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Coup de canif au salaire minimum genevois

Jeunes travaillant dans un food-truck.
© Neil Labrador/archives

A Genève, les étudiants qui travaillent pendant leurs vacances seront dorénavant payés 25% en-dessous du salaire minimum cantonal.

A une nette majorité, la population a accepté de raboter la rémunération des jobs d’été des étudiants dans le canton.

Alors que les salaires minimaux cantonaux sont remis en cause au niveau fédéral, le résultat de la votation sur ce sujet dans le canton de Genève n’est pas de bon augure. La population a en effet accepté d’introduire une dérogation pour les jobs d’été des étudiants. Ceux-ci seront dorénavant rémunérés 25% en-dessous du salaire minimum cantonal (qui est de 24,59 francs l’heure en 2026), soit actuellement 18,44 francs l’heure.

Avec près de 61% des voix, c’est un désaveu cinglant pour la gauche, les syndicats et les associations estudiantines, qui se sont pourtant efforcés de souligner que ces emplois sont une réelle nécessité économique pour de nombreuses personnes en formation, et pas seulement un moyen de s’offrir des vacances ou des loisirs. Le camp référendaire promet de rester vigilant à l’avenir, afin de s’assurer qu’il n’y ait pas d’abus, par exemple sur les contrats à durée déterminée effectués durant l’été, qui ne sont pas forcément des jobs d’été, ou sur les emplois occupés à l’année par des étudiants.

En effet, la disposition adoptée ce 8 mars concerne exclusivement les emplois exercés durant les vacances scolaires et universitaires par des étudiants immatriculés dans un établissement de formation reconnu, pour une durée maximale de 60 jours par an. Mais les syndicats craignent que cela n’ouvre la porte à d’autres exceptions au salaire minimum – qui avait été approuvé à 58% en votation populaire en septembre 2020 – ou à une remise en cause de son indexation automatique au coût de la vie.

«La question des contrôles va se poser, réagit Yves Defferrard, secrétaire régional d'Unia Genève. Il faudra s'assurer que les jobs payés en-dessous du salaire minimum sont bien limités à 60 jours par an. Vu la multitude d'étudiants qui travaillent, ce ne sera pas simple.»

 

Les patrons attendus au tournant

Le comité référendaire a déploré, dans un communiqué de presse, qu’une majorité de la population se soit «laissée duper par les arguments fallacieux sur une prétendue disparition des jobs d’été», dont les milieux patronaux affirment qu’ils étaient devenus trop chers avec le salaire minimum. «Alors que nous subissons déjà la hausse des taxes d’études et qu’on peine déjà à finir le mois, voilà qu’on va devoir bosser pour seulement 18 francs de l’heure durant les vacances. Nous allons continuer à travailler toujours autant, mais pour un salaire au rabais insuffisant pour payer nos factures», déplore Coralie Cabibbo, du syndicat des étudiants des HES.

Rappelant que la motion Ettlin, visant à faire primer les conventions collectives de travail sur les salaires minimum cantonaux, est en discussion parlement fédéral, Davide De Filippo, président de la Communauté genevoise d'action syndicale, invite les travailleuses et les travailleurs à se mobiliser. «Quant à la droite et au patronat qui juraient la bouche en cœur durant la campagne qu’ils ne remettaient pas en cause le principe du salaire minimum légal adopté par la population en 2020, nous les attendons au tournant.»

Les membres du comité unitaire genevois «Contre la précarité étudiante, pas touche au salaire minimum!» préviennent qu’ils demanderont des comptes à celles et ceux qui ont affirmé, entre autres, que le nombre de jobs d’été augmenterait. Le comité exige par ailleurs que tous les jobs étudiants soient annoncés aux autorités, afin de garder un contrôle sur l’application stricte de la loi. 

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