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Le personnel d’Eaton exige le respect de ses droits

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© Thierry Porchet

Le groupe américain menace de supprimer 52 emplois qui seront certainement délocalisés à l'étranger. 

Après l’annonce brutale de la fermeture de deux sites vaudois et le refus total de négocier, les salariés, soutenus par Unia, ont saisi l’Office cantonal de conciliation. Explications.

Un coup de massue pour les employés d’Eaton. Spécialisée dans la gestion intelligente de l’énergie, l’entreprise américaine a annoncé le 2 mars dernier son intention de fermer deux de ses trois sites vaudois, situés au Mont-sur-Lausanne et au Lieu. Au total, 52 postes sont menacés, principalement des informaticiens et des techniciens, alors même que le groupe affiche des bénéfices en hausse et une activité en croissance à l’international. Une partie des emplois sera très probablement délocalisée à l’étranger.

Les employés, soutenus par le syndicat Unia, ont immédiatement réagi, mais ont vite été confrontés au refus total de leur direction de négocier. C’est pourquoi, le 24 mars, veille de la fin de la période de consultation, ils ont saisi l’Office cantonal de conciliation. «Il s’agit bien d’un licenciement collectif mais comme l’entreprise comprend moins de 250 employés, Eaton n’est pas légalement contraint de négocier un plan social et se justifie de cette manière», explique Nicole Vassalli, responsable du secteur industrie d’Unia Vaud. L’objectif? Contraindre l’entreprise à respecter les principes de consultation et à ouvrir des négociations.

Procédure alibi
Le personnel rapporte une procédure précipitée et non conforme à ses droits de consultation et de participation. «Les représentants des travailleurs reprochent à l’entreprise de refuser de reconnaître une délégation du personnel constituée pour dialoguer avec la direction, relaie Unia dans un communiqué de presse. Ils dénoncent en outre un blocage de l’accès à des données essentielles pour élaborer un éventuel plan de sauvegarde.» Malgré cela, plusieurs propositions auraient été formulées afin d’éviter la fermeture de deux des trois sites vaudois, ou du moins de limiter le nombre de licenciements. En vain. Ces dernières ont été balayées par la direction.

L’absence de négociations sur des mesures d’accompagnement pour les employés concernés est un autre point sensible. «L’entreprise joue sur le fait de ne pas y être légalement tenue et affirme s’appuyer sur des standards internes, sans toutefois dévoiler le contenu de ces mesures», souligne la responsable syndicale. Une attitude jugée inacceptable et indigne pour un groupe de cette envergure, selon Unia, qui accuse Eaton de vouloir procéder à des licenciements rapides, sans véritable dialogue, au terme d’une procédure qualifiée «d’alibi».

Fiscalité et politique industrielle
Pour le syndicat, la situation soulève également des interrogations d’ordre politique. «Eaton a en effet bénéficié de plusieurs accords fiscaux dans le canton de Vaud au cours des vingt dernières années. Malgré cela, le groupe prévoit aujourd’hui de transférer une partie des emplois à l’étranger.»

De plus, Eaton n’en est pas à son coup d’essai en matière de restructurations. Après avoir fermé un site à Saint-Gall en 2024, laissant une trentaine de salariés sur le carreau, une dizaine d’autres suppressions de postes a été annoncée en début d’année sur leur site de Morges.
«Ces décisions illustrent les limites des politiques de promotion économique, s’indigne le syndicat. Nous appelons les autorités à vérifier les conditions dans lesquelles ces avantages fiscaux ont été accordés, alors que les licenciements annoncés pourraient peser sur les finances publiques.»
Au-delà du cas individuel de Eaton, cette affaire relance plus largement le débat sur la politique industrielle en Suisse. Pour Unia et les représentants des travailleurs, «la multiplication de restructurations au sein de multinationales pourtant en bonne santé financière souligne l’absence de stratégie cohérente, tant au niveau national que cantonal».

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