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Un salaire minimum cantonal, mais pas pour tout le monde

conférence de presse
© Olivier Vogelsang

Le 7 mai, la Conseillère d'Etat Isabelle Moret, accompagnée de la directrice générale de l’emploi et du marché du travail Françoise Favre, a donné une conférence de presse pour défendre le contre-projet des autorités pour un salaire minimum cantonal.

VOTATION Le Conseil d’Etat vaudois a défendu devant les médias son contre-projet face à l’objet mis au vote le 14 juin prochain. Gauche et syndicats appellent à voter pour l’initiative.

Le 14 juin prochain, le Canton de Vaud votera sur l’initiative «Pour le droit de vivre dignement de son travail – pour un salaire minimum cantonal». D’un côté les deux textes du comité unitaire: l’un pour ancrer le principe dans la Constitution vaudoise et le deuxième pour fixer le montant à 23 francs l’heure avec un renchérissement automatique. De l’autre, le contre-projet du gouvernement, soutenu par la majorité de droite du Grand Conseil, qui soutient le principe d’un salaire minimum, mais en proposant une version allégée. Une «coquille vide» selon les mots du comité unitaire (lire evenement.ch/articles/un-outil-pour-combattre-la-pauvrete). Un terme réfuté, le 7 mai, lors d’une conférence de presse, par la Conseillère d’Etat en charge de l’économie, Isabelle Moret. «Si c’était le cas, personne ne refuserait les trois objets», a-t-elle souligné lors du moment des questions.

Le contre-projet veut exclure les employés sous convention collective de travail (CCT) ou contrat type de travail (CTT) – qui prévoient des salaires minimaux. «Nous voulons privilégier le partenariat social. Notre canton est celui ayant le plus de CCT, et ne part donc pas de zéro», indique Isabelle Moret. 

Les employés de l’hôtellerie-restauration, la boucherie-charcuterie, le commerce de détail à Lausanne (qui bénéficie d’une convention communale), le nettoyage industriel, la coiffure, ou encore la boulangerie-pâtisserie ne bénéficieraient donc pas d’un salaire minimum. Par contre le secteur du commerce de détail (là où il n’existe pas de CCT), le service à la personne comme par exemple les soins esthétiques, les entreprises sans CCT étendue, oui.

De nombreuses exceptions

Les initiatives excluent certains secteurs du salaire minimum cantonal: l’agriculture, l’horticulture et la viticulture, les apprentissages, les stages certifiants, les personnes mineures, en réinsertion professionnelle ou sociale. Le contre-projet également, mais y ajoute encore notamment les emplois de vacances pour les moins de 25 ans, certaine garde d’enfants (hors accueil de jour) et le travail des membres de la famille. «Nous choisissons la voie médiane, entre protection sociale et responsabilité économique», souligne la Conseillère d’Etat qui brandit le risque de perte d’emploi. 

Sur la question de l’indexation automatique demandée par le comité d’initiative, le gouvernement veut, par contre, évaluer annuellement la possibilité de l’augmenter ou non, en fonction non seulement de l’inflation, mais aussi de la conjoncture et de l’emploi.

Les femmes prétéritées

La situation de nombreux employés – dont une majorité de femmes – actifs notamment dans la restauration ou la vente, seraient donc améliorée si l’initiative est acceptée, mais pas si le contre-projet est choisi. «Il s’agit de ne pas fragiliser les secteurs où il y a des femmes et d’éviter que des employeurs renoncent à engager», répète la Conseillère d’Etat, qui souligne l’importance de la formation continue. «Dans une perspective à moyen et à long terme, il faut tenir compte de la pénurie de main d’œuvre et de l’employabilité. Avec l’IA, les personnes vont devoir se former et changer de travail. La formation professionnelle est valorisée dans les CCT et permet d’être mieux payée ensuite. Il s’agit aussi d’améliorer la loi sur l’assurance chômage pour permettre des reconversions.»

Aux côtés de la Conseillère d’Etat, Françoise Favre, directrice générale de l’emploi et du marché du travail (DGEM), a donné les derniers chiffres disponibles de l’Office des statistiques datant de 2022. Le salaire minimum cantonal aurait touché 5 à 6% des salariés. Cela signifie que 20300 employés gagnaient à l’époque moins de 23 francs de l’heure. Aucun chiffre n’a été donné sur le pourcentage couvert ou non par une CCT ou un CTT.

Notons encore que initiants et autorités prévoient un dispositif de contrôle et de sanctions pouvant se monter jusqu’à 30000 francs (en cas de récidive).

En conclusion, Isabelle Moret a brandi le risque que si l’initiative était acceptée, des personnes se rendraient chez le coiffeur ou au restaurant dans les cantons voisins, car les prix y seraient moins chers. Et de glisser encore: «Dans le canton de Bâle, les initiants avaient appelé à voter trois fois oui. Pour être sûr d'obtenir quelque-chose…»

 

Au nom du comité unitaire pour un salaire minimum cantonal, la députée vaudoise Joëlle Minacci a appelé à voter pour les initiatives de la gauche et des syndicats lors des discours du 1er Mai à Lausanne.

La parole au syndicat Unia

Questions à Arnaud Bouverat, secrétaire régional d’Unia Vaud, membre du comité unitaire qui a lancé les initiatives pour un salaire minimum cantonal.

Comme le dit Isabelle Moret, ne vaudrait-il pas mieux améliorer les conventions collectives de travail (CCT) ?

L’amélioration des CCT est une priorité pour nous, mais nous devons constater qu’un salaire minimum cantonal est absolument nécessaire. Dans le cadre des négociations, nous demandons depuis plus de 15 ans des revalorisations salariales dans plusieurs conventions à bas salaires, sans succès. Le coût de la vie dans notre canton est élevé et pèse sur le budget des salariés. Soumis ou pas à une convention, ces derniers doivent avoir un salaire décent pour vivre.

Elle indique aussi l’importance de la formation continue prévue dans les CCT…

En effet, les CCT offrent quantité de droits et de protections. Nous voulons les maintenir et les développer. Pour payer les factures à la fin du mois, la réalité est crue: il faut avoir de l’argent dans son porte-monnaie. Nos initiatives pour un salaire minimum cantonal ne demandent rien de plus que cela; pas un salaire mirifique et même pas adapté à la pénibilité ou aux compétences acquises, juste de quoi vivre selon les normes établies par les prestations complémentaires ainsi que le niveau moyen des primes-maladie et des loyers en vigueur dans notre canton. 

N’y a-t-il pas de risque de perte d’emplois, si les employeurs sont mis en difficultés, notamment dans le secteur de l’hôtellerie-restauration?

Partout où nous sommes intervenus pour introduire un salaire minimum cantonal, les patrons ont crié à la perte d’emplois. Jamais cela ne s’est produit. A Genève et à Neuchâtel, des analyses ont confirmé les effets bénéfiques du salaire minimum. Il n’y a pas de raison que cela se passe différemment pour l’hôtellerie-restauration vaudoise qu’ailleurs. Il y aura des adaptations, mais elles seront supportables et bénéfiques pour notre économie.

A-t-on des estimations sur le nombre de personnes qui bénéficierait de la mesure avec le contre-projet?

Il est très difficile de faire des estimations précises. Comme le contre-projet exclut de très nombreuses branches et beaucoup de femmes, nous estimons qu’il couvre presque moitié moins de personnes que nos initiatives. Ce procédé est extrêmement discriminatoire et ne remplit plus les objectifs de politique sociale auquel devrait répondre tout projet de salaire minimum. Nos initiatives s’inscrivent au contraire dans la droite ligne de ce qu’a validé le Tribunal fédéral comme étant une mesure légale pour assurer un revenu décent à tous les salariés. 

Le Centre patronal est contre les deux versions. Le contre-projet n’est-il pas mieux que rien?

Dans le journal du parti libéral-radical, la Conseillère d’Etat Isabelle Moret explique que le contre-projet était nécessaire pour ne pas «dérouler le tapis rouge aux initiatives». Nous voyons là les véritables motivations de la droite qui tente de faire adopter une coquille vide et tromper la population. En tant que syndicat, nous ne pouvons valider un projet très discriminatoire qui exclut de nombreuses personnes et qui doivent pourtant comme chacune pouvoir vivre de leur travail. Avec nos CHF 23.60 (en tenant compte de l’inflation, ndlr), nous sommes au minimum du minimum. Opter pour le contre-projet, c’est maintenir consciemment et volontairement des salariés à plein temps dans la précarité.

 

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