Le second œuvre se prépare à renégocier sa convention collective
Unia lance une consultation pour fixer un cahier de revendications. Le point sur les enjeux.
Après le combat des maçons pour améliorer leur Convention nationale, c'est au tour des métiers du second œuvre romand de se mobiliser. En effet, leur convention collective, en vigueur depuis 2024, arrivera à échéance fin 2028 et les négociations pour son renouvellement auront lieu l’an prochain. Près de 28 000 plâtriers-peintres, menuisiers, charpentiers, vitriers, carreleurs et autres artisans sont concernés dans toute la Suisse romande.
Il s’agit donc de plancher dès aujourd’hui sur le cahier de revendications syndical. En mai, Unia va lancer une campagne de consultation des travailleurs et des travailleuses. Un questionnaire leur sera distribué à l’occasion des assemblées et des visites de chantiers, pour savoir ce qu’il faudrait améliorer en priorité selon eux: le temps de travail, les horaires, les salaires, etc.
«Les salariés en ont ras-le-bol»
Comme dans le gros œuvre, la branche connaît un problème de relève et de pénurie de main-d’œuvre qualifiée. «On entend beaucoup de gens dire qu’ils veulent changer de métier, déplore Guillaume Racloz, responsable du secteur artisanat à Unia Vaud. Les travailleurs subissent une grosse pression, avec des délais de plus en plus difficiles à tenir, ce qui a un impact sur la qualité du travail et sur la sécurité. Les salariés qui sont qualifiés et aiment leur métier en ont ras-le-bol, parce que leur travail n’est pas assez valorisé.»
Giuliano Stabile, président du second œuvre vaudois, confirme: «On démarre à peine un chantier et il faudrait qu’il soit déjà terminé la semaine d’avant», image-t-il. Pour ce plâtrier-peintre, il y aurait beaucoup de choses à améliorer dans la CCT du second œuvre. Entre autres, l’âge de la retraite anticipée, actuellement fixé à 62 ans. «Il faudrait que ce soit 60 ans, comme dans le gros œuvre. A 50 ans, on est déjà cassés, à force de porter tous les jours de lourdes charges parce que sur la plupart des chantiers, à part les plus gros, il n'y a pas de moyens de levage mécaniques.»
Revaloriser la branche
Guillaume Racloz estime qu’il faut diminuer la pénibilité de ces métiers et améliorer la conciliation entre vie privée et vie professionnelle, afin de rendre la branche plus attractive. Cela inclut aussi une meilleure reconnaissance salariale. «Lors des dernières négociations, en 2023, on avait déjà obtenu de substantielles augmentations de salaires, par paliers.» La dernière, équivalant à 53,10 francs par mois, est d’ailleurs entrée en vigueur le 1er janvier dernier. Mais les patrons se laisseront-ils convaincre d’en accorder de nouvelles? A voir. De plus, à la fin de 2025, plus de trente organisations d’employeurs se sont regroupées au sein de l’Union des associations patronales du second œuvre romand (UAP-SOR) afin de parler d’une seule voix. Cela modifiera peut-être le rapport de force.
Un des points qui feront l’objet de discussions est le temps de trajet entre l’entreprise et le chantier. S’il est actuellement compté dans le temps de travail – contrairement à ce qui prévaut dans le gros œuvre –, en revanche, les entreprises membres d’associations patronales ont le droit d’en déduire 30 minutes par jour. «Mais le Secrétariat d’Etat à l’économie a déjà dit qu’il n’approuverait plus de CCT contenant une telle clause, précise le syndicaliste. Donc on s’attend à ce que les patrons essaient de négocier autre chose en contrepartie.»
Le 9 mai, le Comité romand d'action du second œuvre (CRASOR) se réunit pour finaliser le plan de campagne et valider d’éventuelles mesures de lutte. Et au printemps 2027, une assemblée générale romande se tiendra pour voter sur le cahier de revendications et donner le mandat de négociation au syndicat. La lutte ne fait que commencer.