu’une étude se penche sur leur situation et établisse une cartographie d’un univers professionnel riche et fécond, avec ses multiples particularités et ses aspects encore largement méconnus du grand public. C’est à cette tâche que s’attelle Le travail frontalier en Suisse: 30 questions. L’ouvrage collectif porte la signature du journaliste, politologue, ancien dirigeant syndical et élu PS au Conseil national, Jean-Claude Rennwald. Il est accompagné dans cette entreprise éditoriale par un autre politologue et journaliste, Daniel Droz, ainsi que par le professeur de géographie Alexandre Moine et par le docteur en sciences sociales, ancien conseiller national, Stéphane Rossini.

Tout est passé au tamis

On reconnaîtra d’emblée au livre un atout: celui de condenser de manière agile et synthétique des problématiques touffues. Ainsi, en trente questions précises, déployées sur cinq chapitres et une conclusion, c’est tout un écosystème qui se dessine, apportant des éclairages dans des domaines aussi divers que pertinents. Depuis l’histoire et la définition du statut de frontalier jusqu’à son impact économique et social, en passant par les questions liées aux assurances sociales et à l’impôt, par les tensions de part et d’autre des frontières, et par des considérations liées à l’environnement, à la culture et à la société, tout ou presque est passé au tamis.

Au fil des pages, quelques données chiffrées permettent de donner une dimension concrète au phénomène. On apprend, par exemple, que la Suisse – qui compte quatorze cantons confinant à un pays européen – accueillait, au quatrième trimestre 2025, 411000 frontaliers, soit 7,66% de la population active. Ce nombre global est cinq fois supérieur à celui d’il y a un demi-siècle. Parmi ces travailleuses et ces travailleurs, 236000 proviennent de France. Genève est le canton qui emploie le plus de main-d’œuvre venue d’ailleurs (les frontaliers occupent 25% des emplois genevois), suivi du Tessin, de Vaud, puis de Bâle-Ville et de Bâle-Campagne. On le sait depuis longtemps déjà, et l’ouvrage le rappelle: sans l’apport de cette force de travail, des branches comme l’industrie horlogère, la construction, l’hôtellerie-restauration et la santé n’auraient pas du tout la même physionomie. A titre d’exemple, les auteurs évoquent le cas des Hôpitaux universitaires genevois (HUG), qui comptent 4000 frontaliers parmi leurs 12000 salariés.

Sans l’apport de cette force de travail, des branches comme l’industrie horlogère, la construction, l’hôtellerie-restauration et la santé n’auraient pas du tout la même physionomie

On découvre également dans cette étude qu’un tiers de ces travailleurs disposent d’un niveau d’études supérieur, universitaire ou délivré par une haute école spécialisée, tandis que 45% ont une maturité ou un titre équivalent. D’autres données chiffrées sont particulièrement significatives, notamment celles qui ont trait aux rémunérations. La fourchette des salaires des frontaliers s’étend en moyenne de 4000 à 5500 francs, ce qui équivaut à 4280 et 5885 euros. Sachant qu’en 2025, le salaire médian en France était de 3600 euros (contre 7024 francs en Suisse), on tient là la principale motivation qui pousse des centaines de milliers de travailleurs à franchir la frontière. Un frontalier travaillant à Genève pourra ainsi compter sur une rémunération 2,7 fois plus élevée qu’en France voisine. A noter que, dans la plupart des cantons, le salaire des citoyens de pays limitrophes travaillant en Suisse demeure inférieur à celui des résidents d’ici. Cet écart s’est réduit au fil des ans, mais demeure très important au Tessin, selon Renzo Ambrosetti, ancien coprésident d’Unia, cité dans le livre.

Réflexes xénophobes

Plus loin dans l’ouvrage, un chapitre conséquent est consacré aux aspects administratifs, et tout particulièrement aux obligations et aux prestations qui concernent cette frange de la population. AVS, deuxième pilier, assurance maladie, accès au chômage, conventions collectives de travail, impôts: cette partie relève du vade-mecum, du manuel d’instruction utile pour comprendre les mécanismes particuliers régissant ce statut.

Pour en savoir davantage sur la perception que l’on a du frontalier des deux côtés de la frontière, il faut lire l’avant-dernier chapitre. Il y est question des réflexes xénophobes, alimentés entre autres par le Mouvement citoyen genevois (MCG) et la Lega dei Ticinesi. Dans leur pays de résidence, ces travailleurs souffrent également d’une forme d’hostilité, motivée par les disparités salariales qui confèrent aux frontaliers un pouvoir d’achat et un confort de vie nettement supérieurs.

Les auteurs notent encore, chiffres à l’appui, combien l’attrait exercé par la Suisse provoque des pénuries de main-d’œuvre dans les pays limitrophes, en particulier en France. Un phénomène particulièrement mesurable dans le secteur des soins hospitaliers. Le cinquième et dernier chapitre offre une vue d’ensemble de l’impact des frontaliers sur des questions telles que le logement, l’environnement, les transports ou encore la culture et le sport. Ce qui clôt le tour d’un monde foisonnant, analysé avec rigueur par les quatre auteurs de l’ouvrage.

Pour aller plus loin

Une semaine de vacances gagnée pour les travailleurs de Prayon

circuit imprimé

L’entreprise spécialisée dans la chimie du phosphore, située à Bex, a signé une nouvelle convention collective de travail avec Unia. Tous les employés bénéficient désormais de cinq semaines de vacances.

Commission du personnel: à quoi ça sert?

C’est quoi, une commission du personnel? Ce qu’on appelle plus communément une CoPe est une représentation élue des salariés au sein d’une entreprise. Les représentants du...

«Le travail donne du sens à la vie»

Portrait Mohamed Abukar Mursal

Grâce aux ateliers arihane, à Neuchâtel, Mohamed Abukar Mursal a trouvé une activité adaptée à son handicap. Lorsque travail ne rime pas avec exploitation, il se transforme en un outil précieux pour avancer.

Le Jura ne passe pas la deuxième pour contrer Uber

L'entreprise de VTC Uber est arrivée il y a quelques mois dans le canton du Jura. La société américaine, bien connue pour ses pratiques salariales à la limite des règles en vigueur...