La Caisse genevoise de l’alimentation s’engage pour la population et l’agriculture locale. Après six mois, son bilan est florissant et sa monnaie, le Radis, largement partagée.
Plus qu’un projet pilote, la Caisse genevoise de l’alimentation (Calim) est déjà un mouvement au souffle révolutionnaire. Car si elle met du beurre dans les épinards, les six associations qui l’ont créée portent une vision de transformation profonde du système alimentaire.
Concrètement, chaque membre – qui peut être un individu ou une famille au sens large – cotise à hauteur de ses moyens (de 20 à 200 francs, voire davantage). Aucun justificatif n’est demandé, mais des tabelles en fonction du salaire sont conseillées. En échange, un adulte reçoit 150 Radis et un enfant 75, sachant qu’un Radis est égal à un franc. Cette monnaie est numérique, mais des alternatives sans smartphone sont possibles. Elle est utilisable dans 22 structures genevoises – épiceries, artisans, stands de marché et abonnements à des paniers contractuels. Pour fonctionner, la caisse reçoit les cotisations de ses membres, complétées par des subventions de Meyrin et de Genève, ainsi que de bailleurs privés. «Actuellement nous comptons 325 membres. Plus de 270 autres personnes sont inscrites sur une liste d’attente. Ces dernières participent déjà à nos événements. Elles viennent du Grand Genève et de toutes les classes sociales. Cette mixité nous réjouit beaucoup», partage Sabine Bally, l’une des coordinatrices de la Calim.
Six mois après le début de l’expérience sur le terrain, 20% des membres paient la tranche la plus haute (150 francs et plus par mois) et 20% la plus basse (20 francs mensuels). «Nous touchons autant un public précaire qu’un public aisé et solidaire», ajoute la coordinatrice. Des visites chez les paysans et les artisans, des rencontres et des formations collectives sur la santé, la démocratie et les filières agricoles enrichissent le projet.
Gouvernance horizontale
Plusieurs groupes locaux existent dans les quartiers des Pâquis, de Meyrin et de la Jonction. Un comité citoyen d’une trentaine de personnes se réunit régulièrement. Parmi ses membres, Ayooshee Dookhee partage son enthousiasme: «Au début, je n’avais pas de travail et ce soutien financier m’a beaucoup aidée. Aujourd’hui, je cotise 90 francs par mois pour recevoir 150 Radis. La Calim m’a permis de connaître les initiatives locales et des produits alimentaires nouveaux pour moi. Au sein du comité, on apprend à développer la gouvernance horizontale. Je fais partie du groupe de travail inclusivité et représentativité. On offre un soutien, comme de faire les courses avec les personnes pas forcément à l’aise à l’idée d’entrer dans une épicerie alternative. Car, quand on a l’habitude des grandes enseignes, cela peut être déstabilisant.»
Cette diversité, Léo Zulauf, agriculteur de la Ferme de Budé, l’observe dans son marché. Il estime qu’une grande majorité des nouveaux clients sont des personnes qui socioéconomiquement, voire culturellement, ne seraient jamais venues dans son marché sans la Calim. «Elles s’ouvrent à des aliments inhabituels pour elles. Plus largement, cela nous permet d’expliquer nos prix, plus élevés que ceux des légumes venant de loin ou cultivés hors-sol. Nous défendons des salaires corrects, qui restent néanmoins très bas, et une éthique: le bio et la relocalisation de l’alimentation.» Léo Zulauf précise: «En mangeant des légumes de saison, on s’y retrouve financièrement même face à la grande distribution. Sans compter que les produits préfabriqués, a priori bon marché, ont un coût: celui de la santé mais aussi de la paupérisation et de la délocalisation des places de travail. Les pauvres sont poussés à consommer des produits malsains fabriqués par d’autres pauvres.»
Une autre agriculture
La Calim ouvre donc de nouvelles voies vers une alimentation plus éthique, locale et de saison. Son comité citoyen a choisi les structures partenaires et décidé d’écarter l’alcool et le non-alimentaire des produits payables en Radis. «Les membres peuvent suggérer les lieux conventionnés, basés sur des critères éthiques et durables. Le comité fait régulièrement un tri», précise Ayooshee Dookhee. «Nous ne cherchons pas des partenaires qui font tout juste, souligne Sabine Bally, mais qui sont transparents et adhèrent au projet.»
En attente de dons de fondations privées, la Calim a bon espoir de pouvoir intégrer bientôt davantage de membres. Elle espère que d’autres collectivités publiques rejoignent le projet. Pour la coordinatrice, le nombre d’adhérents et de Radis distribués ne sont qu’une infime partie du travail mené. «Nous participons à enrichir le débat sur la transition, sachant que le canton n’est autonome au niveau alimentaire qu’à hauteur de 12% à 15% (de surcroît la moitié est exportée), et la Suisse à 50%.» Une partie du budget de la Calim est ainsi consacrée à soutenir des projets, comme la mise en place d’un stand maraîcher dans un nouveau quartier. «Nous voulons résister aux logiques néolibérales, celles qui font que trois petites fermes disparaissent par jour et sont englobées dans des exploitations plus grandes; ce qui renforce l’agro-industrie dont les méthodes nuisent à la terre, explique Sabine Bally. Nous souhaitons remettre du temps, de la connaissance et des moyens dans notre nourriture. Notre but, à long terme, est la transformation du système alimentaire. C’est pourquoi nous invitons tout le monde à nous rejoindre pour renforcer le mouvement.»
Pour plus d’informations: calim-ge.ch