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Smood, c’est (presque) fini

Livreur à vélo
©Olivier Vogelsang

Smood compte 427 collaborateurs. Avec l'arrêt de ses prestations, ces emplois seraient rayés de la carte. 

Fondé en 2012, le service de livraison de repas, dont le capital est détenu à 100% par Migros, est en passe de cesser ses activités. Unia réclame au géant orange et à Smood d’assumer leurs responsabilités.

C’est une secousse majeure dans le domaine du service de livraison de repas. Smood, acteur important du secteur, fondée en 2012 et basée à Plan-les-Ouates (Genève), est en passe de mettre la clé sous le paillasson. Dans un communiqué divulgué le 20 janvier, le conseil d’administration de l’entreprise annonce «l’ouverture d’une phase de consultation avec son personnel et de négociation d’un plan social, en vue de la possible cessation de ses activités.» Cette mesure radicale est motivée par un ensemble de facteurs, le premier se rattachant aux résultats financiers jugés «en deçà des objectifs fixés, sans perspective de retour à la profitabilité». La direction évoque également l’étroitesse du marché et la concurrence qu’exerce les acteurs internationaux. Implanté dans 25 villes suisses, Smood compte aujourd’hui 427 collaborateurs, dont une très grande partie se consacre à la livraison. Dans le cas, très probable, d’un arrêt des prestations, ces emplois seraient rayés de la carte. 

Violation de la loi et de la CCNT
Face à cet état de fait, Unia dénonce la destruction progressive du secteur par l’entremise d’Uber Eats. Celui-ci étant depuis longtemps en violation flagrante de la loi et de la convention collective nationale de travail (CCNT) de l’hôtellerie et restauration. Le Tribunal fédéral s’était prononcé par ailleurs en 2022 avec un arrêté décrétant que les chauffeurs d’Uber et d’Uber Eats devaient être considérés comme des salariés. L’application de cet arrêté demeure lacunaire et génère une concurrence déloyale. Dans un communiqué daté lui aussi du 20 janvier, le syndicat en appelle au rôle que doit jouer le géant du commerce de détail qui détient le capital de Smood à hauteur de 100%. «En tant que plus grand employeur de Suisse, Migros doit assumer ses responsabilités et trouver une solution pour éviter que les coursières et coursiers ne se retrouvent à la rue.»

Des solutions alternatives aux licenciements doivent ainsi être cherchées et, à défaut, Unia demande qu’un plan social «exemplaire» soit négocié. Il est rappelé, enfin, qu’il faudra également «veiller à ce que les livreuses et livreurs puissent faire valoir leurs dus et obtenir ce qui leur revient de droit.» Pour Véronique Polito, vice-présidente d'Unia et responsable du secteur tertiaire, les prémisses dans le règlement de ce dossier ne sont bonnes: «Le plan social soumis aux employés de Smood est bien plus mauvais que les standards pratiqués par Migros. En outre, la phase de concertation prévoit un délai trop court, fixé au 9 février. Je tiens aussi à souligner que Migros a négocié en 2025 une nouvelle convention collective de travail, entrée en vigueur le 1er janvier dernier. Or, l’entreprise annonce dans la foulée un gros plan de licenciements et fait preuve d’un manque flagrant de transparence.»

Comme pour Uber Eats, le cas de Smood demeure lui aussi problématique si on se réfère au respect des conditions de travail fixées par la CCNT. Des procédures sont toujours en cours à ce sujet. Véronique Polito rappelle qu’en avril dernier, «les partenaires sociaux ont gagné en première instance au Tribunal des prud’hommes de Genève. Selon ce jugement, les employés devaient être soumis à la Convention collective de travail de l’hôtellerie-restauration, ce qui implique notamment de payer toutes les heures mises à disposition de l’employeur, y compris le temps d’attente. Le jugement en deuxième instance est attendu dans les semaines qui viennent.» Unia conclut son communiqué en restant ferme sur un point: «Menacer de fermer l’entreprise ne doit pas servir à balayer ces revendications sous le tapis». 

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