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Boulangerie Hébert: Unia hausse le ton

action boulangerie Hébert
© Manon Todesco

Sans salaire depuis le mois de mai, les employés de la boulangerie ont tous démissionné et sont prêts a se battre jusqu'au bout pour récupérer ce qui leur est dû. 

Le patron n'ayant toujours pas versé les salaires impayés, des employés soutenus par le syndicat sont allés protester devant sa nouvelle boutique. Témoignages.

C'est en chanson que les anciens employés de la boulangerie Hébert, accompagnés par Unia, se sont rendus devant la nouvelle boutique de leur ex-patron, à la Chaux-de-Fonds, le 17 septembre. Les paroles ont été écrites pour l’occasion, sur fond de musique métal. «Boulangerie Hébert, où sont nos salaires? Nous sommes en colère, et pas prêts à nous taire. Cessez vos promesses et votre attitude malhonnête!»

Le ton est donné. Syndicat et travailleurs sont remontés comme des coucous. Le dossier n'est pas nouveau, mais depuis juillet, rien n'a vraiment bougé. Pour rappel, M. Hébert avait été épinglé par Unia car il avait arrêté de verser les salaires a ses employés en juin. Sa boulangerie avait été fermée par le Service cantonal de la consommation et des affaires vétérinaires, et alors qu'il invoquait des problèmes de trésorerie qu'il mettait sur le dos de son administratrice, il a rouvert de nouveaux locaux il y a quelques semaines. «Il nous avait demandé d'être patients et promis qu'il verserait l'intégralité des salaires au mois de juillet, s'indigne Benjamin Plüss, secrétaire syndical Unia. Il a versé 555 francs à chaque employé, et depuis, plus de nouvelle.»

Devant la boutique, ce dernier fulmine. «Cette boulangerie produit plus d'angoisses que de pain! Les employés attendent leur salaire depuis des mois, pourtant un salaire n'est pas une faveur mais un droit Quant aux fausses promesses, elles ne remplissent pas le frigo.»

Défaut de cotisations sociales
Le patron fait une brève apparition mais préfère vouloir chasser les manifestants que trouver une solution. «Il assure à la police qu'il a fait un paiement de 4000 francs au total il y a quelques jours, mais personne n'en a vu la couleur, et il doit plusieurs dizaines de milliers de francs, réagit le syndicaliste, qui perd patience. On a assez attendu, les dossiers ont été transférés à notre service juridique et c'est le tribunal qui va s'en saisir.»

Il semblerait que l'ardoise soit encore plus lourde que prévu. Unia a de gros doutes sur le bon versement des cotisations sociales, à savoir l'AVS, la LPP et les impôts a la source pour les frontaliers. «Beaucoup d'éléments indiquent qu'elles ne sont pas à jour. Elles ont bien été déduites sur la fiche de salaire, mais elles pourraient ne pas avoir été versées par le patron depuis plusieurs mois. Là aussi, qui va payer? C'est encore la collectivité qui va passer à la caisse! On ne peut pas continuer à laisser cette entreprise tourner sans respecter ses obligations.» 

70 heures de travail par semaine et plus de 10000 francs impayés

Marc* est remonté. Il a travaillé en tant que boulanger-pâtissier pendant dix mois chez Hébert. Il décrit des conditions de travail intenables. «J'étais seul au laboratoire, je faisais tout. Sur mon contrat j'étais sensé travailler 42 heures par semaine mais j'en faisais 70, sans récupérer ni être payé pour les heures supplémentaires. Je commençais à 2h du matin et je terminais entre 13h et 14h. Sans parler de l’hygiène qui était plus que douteuse. J'avais honte de travailler là-dedans et de servir ça aux clients. Quand il a arrêté de nous payer, c'était le coup de grâce, j'ai démissionné sur le champ. C’en était trop pour moi!» D'après ses calculs, son ex-patron lui doit entre 10000 et 14000 francs. «Ça m'a mis dans le rouge. J'avais un stress énorme chaque fin de mois, pour le loyer, la nourriture. Comme tout le monde, on travaille pour vivre de notre salaire.»

Tout comme lui, Lucinda a touché son vrai dernier salaire au mois de mai. M. Hébert lui doit au bas mot 6000 francs. Sans oublier les allocations familiales qu'il a perçues mais ne lui a pas versées...  «Avant cela, j'avais déjà du réclamer plusieurs fois ma paie car il était en retard. Je recevais des rappels de factures impayées. J'ai fait tout ce que je pouvais pour réclamer ce qui me revenait de droit, en vain. J'ai retrouvé du travail ailleurs et je suis partie. C'est un soulagement car l'ambiance de travail était malsaine. Il se plaignait toujours que le travail était mal fait, tout était de la faute des autres, il nous culpabilisait énormément. Et il racontait beaucoup de mensonges!»

Deux anciennes employées, contraintes à travailler comme les autres malgré leur grossesse, sans aucun aménagement pourtant prévu par la loi, n'ont pas pu être présentes. L'une, enceinte, est alitée. La seconde a accouché prématurément et veille son nouveau-né, hospitalisé et sur le point d'être opéré a cause de sévères problèmes de santé.

C'est très émue que Christelle témoigne à son tour. Elle a été la secrétaire de l'entreprise pendant trois ans et a donc été tenue responsable de toute cette situation par son ancien patron. «Je m'occupais de toute la comptabilité, des factures, des commandes, et même du reste quand il était absent. J'ai du me mettre en arrêt au mois de mai pour des problèmes de santé et il n'a pas apprécié. Je n'ai pas été payée. J'ai fini par démissionner en juillet et je vais aller aux prud'hommes.» Christelle n'a toujours pas retrouvé d'emploi, mais une chose est sûre pour elle, elle ne retournera pas en boulangerie. «J'ai trois mois de loyer en retard et des factures avec des rappels et des frais supplémentaires qui se sont accumulés.» Cette histoire l'a atteint psychologiquement. «Il me disait que tout était de ma faute, que je faisais mal mon travail. J'ai été mise sous anti-dépresseurs. Aujourd'hui, je n'ai plus rien a cacher.»

*Prénom d’emprunt

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