Unia fait la tournée des chantiers pour présenter aux travailleurs les mécanismes de la nouvelle Convention nationale signée entre les syndicats et le patronat. Reportage.
Maintenant que la nouvelle Convention nationale (CN) des maçons est signée, il ne reste plus qu’à leur en faire connaître les mécanismes. Une tâche à laquelle se sont attelés les secrétaires syndicaux d’Unia, dès l’approbation de l’accord entre partenaires sociaux par la conférence de branche. Sans perdre de temps, ils ont pris leur bâton de pèlerin pour aller sur les chantiers expliquer le résultat de ces longs mois de négociations et de conflit social, marqués par des grèves rassemblant au total plus de 15000 travailleurs dans tout le pays.
L’Evénement syndical a suivi l’un d’eux, Jean-Michel Bruyat, d’Unia Vaud, lors de sa visite sur un important chantier de génie civil de la périphérie lausannoise. Il profite de la pause de midi pour venir résumer les acquis de la nouvelle CN (lire ci-dessous) à une équipe d’ouvriers très à l’écoute. En commençant par décrypter l’indemnité de chantier, qui compense les trente premières minutes du temps de déplacement, qui ne sont pas payées. «L’avantage, commente le syndicaliste, c’est que cette indemnité s’applique à tous, même à ceux qui ne font pas de déplacements. Et ce sera aussi un progrès pour les temporaires. A terme, ça représentera plus de 190 francs supplémentaires sur un salaire mensuel moyen.»
Une nouvelle ère
Un supplément bienvenu. «Vous avez bien négocié ça!» félicite un ouvrier. «C’est grâce à vous, réplique Jean-Michel Bruyat. Quand vous avez fait la grève pendant deux jours, les patrons étaient tout pâles! Au final, aucune de leurs revendications, qui visaient à démanteler la CN, n’est passée. C’est rare. Il faut que vous compreniez qu’on entre dans une nouvelle ère. Il y a une telle pénurie de personnel qualifié sur les chantiers que les employeurs sont pris à la gorge.»
Autres progrès: le temps de déplacement est désormais compté dès la première minute avec les heures travaillées, pour déterminer le passage en heures supplémentaires majorées. Car, au-delà de 50 heures par semaine, celles-ci sont dorénavant payées avec un supplément de 25%. «La marge de manœuvre pour que votre employeur cumule vos heures supplémentaires afin de ne pas vous payer quand un chantier est à l’arrêt va se réduire, se réjouit le syndicaliste. Et il va y réfléchir à deux fois avant d’envoyer des équipes faire des déplacements qui auraient pu être évités avec une meilleure planification.»
Un point suscite toutefois des inquiétudes chez un autre travailleur, c’est la nouvelle disposition qui permet aux salariés de décider eux-mêmes ce qu’ils veulent faire de la moitié de leurs heures supplémentaires. «Si je les garde pour avoir plus de vacances, j’ai peur qu’on m’oblige à les prendre pendant les périodes où il y a moins de travail, ou quand des intempéries bloquent le chantier.» Une crainte que le secrétaire syndical dissipe tout de suite: «Si tu décides de mettre ces heures dans le pot pour des vacances supplémentaires, le patron n’a pas le droit d’y toucher et elles ne sont pas perdues à la fin de l’année. C’est sécurisé à long terme. Quand il n’y a pas de travail, c’est à lui de se débrouiller pour en trouver.»
Connaître ses droits pour les défendre
Et le secrétaire syndical d’inciter les travailleurs à venir trouver le syndicat si un employeur ne respecte pas ses obligations. «C’est aussi votre responsabilité de faire respecter la CN. Si vous ne nous signalez pas les problèmes, Unia ne peut pas intervenir.» L’ouvrier acquiesce: «Il faut bien connaître nos droits, car ce ne sont pas les patrons qui vont nous en parler. Par exemple, on ne m’avait pas dit qu’on a un jour de congé offerts quand on se marie.»
Jean-Michel Bruyat esquisse ensuite une explication sur l’indexation des salaires jusqu’à 2% par an, en fonction de l’inflation. «C’est assez complexe», concède-t-il. D’ailleurs, le temps manque pour entrer dans les détails techniques. Des assemblées générales sont organisées pour y remédier. Elles se tiendront dans tout le canton de Vaud en mars, et en France voisine en avril (lire ci-dessous). «Les frontaliers ont fait un gros effort pour participer à cette lutte, donc nous avons décidé de nous déplacer pour eux. Venez nombreux aux assemblées! Nous avons besoin de vous pour consolider cette CN. Comme elle est signée pour six ans, ça nous permettra de nous concentrer sur sa mise en application et pour faire des contrôles. D’habitude, on est sans cesse en train de se battre pour son renouvellement.»
«On va continuer de se battre»
Avant de reprendre le travail, un ouvrier confie laconiquement: «Ce qu’on a obtenu, c’est mieux que rien. On a fait le maximum et on a au moins droit à la compensation de l’inflation. Mais on va continuer de se battre pour que le quart d’heure de pause du matin soit entièrement payé.»
Certains avouent ne pas encore très bien comprendre le nouveau système sur les heures supplémentaires ou sur les temps de déplacement. «C’est normal, ça viendra», les rassure le secrétaire syndical au moment de les quitter. Le week-end arrive, il reprendra sa tournée des chantiers la semaine suivante, à raison d’au moins trois visites hebdomadaires.