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Vers les chantiers de l’avenir

C’est une histoire étonnante, porteuse de quelques images dont on gardera longtemps le souvenir. Au matin du 5 octobre dernier, une poignée de syndicalistes et de patrons vaudois actifs dans la construction se sont donné rendez-vous au siège lausannois d’Unia. Salutations franches d’abord, puis, tout le monde s’est assis à la même table, dans une ambiance cordiale, pour annoncer à la presse une amélioration conséquente des conditions de travail dans le gros œuvre. Voilà donc les «ennemis» d’un temps pas éloigné du tout – on était alors en 2025 –, ceux qui claquaient les portes et s’accusaient mutuellement lors des négociations de la nouvelle convention nationale, voilà ceux-là afficher des mines enfin détendues.

A une soixantaine de kilomètres de là, une semaine plus tôt, une autre annonce signifiait, dans le même domaine d’activités, la fin du conflit qui opposait le cartel syndical genevois aux entrepreneurs du bâtiment. Ces derniers s’étant entêtés des mois durant dans la dénonciation de la convention nationale paraphée début 2026 et ayant rejeté les spécificités cantonales (la désormais célèbre annexe 13) liées au contexte genevois, avant de revenir à la table des négociations et de faire marche arrière. Ces deux instantanés ont un éclat certain et le goût de la victoire syndicale. Ils rappellent en même temps l’importance d’un partenariat social basé sur la bonne foi et sur cette sérénité qui doit gouverner les échanges. Ce même partenariat – aux allures de vieille et glorieuse mécanique qui a permis de faire avancer tant de causes syndicales par le passé – est toujours opérante et porteuse d’espoir. 

Il serait désormais absurde d’organiser le travail dans les chantiers comme on l’a fait jusqu’à présent

Ainsi, les maçons genevois, qui risquaient de perdre jusqu’à 400 francs de revenus mensuels en cas d’échec des négociations, conservent finalement leurs acquis spécifiques. La pause matinale leur sera payée et certains frais, comme le panier-repas, seront mieux indemnisés. Et ce jusqu’en 2031, année du renouvellement de l’accord. Dans le canton de Vaud, l’amélioration de la CCT comprend l’introduction d’un dispositif permettant d’interrompre le travail lorsque la chaleur atteint des pics dangereux. Parallèlement, le document approuvé accorde davantage de vacances aux apprentis. Ces deux points sont loin d’être un détail. Car la construction est confrontée à deux défis qui ne cesseront de grossir ces prochaines années: le dérèglement climatique et l’attrait de la profession auprès des jeunes générations.

Le premier front oblige à repenser l’avenir. Il serait désormais absurde d’organiser le travail dans les chantiers comme on l’a fait jusqu’à présent. Alors que travailler par plus de 33 degrés n’a pas été une exception durant les mois chauds qu’on vient de laisser derrière nous, les directeurs d’entreprise sont désormais sommés de ne plus choisir entre respect des délais de livraison et santé des salariés. L’ouvrier du bâtiment ne peut plus être une variable d’ajustement. C’est le sens des revendications qu’Unia adresse aux autorités cantonales pour faciliter les horaires matinaux et pour éviter les pénalités lorsque des intempéries de toutes sortes imposent l’arrêt d’un chantier. 

Le second front, celui de l’attractivité, fait une grande avancée dans le canton de Vaud, avec l’octroi de dix semaines de vacances aux apprentis de première année. Ce gros sucre rendra moins brutale la transition entre école et chantier et fidélisera, qui sait?, une frange de jeunes qui quittent trop tôt, trop vite, la profession. On ne peut que souhaiter, désormais, que ces deux thèmes, cruciaux pour l’avenir du secteur, soient empoignés dans les autres cantons. Avec autant de détermination et autant de bons résultats que ceux affichés à Lausanne.

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