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«L’engagement est très important en ces temps anxiogènes»

Portrait Laurent Giauque
©Thierry Porchet

A 75 ans, Laurent Giauque est toujours habité par son besoin de s’engager pour un monde meilleur. 

Laurent Giauque a toujours été syndiqué, mais dit avoir été «parachuté» président du groupe d’intérêts (GI) des retraité.es d’Unia Neuchâtel. C’était le 1er janvier 2025. «Quand John Amos a décidé de se retirer, il m’a proposé de reprendre cette fonction», explique l’enseignant de métier, qui avait quitté le SSP il y a une dizaine d’années, au moment de sa retraite. Même si ce dernier mot n’est pas tout à fait le bon pour l’homme de 75 ans qui continue d’enseigner le français à des adultes – au chômage ou en entreprise – dans une école privée. «J’adore mon métier. C’est très stimulant intellectuellement et physiquement. J’aurais peur de me rabougrir si j’arrêtais de faire des efforts. Et puis, être en contact avec des étudiants d’origine étrangère me permet de voyager…» Culturellement donc, sans se déplacer, lui qui a beaucoup bourlingué dans sa vie, notamment dans les années 1970 du Canada au Mexique, ainsi qu’en Asie. «En ce temps-là, on allait travailler dans des kibboutz en Israël pour vivre un idéal de communauté ou voyager en Inde pour chercher Dieu. J’ai fait les deux, et je n’ai trouvé ni l’un ni l’autre, mais j’ai beaucoup appris…» Pour lui, voyager, c’est surtout se laisser surprendre, ouvrir son cœur et laisser tomber les préjugés. Sa sensibilité de gauche s’est ainsi renforcée pendant ses périples.

La Fête du peuple

Les origines de son engagement humaniste remontent à son enfance dans son village de Diesse, dans le Jura bernois. «Je faisais partie d’un groupe de jeunes animé par un pasteur humaniste. Cet homme nous a beaucoup appris», se souvient Laurent Giauque, dont le père était, quant à lui, foncièrement de droite, malgré sa lutte pour le Jura libre. «Chaque année, nous allions à la Fête du peuple à Delémont. Cela m’a marqué. Depuis, j’ai toujours eu besoin de militer. Si mon engagement politique vient de lui, je n’ai pas choisi le même bord», explique le socialiste, dont l’enfance n’a pas toujours été rose... 

Très tôt, il souhaite s’émanciper de ses parents. Lui qui se rêve en sociologue choisira une voie plus pratique et plus rapide, celle de l’enseignement. Il étudie à l’Ecole normale des instituteurs de Porrentruy, enseigne à Corgémont, voyage, avant de reprendre des études à l’Université de Neuchâtel, ville où il enseignera ensuite à l’école obligatoire pendant trente ans. 

Politique et syndicat

Avec sa compagne et leurs enfants, il revient dans son village de Diesse, dans la maison familiale héritée. «Quand j’ai rejoint l’Assemblée communale, on m’a dit: “Les étrangers doivent attendre trois mois avant de prendre la parole!” Alors qu’enfant je connaissais le nom de chaque vache du village», se souvient Laurent Giauque. Dix ans plus tard, la famille déménage pour s’installer à Cormondrèche, plus près de la ville. «Nous y sommes depuis vingt ans, et je dois dire qu’aujourd’hui je me sens Neuchâtelois», lance l’ancien membre du Conseil général du village, qui a lâché ses fonctions au moment de la fusion du village avec Neuchâtel, il y a quelques années.

«Comment recruter des jeunes, alors que la moyenne d’âge dans le canton est de 46 ans? Une piste serait peut-être que des retraités avec un passé syndical fort puissent aller à la rencontre d’étudiants dans les écoles professionnelles»
Laurent Giauque, président du groupe d’intérêts des retraité.es d’Unia Neuchâtel

Son besoin, encore et toujours, de faire sa part pour une société meilleure l’amènera tout naturellement à rejoindre le syndicat. «Beau-papa d’une secrétaire syndicale, j’ai été syndiqué de force à Unia», plaisante-t-il. L’homme de théâtre (amateur) aime parler et se sent à l’aise devant une classe d’une vingtaine d’élèves, ou devant des assemblées politiques de village. Par contre, il confie son sentiment de trac au moment de s’exprimer lors du Congrès d’Unia. «Il y avait vraiment beaucoup de monde, environ 400 personnes. J’ai surmonté la panique au vu de l’importance de la cause, puisque je relayais la position d’Unia Neuchâtel pour une résolution sur la Palestine.»

Appel aux jeunes

Plus localement, avec ses camarades du GI retraité.es – dont des militants de toujours tels qu’Henri Vuilliomenet et Christian Weber – d’autres questions sont débattues au sein d’Unia: «Comment recruter des jeunes, alors que la moyenne d’âge dans le canton est de 46 ans? Une piste serait peut-être que des retraités avec un passé syndical fort puissent aller à la rencontre d’étudiants dans les écoles professionnelles. Pour ma part, ça me plairait beaucoup. J’essaierais de leur faire comprendre l’importance de la politique et de s’engager pour essayer de faire changer les choses. L’engagement est très important en ces temps anxiogènes.»

Laurent Giauque vient de lire La bascule de Johann Chapoutot. «C’est le moment en 1933 où Hitler prend le pouvoir, grâce au patronat, aux milieux économiques et à l’Eglise catholique, qui veulent combattre le communisme», relate le militant. 

Face à la montée en force de l’extrême droite, il ne cache pas son inquiétude. «Trump fait beaucoup de mal, partout. Même si, en Suisse, notre système politique a des garde-fous, avec notamment sa présidence tournante. N’empêche que le centre est de plus en plus à droite! Les étrangers sont des boucs émissaires. Alors que, sans eux, comme je le dis souvent à mes élèves, la Suisse n’existerait pas.» Pour toutes ces raisons, il appelle – comme près d’une centaine d’organisations de soutien aux migrants, des syndicats et des partis de gauche – à venir manifester le 26 septembre à Berne contre l’exclusion, les frontières et les durcissements des politiques migratoires.

Une vidéo de Thierry Porchet.

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