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Tout n’est pas rose dans les blanchisseries

Façade d'une blanchisserie.
© Olivier Vogelsang

La votation vaudoise sur le salaire minimum risque de venir interférer dans les négociations sur la Convention collective de travail romande des blanchisseries, puisque les plus gros employeurs de la branche se trouvent dans le canton de Vaud, comme ici, à Yverdon. 

Alors que la CCT romande de la branche doit être renouvelée l’automne prochain, Unia veut améliorer les conditions de travail de salariées très précaires.

Antoine Grosjean

C’est une activité où les conditions de travail sont pénibles et les salaires vraiment pas mirobolants. Mais Unia espère améliorer la situation des quelque 1400 employées romandes – il s’agit essentiellement de femmes – des blanchisseries et des pressings, à l’occasion du renouvellement de la Convention collective de travail (CCT) de la branche, qui aura lieu en fin d’année. Le syndicat entrera en négociation avec l’Association romande des entreprises de nettoyage des textiles (ARENT) à l’automne prochain.
D’ici là, Unia doit rédiger son cahier de revendications. La première étape démarre en ce moment, par une campagne de consultation des travailleuses. «Nous faisons des sondages lors des assemblées et des visites dans les entreprises pendant les pauses», confie Fiona Donadello, secrétaire syndicale de la branche industrie d'Unia Vaud. Sans préjuger du résultat de la consultation, il est d’ores et déjà clair que deux thématiques émergent: les salaires, ainsi que les horaires et le temps de travail.

Un travail très pénible
En ce qui concerne les rémunérations, Unia estime en effet qu’elles devraient augmenter, même si une hausse du salaire de base de plus de 300 francs par paliers avait déjà été obtenue lors des dernières négociations. «Malgré cela, les salaires restent très bas, puisqu’ils se situent entre 3700 et 3900 francs par mois pour une blanchisseuse», souligne la syndicaliste, ajoutant qu’on parle d’une population précaire, composée majoritairement de femmes migrantes et peu qualifiées. La pénibilité de leur métier – chaleur et humidité dans les locaux, port de lourdes charges, gestes répétitifs (lire témoignage ci-contre) – mériterait d’être mieux rétribuée.
Selon Fiona Donadello, l’association patronale est plutôt ouverte au dialogue. Pourtant, il n’est pas certain qu’elle accepte si facilement d’accorder de nouvelles augmentations salariales. Par ailleurs, les blanchisseries industrielles travaillent beaucoup pour la collectivité (hôpitaux, EMS, etc.). «Sachant que ces entreprises font de la sous-traitance pour le secteur public, qui a externalisé ces tâches, il est d’autant plus légitime d’exiger que leur personnel soit payé correctement.» 
La votation vaudoise sur le salaire minimum, qui pourrait avoir lieu le 14 juin, risque toutefois de venir interférer dans les négociations, puisque les plus gros employeurs de la branche se trouvent dans le canton de Vaud. Et c’est justement le 14 juin que le cahier des revendications sera soumis aux travailleuses en assemblée générale, avant d’être envoyé à la partie patronale.

Horaires à rallonge
L’autre point qui sera sûrement au cœur des discussions, c’est la question du temps de travail et de la planification des horaires. «C’est assez chaotique, déplore la secrétaire syndicale. On sait quand on commence sa journée, mais on ne sait pas quand on la finit. Dans ces conditions, il est difficile de concilier travail et vie privée. De plus, selon la CCT, les plannings devraient en principe être communiqués au moins deux semaines à l’avance, mais c’est très compliqué de contrôler que ce soit bien le cas.»
En tout cas, Unia peut compter sur une base fortement mobilisée: «Grâce à un travail de longue haleine ces dernières années, nous avons déjà pu améliorer les conditions de travail et les gens le savent. Le taux de syndicalisation dans la blanchisserie est aujourd’hui assez élevé», se félicite Fiona Donadello. K 

«On doit faire le travail de trois personnes»

«J’ai besoin de mon travail, mais j’ai aussi le droit d’avoir une vie en dehors du travail!» Récemment, Paola (prénom d’emprunt) a dû mettre un frein aux exigences croissantes de sa hiérarchie. Employée dans une blanchisserie industrielle du canton de Vaud, cette femme originaire d’Amérique du Sud, sans qualifications, a l’impression d’être pressée comme un citron. «On doit faire le travail de trois personnes, dénonce-t-elle. Quand il y a du retard sur les commandes, on nous demande de commencer notre journée à 6h, au lieu de 7h. Ces temps-ci, c’est presque tous les jours.» La quadragénaire a fini par dire stop. «C’est toujours aux mêmes qu’on demande de venir dépanner. Il y a beaucoup de favoritisme. Mais j’ai expliqué que je n’en peux plus, qu’il faut prendre quelqu’un d’autre. Je n’hésite pas à le dire, quand je trouve qu’il se passe des choses pas normales, mais beaucoup de collègues ont peur.» 
Ces heures supplémentaires ne sont même pas payées, mais compensées par des congés imposés pendant les périodes où il y a moins de travail, comme en été. «Ils ne veulent pas engager des temporaires, car ils disent qu’il y a trop d’heures négatives. A la longue, on accumule la fatigue et on finit par tomber malade ou en dépression. Une collègue a le cancer, et comme elle ne peut plus travailler à 100%, ils vont la licencier. Une autre est restée plusieurs mois à l’arrêt après un accident du travail et, quand elle est revenue, les chefs ont exigé qu’elle reprenne tout de suite à plein temps. C’est pas humain!» 
Paola décrit aussi une répartition du travail très stressante. «On ne sait jamais à quel poste on va être, ça change chaque jour. Et il y a des tâches épuisantes, comme quand on doit rester debout toute la journée pour suspendre le linge.» Tout cela pour un salaire qui permet à peine à cette femme divorcée et mère d’un enfant de vivre. «Sans la pension alimentaire de mon ex-mari et sans l’aide financière de ma commune, je ne m’en sortirais pas.» En attendant une éventuelle hausse des salaires, elle ne voit qu’une possibilité de gagner plus: se former. «J’ai pris des cours de français et j’aimerais faire un CFC. Cela me permettrait d’être mieux payée et d’avoir un poste moins fatiguant. Je ne veux pas tomber malade à cause de mon travail.» 

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