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Mobilisation dans le second œuvre

Syndicaliste lors d'une visite de chantier.
© Thierry Porchet

Le syndicaliste José Sebastiao (à droite) fait la tournée des chantiers pour sensibiliser les ouvriers sur les enjeux du renouvellement de leur CCT romande et les inviter à participer à l’assemblée qui aura lieu le 1er Mai à Lausanne. Les discussions sont ouvertes et animées.

Unia fait la tournée des chantiers en Suisse romande pour parler des conditions de travail, du stress et des salaires à la traîne chez les peintres, les plâtriers et les autres professionnels de la branche. Au cœur des discussions, la nécessité de s’organiser pour obtenir des améliorations. Rendez-vous est donné le 1er Mai à Lausanne

Les négociations en vue du renouvellement de la Convention collective de travail du second œuvre romand (CCT SOR) ont démarré le 12 avril dernier. Celle-ci arrivant à échéance à la fin de l’année, les partenaires sociaux ont quelques mois pour se mettre d’accord.

«Tout comme les maçons, les travailleurs du second œuvre sont soumis au stress et à la pression sur les délais, il faut toujours courir pour terminer le travail», lance José Sebastiao, secrétaire syndical à Unia Genève. Il y a aussi la problématique des salaires conventionnels, qui ont stagné ces dernières années, et celles de l’explosion du travail temporaire et de la sous-traitance, de la pénurie de personnel qualifié, des trajets professionnels non payés, des chantiers parfois insalubres ou encore du licenciement des travailleurs âgés (lire ci-dessous).

«Pour les employeurs, les préoccupations ne sont pas les mêmes!, reprend le syndicaliste. Ils souhaitent une flexibilisation du temps de travail ainsi que le travail du samedi, et là, ça ne va pas!»

Afin de montrer la détermination des salariés à lutter et à défendre la CCT SOR, Unia a décidé de réunir tous les travailleurs romands du secteur à Lausanne à l’occasion du 1er Mai.

Mobilisation sur le terrain

Ces dernières semaines, le syndicat a fait un gros travail de mobilisation sur les chantiers. L’Evénement syndical a suivi l’une de ces visites, un vendredi midi, sur un chantier à Lancy, dans le canton de Genève. Ce jour-là, une équipe de peintres est en pause. «En dix ans, vous avez obtenu une fois 19 francs d’augmentation, et ces six dernières années, pas un centime!, s’indigne José Sebastiao. Les maçons, eux, ont obtenu beaucoup plus, car ils se sont battus pour l’avoir. C’est à votre tour de vous bouger pour obtenir des améliorations. Si vous ne le faites pas, dans dix ans, vous en serez toujours là!» Les travailleurs acquiescent. «La convention doit évoluer. Et puis, le 1er Mai, vous ne travaillez pas… J’espère que vous serez là pour défendre votre CCT, car c’est nécessaire, pas pour moi, pour vous!» Certains ouvriers assurent qu’ils seront là, d’autres paraissent plus détachés. «Tu as raison, lance l’un d’eux au responsable syndical. On se plaint souvent de pas avoir autant que les collègues maçons, mais si c’est le cas, c’est parce qu'eux vont sur le pont!»

Quand on demande aux ouvriers ce qu’ils aimeraient voir changer dans leur convention, la réponse est unanime: «Le plus important c’est le salaire, pour le reste, on n’a pas trop à se plaindre, les conditions sont bonnes, même s’il y a toujours des choses à améliorer!» Très loyaux envers leur employeur, certains disent ne pas vouloir aller contre son sens. «On ne se bat pas contre une entreprise ou une autre, mais pour une bonne convention pour tous les travailleurs», rectifie José Sebastiao. Le message est passé, tous à Lausanne le 1er Mai!


Infos pratiques du 1er Mai pour le second œuvre romand

15h: Rendez-vous au Cazard à Lausanne pour un moment convivial.

16h: Assemblée générale.

17h: Formation du cortège.

17h30: Départ de la place de la Riponne.

Tous les travailleurs du second œuvre sont invités à se joindre au défilé, qu’ils soient fixes, temporaires ou sous-traitants.

Des bus partiront de Genève vers Lausanne dans la matinée. Informations et inscriptions au 0041848949120 ou sur: geneve [at] unia.ch (geneve[at]unia[dot]ch)

Pour les autres cantons romands, se renseigner auprès des secrétariats d’Unia.

Protégeons les travailleurs âgés

Il y a quelques années, Unia Genève dénonçait les licenciements récurrents des travailleurs âgés dans la construction. Une pression qui avait porté ses fruits puisque des mesures, telles que la mise sur pied d’une cellule de reclassement pour ces travailleurs licenciés ainsi que le rallongement du délai de congé, avaient été obtenues. Hélas, constate José Sebastiao, secrétaire syndical, les mauvaises pratiques du gros œuvre finissent toujours par arriver dans le second œuvre. «Depuis le mois d’octobre 2022, les syndicats genevois ont recensé une trentaine de cas de travailleurs de plus de 55 ans licenciés, alors que la CCT de la branche stipule justement que ces licenciements doivent être évités.» Le syndicaliste évoque le cas récent d’une entreprise qui a licencié une dizaine de travailleurs âgés, directement remplacés par des intérimaires et des sous-traitants. «Tout est une question d’économie: le but ultime des entreprises est de recourir à la main-d’œuvre la moins chère possible!»

Unia exigera au sein des discussions conventionnelles que la CCT SOR soit plus contraignante sur la question des travailleurs âgés, et qu’une cellule de reclassement soit mise en place au niveau de la Commission paritaire pour ceux dont le licenciement n’a pas pu être évité. «Ce dispositif a fait ses preuves dans le secteur principal de la construction», assure José Sebastiao.

Deux travailleurs du second œuvre ont accepté de témoigner.


Manuel, plâtrier, 61 ans

«Je suis dans le second œuvre depuis 25 ans à Genève. J’ai été licencié le mois dernier, sur-le-champ, pour un prétexte bidon. Avant cela, je n’avais jamais eu de problème avec mon employeur pour qui je travaillais depuis 2018. J’aurai 62 ans au mois de juin prochain, donc je ne crains rien pour ma retraite anticipée, à part des petites pertes financières, mais c’est quand même triste. Je ne pensais pas finir ma carrière de cette façon, je ne m’y attendais pas, d’autant que je suis encore en forme et que la qualité de mon travail a toujours été bonne. C’est déprimant, on se sent comme des moins-que-rien.

Mon poste a été repris par un jeune arrivé il y a quatre mois. Je n’ai rien contre lui, il n’y peut rien, mais il est urgent de mettre en place des protections pour nous, travailleurs âgés.

Avant, ce n’était pas comme ça. Les employeurs avaient une autre posture vis-à-vis de leurs employés. Maintenant, il n’y a plus de vision d’avenir ni de respect du travailleur. Il est uniquement question de faire de l’argent, et le plus vite possible.»

Joaquim, façadier, 61 ans

«J’ai été licencié en 2018 avec effet immédiat, avec une quarantaine d’autres collègues, pour cause de restructuration de l’entreprise. J’ai été quelques mois au chômage, puis j’ai enchaîné les missions intérimaires pendant plusieurs mois. J’ai fini par être gardé par une entreprise, mais toujours en temporaire. Je donnais le maximum chaque jour, car on me disait que, dès qu’une place fixe se libérerait, elle serait pour moi. Mais les promesses n’ont pas été tenues: malgré mon expérience et mon savoir-faire, ce sont des jeunes qui ont obtenu les postes. Nous, les anciens, ils nous utilisent tant qu’ils ont besoin, et ils nous jettent à la première occasion venue.

En février 2022, j’ai eu un accident. J’ai glissé sur un échafaudage qui était enneigé et je me suis déchiré deux tendons à l’épaule. J’ai dû être opéré. L’agence d’intérim m’a licencié un mois plus tard. Aujourd’hui, la Suva a cessé de me verser des indemnités et je n’ai plus de revenu. Je vais devoir m’inscrire au chômage et retrouver du travail très vite, sinon je vais perdre mon droit à la retraite anticipée (62 ans dans la branche, ndlr). Et si je le perds, je vais devoir aller jusqu’à 65 ans. Le problème c’est que je suis seulement à 60% de mes capacités à cause de mon épaule: dans les deux cas, qui va bien vouloir m’embaucher? Je suis très inquiet pour cette dernière année…»

Portraits des deux travailleurs
Manuel et Joaquim disent leur désarroi face au licenciement qu’ils ont subi et leur sentiment d’être considéré comme de la main-d’œuvre jetable. © Thierry Porchet

 

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