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Victoire syndicale à la British School of Geneva

british school
© Olivier Vogelsang

Le directeur de l'école, présenté comme toxique, indisponible et autoritaire, a été licencié. Un soulagement pour les employés qui restent toutefois vigilants.

Après une mobilisation collective exemplaire, le personnel de cette école privée, qui s’est massivement syndiqué, a obtenu le retrait d’une semaine de travail supplémentaire. La direction a par ailleurs été évincée.

Jusqu’à la rentrée des classes de septembre 2025, les enseignants de la British School of Geneva (BSG) avaient plaisir à venir travailler. Et puis l’arrivée d’un nouveau directeur est venue tout chambouler. «L’ambiance générale s’est détériorée, c’était de plus en plus difficile de se rendre au travail» , témoigne Sam*, enseignante de l’établissement privé genevois. En cause, une accumulation de petites choses. «Le manque de communication et de transparence de la part de la direction, son indisponibilité ou encore sa malveillance ont rendu le quotidien invivable. Nos demandes et nos appels à l’aide étaient complètement ignorés. Sans parler du manque de ressources et des coupes budgétaires dans certains départements.» Du côté des parents d’élèves, le mécontentement est aussi bien présent, à un point que certaines familles ont décidé de quitter la BSG.

En dix ans, cinq directeurs se sont succédés à la tête de l’établissement, qui appartient au groupe International Schools Partnership (ISP). «Les choses n’étaient pas parfaites avant cela, mais les plus anciens collègues disent bien que ça n’a jamais été aussi horrible», ajoute Sam.
Max* confirme. Cet enseignant s’est vu à plusieurs reprises imposer des changements radicaux sur son organisation et ses prérogatives, sans avoir son mot à dire. «Je me suis senti attaqué et humilié, et il n’y avait aucune discussion possible. On nous infantilisait en permanence, on n’en pouvait plus d’être traités comme ça. Beaucoup de collègues ont été atteints physiquement et psychologiquement, et ont été mis en arrêt pour burn-out.»

Direction évincée
De façon unilatérale, la direction impose à tous les employés sept jours de travail en plus étalés sur l’année, et c’est non négociable. C’est le coup de grâce. En mars 2026, Unia Genève est contacté. «Nous avons organisé une assemblée générale à laquelle 23 personnes ont participé, soit plus de la moitié du personnel enseignant, raconte Artur Bienko, secrétaire syndical en charge du dossier chez Unia. Les enseignants étaient toutes et tous hyper motivés et super actifs, ce qui nous a permis d’aller vite avec les résultats satisfaisants.»

Une rencontre avec la direction est demandée mais cette dernière ne cesse de la repousser. Une action de tractage est alors organisée à la sortie des classes pour informer les parents d’élèves de la situation. «La direction n’a pas trop apprécié mais un rendez-vous a pu être fixé en mai.» Ce jour-là, le directeur est absent, à la grande surprise de tous. Il aura fallu une deuxième rencontre pour qu’il soit présent, avec la représentante des ressources humaines. «Nous n’avons pas été pris au sérieux, regrette le syndicaliste. Au lieu de répondre sur le fond de nos revendications, la direction cherchait avant tout à connaître l’identité des personnes ayant adhéré à Unia, ce que nous avons refusé. »

Au total, ils sont plus de vingt à s’être syndiqués, et grâce à cette mobilisation collective, un plan d’action a été mis sur pied et a rapidement porté ses fruits. «Une enquête a été ouverte par l’ISP, après quoi le directeur a été licencié et le vice-directeur a démissionné, liste Artur Bienko. Quant à l’ajout d’une semaine de travail au calendrier annuel, il a été annulé.»

Un succès collectif
Un soulagement pour les employés, qui se disent satisfaits du résultat, mais surtout du processus collectif. «Nous avons réussi tous ensemble à faire bouger les lignes, se réjouit Max. Je ne m’attendais pas à ce que ça prenne aussi bien car il y a beaucoup d’expatriés parmi les collègues et c’est plus difficile pour eux de s’engager dans ce type d’initiative, par peur de perdre leur emploi ou par méconnaissance des syndicats.» Pour Sam, cette victoire montre que quand on veut, on peut, malgré les craintes de chacun. «Mobiliser tous ces collègues en si peu de temps c’était incroyable. C’est une belle preuve de solidarité. On a montré qu’on ne se laisserait pas marcher sur les pieds. On est une petite équipe mais soudée et on a su se faire confiance, on peut être fiers de nous et on est très reconnaissants envers Unia pour son aide.»

Cela dit, la vigilance reste de mise. «On attend de voir quelles sont les intentions de la nouvelle direction et on va s’assurer que les contrats individuels sont corrects», alerte Artur Bienko, qui ajoute que certains contrats manquaient de clarté et d’informations notamment sur l’organisation du travail et les tâches confiées. Moins d’un mois avant la reprise, certains enseignants ne savent pas encore ce qui les attend: quelle matière, quelles classes, combien d’heures? Le flou total. «J’ai du mal à rester optimiste, confie Max. Nous allons rester en contact avec Unia et voir comment ça se passe. Quoi qu’il arrive, nous nous battrons pour faire valoir nos droits.»
Ce qui est sûr, c’est que le personnel n’est désormais plus seul face aux décisions de la direction. «Plus de vingt personnes se sont syndiquées, un collectif s’est structuré et Unia restera à leurs côtés, commente Balmain Badel, responsable du secteur tertiaire à Unia Genève. Quelle que soit la suite, la direction devra dorénavant compter avec un personnel organisé et déterminé à faire entendre sa voix.»

*Prénoms d’emprunt

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