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Prenons soin des soignants!

On l’a souvent écrit dans nos colonnes et le syndicat ne cesse de le répéter: les soignants sont toujours plus en détresse, et une nouvelle étude vient le confirmer. Elle a été menée par la Haute école de travail social (HETS) de Fribourg et elle révèle que le risque suicidaire est beaucoup plus élevé pour cette catégorie de salariés. Entre 2022 et 2026, plus de 3000 travailleurs de la santé et du social ont participé à l’enquête, du Tessin au canton de Vaud, en passant par Fribourg, Neuchâtel, Zurich, le Valais et Berne. C’est la première fois qu’une telle recherche est menée en Suisse: ses conclusions n’ont d’ailleurs pas encore été totalement publiées. La pression est telle que, parmi les médecins, les travailleurs sociaux ou les psychologues sondés, 1,4% d’entre eux déclarent avoir tenté de se suicider l’année précédente. C’est peu 1,4%, penserez-vous peut-être, mais c’est quand même quatre fois plus que pour le reste de la population en général.

 

Ces chiffres sont d’autant plus choquants qu’on parle de métiers à vocation, mais surtout de métiers destinés à prendre soin des autres. Comment soigner autrui quand le soignant lui-même est en souffrance? Le métier perd de son sens, de son essence et de sa qualité. C’est ce qu’on appelle le paradoxe du soignant, expliqué à la RTS par Dolores Angela Castelli Dransart, professeure à la HETS de Fribourg, qui a dirigé l’étude. «Ils sont constamment confrontés à la souffrance, parfois à la violence, ce qui peut les affecter. Le soignant est à la fois celui qui doit s'occuper des autres et qui peut lui aussi se retrouver en difficulté.» Et sans surprise, c’est un sujet tabou dans la profession. Comment y remédier? En prenant soin des soignants! Et comment? En leur offrant de meilleures conditions de travail, de la reconnaissance, du soutien dans les milieux professionnel et personnel, mais aussi de meilleurs salaires. En somme, il faudrait mettre en application la tant attendue initiative sur les soins infirmiers. Face à la désertion de la branche et au vieillissement de la population, cajoler ces professionnels relève de l’urgence. Car tôt ou tard, nous serons tous confrontés aux défis liés à la santé.

 

La crise de santé mentale chez les soignants dépasse nos frontières. Fin 2025, un rapport très préoccupant de l’Organisation mondiale de la santé révélait que près d’un tiers des médecins et des infirmiers européens souffraient de dépression. En Pologne et en Lettonie, on parle de la moitié de la profession. Violences envers le personnel, horaires à rallonge et décousus, pression accrue, charge de travail qui explose: les soignants sont au bout du rouleau. Une crise profonde mais silencieuse qui menace clairement la pérennité des services de santé si rien ne bouge. Un débat de fond devra être mené dans nos sociétés et des mesures courageuses devront être prises, sans quoi, il pourrait manquer un million de soignants en Europe d’ici à 2030…

 

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