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Plus de 100 000 personnes disent «Pas touche aux salaires minimums!»

Pile de cartons où il écrit 100'000 en grand.
©Thierry Porchet

Les cartons contenant les 100 000 signatures déposées à Berne le 7 octobre, qui sont le signe d'une large opposition contre l’attaque sur les salaires minimums cantonaux et communaux. 

Le double des signatures nécessaires a été récolté contre la loi qui donne la priorité aux conventions collectives. Le peuple aura le dernier mot.

C’est un sacré tour de force! Réussir à récolter autant de paraphes, en grande partie durant la pause estivale, il fallait le faire. Ce mercredi 7 octobre, à Berne, une alliance réunissant syndicats et partis politiques a déposé à la Chancellerie fédérale plus de 100 000 signatures en faveur du référendum contre l’attaque sur les salaires minimums cantonaux et communaux. Soit plus du double exigé pour que le peuple soit appelé à se prononcer! Une large opposition se manifeste ainsi contre la décision de la majorité de droite du Parlement d’étendre le champ d’application des conventions collectives de travail (CCT).

La collecte de signatures avait débuté fin juin, quelques jours après le vote des Chambres fédérales en faveur de l’ex-motion Ettlin, un texte qui porte un sérieux coup de canif au fédéralisme et qui bafoue la volonté populaire. Car les villes et les cantons adoptant un salaire minimum, même à la suite d’une votation, ne pourraient plus l’appliquer aux salariées et aux salariés des branches couvertes par une CCT déclarée de force obligatoire. «Les cantons seraient ainsi privés de compétences que leur confère la Constitution», remarque dans son communiqué de presse le comité référendaire «Pas touche aux salaires», qui réunit les deux grandes organisations faîtières syndicales, l’Union syndicale suisse (USS) et Travail.Suisse, ainsi que le Parti socialiste et les Vert-e-s.

Vivre de son salaire

Les premières victimes de cette réforme seraient les personnes actives dans les branches à bas salaires, comme l’hôtellerie-restauration, le nettoyage, la coiffure, la location de services ou le commerce de détail. Lors de la remise des signatures, Vania Alleva, présidente d’Unia, a déploré une autre conséquence pernicieuse de cette offensive contre les salaires minimums: «Deux tiers des personnes qui en bénéficient sont des femmes. Porter atteinte aux salaires minimums, c’est aussi porter atteinte à l’égalité.» Pierre-Yves Maillard, président de l’USS, rappelle pour sa part qu’un salaire doit permettre de vivre. «Cette attaque remet en cause ce principe fondamental. C’est totalement inacceptable.»

Dans les cantons de Neuchâtel, de Genève et de Bâle-Ville, le peuple a approuvé des salaires minimums applicables à l’ensemble des salariés. Les villes de Zurich et de Winterthour en ont fait de même, et dans celle de Lucerne, le corps électoral a confirmé le 28 septembre le salaire minimum légal sans dérogation pour les CCT. Même le parlement à majorité bourgeoise du canton du Tessin a adopté une telle mesure. Par ailleurs, la population vaudoise a voté le 14 juin pour un salaire minimum (dont la loi d’application est encore en discussion) et le canton du Valais se prononcera le 29 novembre sur ce sujet. Enfin, à Bienne, une initiative dans ce sens a abouti, mais elle fait l’objet d’un recours des milieux économiques.

Une mesure qui a fait ses preuves

Le comité référendaire souligne que les salaires minimums en vigueur ont fait leurs preuves. «Là où ils ont été introduits, les salaires de misère sont moins nombreux, sans que le chômage augmente.» Les différents rapports d’évaluation officiels réalisés à Genève ont confirmé cet effet salutaire. «Quiconque affaiblit les salaires minimums touche précisément les salariés qui ont besoin de chaque franc pour vivre, avertit Vania Alleva. Avec cette réforme, on ne s'en prend pas seulement aux plus démunis, mais on met également sous pression l'ensemble du niveau des salaires.»

Pour Jacqueline Badran, vice-présidente du PS Suisse, «la majorité du Parlement n’a pas digéré les décisions démocratiques prises dans les cantons et les communes. Cette loi piétine la démocratie directe et bafoue un principe confirmé à plusieurs reprises par le Tribunal fédéral: les salaires minimums sont des instruments de politique sociale dont disposent les cantons et les communes.»

Certes, la modification de loi voulue par la droite garantit que les salaires minimums déjà en vigueur resteraient valables, même dans les branches soumises à une CCT de force obligatoire. En revanche, ils ne pourraient plus être adaptés au renchérissement, ce qui signifie qu’avec l’inflation, les salaires réels diminueraient inexorablement au fil des années. Avec le coût de la vie qui ne cesse de grimper ces temps-ci, c’est une argument de plus à la longue liste de ceux qui, espérons-le, convaincront la population suisse de renvoyer cette réforme inique à l’expéditeur. 

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