Un salaire digne pour les femmes en première ligne

Action du 8 mars à Lausanne.
© Olivier Vogelsang

A côté du stand de la grève féministe, sur la place du 14-Juin à Lausanne, des vendeuses soutenues par Unia ont revendiqué de meilleures conditions de travail.

A l’occasion de la Journée internationale pour les droits des femmes, des vendeuses, soutenues par Unia, ont revendiqué à Lausanne de meilleures conditions de travail et un salaire digne

«Un salaire minimum, c’est vraiment le minimum: 4000 x 13». C’est avec ce slogan, parmi d’autres, que des vendeuses vaudoises se sont mobilisées pour un salaire digne et de meilleures conditions de travail sur la place du 14-Juin (anciennement place Saint-Laurent) à Lausanne le 8 mars. Quelques jours plus tôt, trois d’entre elles se retrouvaient dans les locaux d’Unia avec Tamara Knezevic, secrétaire syndicale, pour parler de leurs revendications et réaliser des pancartes.

A la tombée de la nuit, après leur journée de travail, elles se confient sur cette année si spéciale. «Avant, j’adorais mon métier. Mais là, je sature, explique Barbara*, vendeuse dans un magasin de vêtements. Déjà début 2020, on avait la pression de faire tourner le magasin, car on ne recevait plus les vêtements de Chine. On ne faisait pas de chiffre. Puis, on a dû fermer pendant le semi-confinement. Et quand on a rouvert au mois de mai, c’était de la folie. Un monde fou avec des tâches supplémentaires: contrôler les clients, faire appliquer les mesures comme la désinfection. Travailler avec un masque, c’est fatiguant. Et j’en ai eu des infections aux yeux.» Elle ajoute qu’au final, les chiffres de vente en 2020 ont été meilleurs qu’en 2019. Mais à quel prix pour le personnel? «Le cahier des charges a été bousculé, avec de nouvelles tâches de surveillance et d’hygiène pour lesquelles le personnel n’a pas été formé», explique Tamara Knezevic.

Chaos

Avec les cabines fermées, les vendeuses de vêtements soulignent le chaos qui règne, alors que les clients essaient tout de même les habits dans les rayons, les laissant ensuite sur place. «Je les appelle les “essayants sauvagesˮ», rigole Maya*, qui dénonce un sous-effectif chronique dans son magasin.

«Au début, nos masques provenaient d’un stock périmé, souligne Gertrude*, caissière dans une grande enseigne alimentaire. J’ai des problèmes respiratoires et je suis donc une personne à risque. J’ai donc amené mon propre masque. Surtout qu’il y a beaucoup de clients qui le portent sous le menton, qui l’ôtent quand ils ne comprennent pas ce que je leur dis – je vous assure! – ou pour parler! Il n’y a même plus de contrôle à l’entrée quant au nombre de clients ou à la désinfection des mains.»

«On a eu la consigne de la direction de couper le désinfectant avec de l’eau pour réduire les coûts. Et je sais que cela se fait un peu partout», renchérit Maya, heureuse de quitter le métier bientôt, ayant trouvé une place dans une crèche. «Plus de travail le samedi, six semaines de vacances par an, pas de nocturnes, et un environnement plus sain et moins bruyant», se réjouit la jeune femme de 27 ans. Après deux ans dans le métier de la vente, elle souffre d’une cheville. Sa collègue, encore plus jeune, des genoux. Barbara souligne, quant à elle, avoir un nœud au milieu des omoplates. Autant de maux qui rappellent le caractère physique du métier: la position statique debout, la répétition des mêmes gestes, ou encore le déplacement de lourdes charges. «Aujourd’hui, j’ai porté environ 150 kilos de marchandises, à coup de 25 kilos, en montant des escaliers, précise Maya. Le pire, quand on est debout toute la journée, c’est la douleur aux pieds. Même avec des chaussures confortables, y a rien à faire!»

Vie sociale amputée

A l’évocation de l’ouverture de douze dimanches par année, mesure en débat au Parlement (voir ici), Barbara s’exclame: «Mais qui osent proposer ça? Et pour quoi faire? Si au moins on avait des avantages derrière!» Pour elle qui habite hors de Lausanne, faute de pouvoir payer un loyer au centre-ville avec son revenu, sa vie sociale est déjà amputée: «J’arrive à 20h30 chez moi après le boulot, et je travaille les samedis.» «Le personnel de vente se plaint beaucoup, car leurs horaires changent tout le temps. C’est difficile surtout pour les mères de famille de s’organiser», explique Tamara Knezevic.

La question du salaire se pose aussi. Barbara touche 3900 francs brut à temps plein. Maya est reconnaissante d’avoir reçu le 100% de ses 4000 francs, même pendant les fermetures imposées. Reste qu’elle n’a jamais été payée pour le temps qu’elle passe à ouvrir et à fermer le magasin, soit au total quelque 30 minutes par jour. Gertrude, elle, est enfin salariée après cinq années payées à l’heure. «J’arrive à 2000 francs par mois à 50%. J’ai 54 ans et je gagne comme un employé qui vient de finir son apprentissage», soupire-t-elle. Le job de ses rêves? «Je suis trop vieille pour changer maintenant. Je vais tenir», sourit-elle. «Un petit boulot de secrétaire où je pourrais rentrer à 18h chaque soir et ne pas travailler le week-end», rétorque Barbara. Quant à Maya: «Mère au foyer, c’est vraiment mon rêve! Mais avec un salaire!»

«Craie ton 8 mars»

"Craie ton 8 mars" écrit à la craie sur le bitume.
Cette journée a aussi été l’occasion pour les syndicats de se mobiliser contre des extensions du travail dominical, de manifester leur opposition à une élévation de l’âge de la retraite des femmes et de réclamer une 13e rente AVS pour tous (action à La Chaux-de-Fonds). © Thierry Porchet