Entreprise accusée de détournement de cotisations

Action syndicale à Genève contre l'entreprise D'Orlando
© Thierry Porchet

L’entreprise ne s’étant pas mise en conformité, les représentants du Sit, d’Unia et de Syna ont choisi de la dénoncer publiquement.

Les syndicats Unia, Sit et Syna exigent de l’entreprise genevoise D’Orlando Claudio SA qu’elle corrige les prélèvements de l’assurance perte de gain et qu’elle rembourse les maçons

Le 14 mai, les syndicats genevois de la construction ont dénoncé un nouveau scandale dans le secteur. D’Orlando Claudio SA, l’une des plus importantes entreprises du canton, aussi membre du comité de la Société suisse des entrepreneurs (SSE), détournerait l’argent de ses employés depuis juin 2017 à hauteur de 25 000 francs par mois, selon Unia, le Sit et Syna. Voici le contexte: suite aux négociations dans la branche en 2017, les primes d’assurance perte de gain (APG) devaient être dorénavant divisées entre les travailleurs et les employeurs de manière égale, et la prime totale devait se situer entre 1,5% et 4%. La part payée par le travailleur ne doit donc pas dépasser les 2% du salaire. D’après les informations des syndicats, la société faisait les choses dans les règles de l’art avant que cette directive n’entre en vigueur, et prélevait encore en mai 2017 1,15% sur les fiches de salaire pour une prime totale de 2,3%. «A partir de juin 2017, les prélèvements sont subitement passés à 4,036%, juste pour la partie employée», explique Yves Mugny, responsable du secteur bâtiment pour Unia. «L’entier du paiement de l’APG est donc à la charge du travailleur, et D’Orlando prélève encore près de 2% supplémentaires.» Pour les travailleurs, cela représente entre 100 et 150 francs de plus par mois selon les syndicats. «Nous avons immédiatement demandé des explications à D’Orlando, poursuit Yves Mugny. Ce dernier nous a fourni son contrat d’assurance qui parle bien d’une prime totale de 23 pour mille, soit le 1,15% appliqué jusque-là. Nous avons donc mis en demeure l’entreprise en mars 2018, la sommant de se mettre en conformité et de rétrocéder aux quelque 160 travailleurs l’argent perçu en trop.» D’orlando Claudio SA ne s’étant pas exécuté, les syndicats ont choisi de le dénoncer publiquement.

Syndicats déterminés

Pour rappel, le secteur principal de la construction se trouve actuellement dans un contexte très tendu. A Genève, les employeurs refusent de discuter de la limitation du travail temporaire et l’augmentation de 150 francs et renvoient aux négociations conventionnelles au niveau national, qui sont elles bloquées autour de la retraite anticipée. Thierry Horner, responsable du gros œuvre pour le Sit, dénonce des attaques de plus en plus intenses de la part des patrons. «Nous avons affaire à des patrons pyromanes, qui ont adopté une attitude jusqu'au boutiste. L’entreprise avait promis il y a quelques mois de s’engager sur la question du travail temporaire, chose qui n’a pas été faite. Et aujourd’hui, elle refuse de s’expliquer sur un détournement de fonds de plus de 25 000 francs. Il y a un mépris et un cynisme inouïs envers les employés qui sont épuisés et stressés. Nous, syndicats, ne nous laisserons pas impressionner et sommes déterminés à obtenir de meilleures conditions de travail pour les maçons à Genève.»

Si l’action en justice contre D’Orlando Claudio SA reste une option, Unia, le Sit et Syna estiment que ce problème doit se régler entre les différentes parties concernées. «Nous allons agir syndicalement sur les chantiers afin de récupérer cet argent rapidement, annonce Yves Mugny. Il n’est pas question que les travailleurs attendent encore deux ou trois ans.» Si D’Orlando Claudio SA continue à faire la sourde oreille, les syndicats promettent des actions «plus musclées» dans les semaines à venir.

Contactée par nos soins, l’entreprise n’a pas répondu à nos questions dans les délais demandés. Toutefois, elle a précisé à nos confrères de 20 minutes que «les modifications touchant l’ensemble des employés ont été effectuées dans le respect de la convention nationale du travail» et qu’un «courrier explicatif» a été transmis aux syndicats.