Les femmes, premières victimes d’AVS 21

femme âgée traînant son cabas à roulettes dans un parc.
© Olivier Vogelsang

Les femmes sont deux fois plus nombreuses que les hommes à faire appel aux prestations complémentaires, ne parvenant à vivre avec leur seule rente.

L’Union syndicale suisse alerte sur la chute libre des rentes du 2e pilier et sur la révision de l’AVS qui se fera de nouveau au détriment des travailleuses

«Si nous n’agissons pas rapidement, les rentes seront bientôt trop basses pour garantir une vie digne à celles et à ceux qui les touchent.» La semaine dernière à Berne, le président de l’Union syndicale suisse (USS) tirait la sonnette d’alarme lors d’une conférence de presse sur la situation de la prévoyance vieillesse en Suisse et les perspectives d’avenir si rien n’est entrepris. Depuis longtemps, les syndicats attirent l’attention sur «l’effondrement des rentes des caisses de pensions», a indiqué Pierre-Yves Maillard. «Avec la tendance à la baisse dans le 2e pilier et les rentes AVS actuelles qui n’assurent pas le minimum vital, la majorité des travailleuses et des travailleurs n’aura pas de quoi vivre à la retraite. Nous en reviendrions donc à l’époque où il était courant que vieillesse et pauvreté aillent de pair», a-t-il souligné. Cela alors que le Parlement s’apprêtait à débattre de la nouvelle réforme de l’AVS. Une discussion repoussée probablement au printemps, la commission du Conseil des Etats qui l’examine n’ayant pas terminé ses travaux. Pour le président de l’USS, le projet AVS 21 poursuit la logique de réduction des prestations et ce sont les femmes, dont les rentes sont déjà très basses, qui en feront les frais. «C’est un affront que nous combattrons, en nous engageant au contraire pour une prévoyance plus solide», a lancé Pierre-Yves Maillard. Au vu de la situation alarmante du 2e pilier, il invite au développement de l’AVS, système de répartition qui a «clairement l’avantage» aujourd’hui.

100 francs d’AVS en moins chaque mois

Gabriela Medici, secrétaire centrale de l’USS en charge des assurances sociales, a rappelé que les pensions des femmes sont toujours d’environ un tiers inférieures à celles des hommes: «La moitié des femmes parties à la retraite en 2018 doivent s’en sortir avec moins de 1754 francs de rente AVS par mois. Ce revenu est certes en principe complété par une rente du 2e pilier. Mais près d’un tiers des femmes qui partent à la retraite aujourd’hui ne touchent toujours aucune prestation d’une caisse de pensions. Et lorsqu’elles ont un 2e pilier, leur rente médiane LPP n’atteint que la moitié de celle des hommes.» Il est par ailleurs courant que, dans les branches spécifiquement féminines, des rentes de 500 à 800 francs par mois sont monnaie courante, a-t-elle ajouté, avant que la présidente du syndicat du personnel de cabine, Kapers, apporte son témoignage sur de telles pensions touchées par des collègues.

Gabriela Medici a détaillé les conséquences pour les femmes du projet AVS 21 et du passage de l’âge de la retraite de 64 à 65 ans. Ce dernier «entraîne de facto une baisse d’environ 1200 francs par année sur la rente médiane des femmes». Si une travailleuse décide de prendre sa retraite à 64 ans, la diminution se chiffrerait entre 40 et 100 francs par mois selon le revenu. Même les femmes de la génération de transition, soit celles partant à la retraite dans les neuf ans suivant la réforme, connaîtront «de douloureuses baisses de rentes». Pour 88% des femmes, le projet du Conseil fédéral représente une perte pouvant aller jusqu’à 65 francs par mois. Et les personnes ayant des petits revenus subiront aussi jusqu’à 30 francs de diminution, «alors que le Conseil fédéral laisse entendre, dans son message, qu’elles ne perdront rien», s’est indignée Gabriela Medici. Les femmes travaillant déjà jusqu’à 65 ans devront aussi compter sur une perte de près de 100 francs par mois.

Révision vouée à l’échec

La syndicaliste a ajouté que les femmes sont deux fois plus nombreuses que les hommes à faire appel aux prestations complémentaires (PC), n’ayant pas suffisamment pour vivre avec leur rente. Elles étaient 140000 en 2019, soit 11% des retraitées. Un taux en hausse depuis une dizaine d’années, qui touche aussi les hommes. Ces derniers sont près de 9% à devoir recourir aux PC.

Pour Gabriela Medici, une réforme de l’AVS ne prenant pas en compte les difficultés spécifiques vécues par les femmes et n’apportant pas d’amélioration substantielle de leur rente «est vouée à l’échec».

Baisses incessantes des pensions du 2e pilier

Dans le 2e pilier, la baisse des rentes «s’accentue chaque année un peu plus», a souligné Aldo Ferrari, vice-président d’Unia (voir aussi interview ci-dessous). Il a rappelé la victoire obtenue en 2010 contre la baisse du taux de conversion, qui n’a néanmoins pas permis de contenir les diminutions des pensions alors que les cotisations ont augmenté. La situation actuelle «remet en cause la confiance des assurés qui voient leur perspective de rente fondre avec les années qui passent», a-t-il déclaré.

Face à ces sombres projections, l’USS propose plusieurs pistes: réformer le 2e pilier avec le projet des partenaires sociaux, renforcer l’AVS avec une 13e rente, puiser dans les réserves de la Banque nationale suisse, et augmenter les salaires au sortir de la crise.

Voir également: "Notre objectif: une vie digne pour les retraités"

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