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«Fabienne Fischer doit maintenant se montrer ferme avec Uber!»

Les chauffeurs mobilisés se rendant aux bureaux de la magistrate en juillet 2021.
© Olivier Vogelsang

Les chauffeurs ont refusé à une très large majorité la proposition d’Uber, jugée insuffisante, humiliante et contraire au droit du travail. Ils s’étaient déjà rendus le 13 juillet dernier devant les bureaux de la magistrate pour faire entendre leurs revendications.

La dernière proposition d’Uber faite dans le cadre des négociations tripartites a été rejetée par les chauffeurs, jugée indécente. Unia attend du gouvernement qu’il prenne ses responsabilités

Après plusieurs semaines de négociations entre Uber, les syndicats Unia et Sit, et le Conseil d’Etat pour trouver un accord sur les arriérés salariaux dus aux chauffeurs, c’est un nouvel échec cuisant. Réunis en assemblée générale le 4 octobre, les chauffeurs ont refusé à une très large majorité la proposition d’Uber, jugée insuffisante, humiliante et contraire au droit du travail.

Au sein d’un communiqué de presse conjoint, les syndicats dévoilent la proposition de la multinationale américaine. Elle contient d’abord le paiement des charges sociales pour un montant – non controversé – de 15,4 millions de francs. Ensuite, une enveloppe de 4,6 millions de francs répartis entre tous les chauffeurs en fonction des kilomètres parcourus entre le 1er janvier 2017 et le 17 juin 2022, soit 10,5 centimes du kilomètre, pour solde de tout compte. Et enfin, des indemnités à hauteur de 400000 francs pour cas de rigueur tels que maladie, maternité ou accident.

«Le montant de 4,6 millions de francs n’est de loin pas suffisant et ne répond absolument pas aux obligations impératives découlant du droit du travail, réagit Helena de Freitas, secrétaire régionale adjointe à Unia Genève. Il faut prendre en compte l’entier du temps de travail, soit le temps de connexion, et le paiement des frais effectifs. Nous exigeons des conditions dignes pour les chauffeurs. Certains sont surendettés, mais malgré tout, ils ont refusé de se coucher et de cautionner le système Uber.»

De leur côté, les syndicats avaient calculé un manque à gagner de 45 millions de francs pour les salaires et les frais. Les chauffeurs étaient toutefois prêts à revoir leurs prétentions à la baisse et à accepter 12 millions de la part d’Uber. Mais le géant pesant presque 60 milliards de capitalisation a refusé.

Fermeté attendue

Fabienne Fischer, en charge du Département de l’économie et de l’emploi, a pris acte le 5 octobre lors d’une conférence de presse de ce nouvel échec et a déclaré se retirer de sa «fonction d’arbitre» et reprendre son «rôle d’autorité». Elle a ajouté vouloir convoquer Uber «à brève échéance». Une solution devra être trouvée au plus tard le 15 octobre, date à laquelle la suspension de l’interdiction faite à Uber par l’Etat de déployer ses activités à Genève prendra fin.

«Nous attendons de la magistrate qu’elle soit ferme avec Uber qui cherche de nouvelles manières de contourner la loi et ses obligations, insiste la syndicaliste. Fabienne Fischer n’est pas seulement une médiatrice dans ce dossier, elle dispose de leviers juridiques, elle doit s’en saisir pour protéger l'économie et l'emploi. Elle a été trop souple avec Uber jusqu’ici, en cherchant à ménager l’entreprise alors que cette dernière se moque de nous ouvertement.» Helena de Freitas fait notamment référence aux données que les syndicats réclament depuis le mois de juin, et qu’Uber dit ne pas avoir. «On ne peut pas laisser une multinationale qui ne paie aucun impôt en Suisse et n’apporte rien à la collectivité, hormis du travail au noir et du dumping, s’en tirer comme cela!»

Mobilisation à prévoir

Les syndicats exigent également que les conditions de travail soient immédiatement régularisées pour les chauffeurs désormais engagés par MITC Mobility SA pour le compte d’Uber. «Laisser couler le délai du 15 octobre est un pur scandale, s’indigne la responsable syndicale. Uber doit se mettre en conformité depuis le 2 juin!» Unia et le Sit se donnent jusqu’au 15 pour décider des suites à donner à ce dossier, sans écarter non plus la possibilité de saisir le Tribunal des prud’hommes. «Si Uber ne se ravise pas, il risque d’y avoir du monde dans la rue!»


DÉBAT

Unia organise une soirée débat sur la thématique du droit des travailleurs dans l’économie des plateformes numériques le 12 octobre à 20h, à l’Université ouvrière de Genève, amphithéâtre Berenstein, place des Grottes 3. Entrée libre.

«Nous méritons mieux que des miettes»

Philippe Frezier a été chauffeur VTC pour Uber depuis décembre 2016. Aujourd’hui, il a cessé son activité, car il refuse de signer chez MITC Mobility pour travailler dans des conditions qu’il estime indignes. Délégué syndical Unia, il est au cœur de la bataille et des négociations pour faire appliquer le jugement du Tribunal fédéral. Voici son témoignage.

«J’ai été partie prenante des négociations tout au long de l’été, à la fois au sein des commissions techniques et des séances tripartites. La dernière a eu lieu le 30 septembre. En assemblée intersyndicale, nous nous étions mis d’accord sur un montant minimum pour couvrir les arriérés de salaires et les frais. Uber a proposé un chiffre qui était 8 millions plus bas que notre minimum. Ils ont refusé d’aller au-delà et nous avons refusé de revoir nos prétentions, déjà très basses, à la baisse. Nous n’avons donc pas trouvé d’accord. C’est maintenant à Madame Fischer de faire appliquer la loi et de prendre ses responsabilités! Uber a joué, et Uber a perdu devant le Tribunal fédéral. En tant qu’employeur, il doit payer les charges sociales et les arriérés de salaires à tous les chauffeurs. Et là où ça coince, c’est qu’Uber estime que 10,5 centimes le kilomètre est suffisant pour couvrir les salaires et les frais des chauffeurs. Or, ce sont deux choses différentes. En tant qu’employé, les frais comme l’essence, le véhicule, son assurance et son entretien ne doivent pas être à notre charge. Si j’avais accepté cet accord, j’aurais touché environ 10000 francs sur cinq ans d’activité: sachant que je mettais 600 francs d’essence par mois, cette somme ne couvre même pas mes frais d’essence… Nous ne sommes pas des mendiants et nous méritons plus que l’aumône!

Il s’agit à présent d’un dossier politique. Il faut rendre aux chauffeurs ce qu’ils ont versé pour Uber! De mon côté, j’attends la date butoir du 15 octobre et, après ça, je prendrai la décision d’aller au tribunal ou pas. J’ai gardé tous mes bilans comptables, toutes mes données et mes justificatifs de frais: Uber ne pourra pas s’opposer à l’évidence et je me battrai jusqu’au bout.

Aujourd’hui, j’ai retrouvé un emploi dans le transport scolaire, mais si les conditions de travail deviennent correctes chez MITC, je n’exclus pas de signer avec eux. Et nous sommes nombreux à voir les choses de cette manière. Quant aux collègues qui ont continué avec MITC, ils ne sont pas pour autant satisfaits. Les cotisations sociales sont payées, mais les frais sont encore à leur charge. Et niveau salaire, une fois toutes les commissions déduites, ce qui reste est indécent. Mais beaucoup n’ont pas le choix: j’ai l’exemple d’un collègue, surendetté, qui n’a pas un emploi à plein temps et qui est chez MITC pour compléter, car il compte le moindre franc… Il est urgent qu’on mette un gros coup de pied dans la fourmilière!»

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