Aller au contenu principal
Menu

Thèmes

Rubriques

abonnement

Coup de semonce dans l’horlogerie

Manufacture Zenith au Locle.
© Elleka

La marque Zenith veut se réorienter vers l'horlogerie très haut de gamme.

La marque Zenith veut supprimer la moitié des emplois dans sa manufacture du Locle. Le personnel a mandaté Unia pour défendre ses intérêts.

L’annonce a fait l’effet d’une bombe dans l’arc horloger jurassien, ce 22 octobre. La marque Zenith va procéder à une restructuration radicale de ses activités, ce qui se traduira par de nombreuses suppressions d’emplois. Dans la manufacture du Locle, dans le canton de Neuchâtel, il est ainsi prévu que la moitié des 200 postes de travail passe à la trappe. Une centaine d’emplois seront également supprimés à l’international. 

«C'est un licenciement collectif comme on n'en a pas vécu dans l'horlogerie depuis le Covid chez Girard-Perregaux et Ulysse Nardin», réagit Solenn Ochsner, secrétaire syndicale d'Unia Neuchâtel. Elle ajoute que les salariées et les salariés de Zenith – dont le taux de syndicalisation est important – sont abasourdis par cette nouvelle, après avoir déjà subi la suppression d’une trentaine de postes en 2020. Lors d’une assemblée générale qui s’est tenue le 26 octobre, l’organisation a été mandatée par le personnel pour défendre ses intérêts, et une rencontre a eu lieu le même jour avec la direction en vue de la procédure de consultation. «Nous avons jusqu’au 12 novembre pour formuler des propositions visant à sauver des emplois», explique la syndicaliste.

 

Changement de cap

La première démarche à laquelle va s’atteler Unia, c’est d’obtenir dès que possible des informations sur la situation économique de l’entreprise, afin de pouvoir réfléchir avec les employés à des mesures d’économie alternatives aux licenciements. La direction devra répondre à ces propositions au plus tard le 16 novembre, ensuite de quoi les négociations pour le plan social démarreront.

Production, vente, administration: presque tous les départements sont touchés. «Il sera compliqué pour ces personnes de retrouver du travail, craint Solenn Ochsner. Ce n’est pas le bon moment pour se retrouver au chômage. L’horlogerie vit une période morose. Comme les autres marques, Zenith a connu deux ou trois bonnes années après le Covid, mais aujourd’hui elles ont toutes des problèmes de rentabilité.»

La manufacture, fondée en 1865 au Locle – et rachetée en 1999 par le groupe français LVMH (Moët Hennessy Louis Vuitton) qui détient également Tag Heuer, Hublot et Bulgari – souhaite se réorienter vers l’horlogerie très haut de gamme. Soit des modèles coûtant près de 50 000 francs, alors qu’actuellement, la plupart se vendent entre 8000 et 15 000 francs. Dans le quotidien Arcinfo, Benoit de Clerck, directeur général de Zenith, a expliqué que c'est la seule manière pour l'entreprise de retrouver un équilibre financier. Il indique que la société arrêtera l'essentiel de ses collections et fermera son réseau de distribution et ses boutiques.

 

Un marché en pleine mue

Ce repositionnement n’étonne pas la syndicaliste: «Beaucoup de marques horlogères veulent se tourner vers le très haut de gamme, car elles y font une plus grande marge bénéficiaire. Elles ont alors besoin de moins de personnel puisqu’elles fabriquent nettement moins de montres, mais qui se vendent beaucoup plus cher.» Cette mue se répercute également sur les sous-traitants. «Certains se mettent même à travailler pour l’industrie de l’armement», déplore Solenn Ochsner.

Selon Le Temps, Benoit de Clerck a mentionné, devant le personnel, des difficultés d’ordre structurel sur un segment très concurrentiel et qui a durablement changé, mais aussi les problèmes liés au franc fort, aux droits de douane américains ainsi qu’au recul de marchés comme le Moyen-Orient et l’Asie, pour justifier cette restructuration qui devrait aboutir d’ici à 2029. Mais le directeur général a par ailleurs évoqué l’éventualité que des personnes puissent être reclassées dans d’autres entreprises du groupe LVMH.

Collaboration: Aline Andrey

Pour aller plus loin

Salaires minimums améliorés pour les horlogers valaisans

Horlogère au travail.

Les négociations salariales entre les associations patronales signataires de la Convention collective de travail (CCT) de l’horlogerie et de la microtechnique suisse et Unia ont...

Patek Philippe travaille sur les risques psychosociaux

Locaux de Patek Philippe.

Des salariés soutenus par Unia avaient dénoncé au printemps les conditions de travail délétères régnant dans la société de haute horlogerie genevoise. Qu’en est-il aujourd’hui?

Balade horlogère à "Plan-les-Watches"

Visite devant le bâtiment Rolex.

Il y a moins de trente ans, les champs et les espaces non bâtis s’étendaient autour de Plan-les-Ouates. Cette commune de la campagne genevoise a vu depuis sortir de terre toute une...

Nouvelle rafale de dénonciations chez Patek Philippe

Bâtiment Patek Philippe à Genève.

Mobbing, harcèlement, situations de sexisme, racisme: Unia a présenté à l’Office cantonal de l’inspection et des relations du travail 15 nouvelles dénonciations concernant la manufacture horlogère genevoise Patek Philippe. Le syndicat signale une gestion des conflits particulièrement défaillante, témoignages à la clef