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Des canons qui tirent à blanc

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Une initiative hors-sol. Plus de 500 oppositions. Le chiffre, à lui seul, en dit long. Rarement un projet d’infrastructure alpine aura suscité une contestation aussi large. Citoyens, associations de protection de la nature, élus: les voix sont multiples, mais le message est clair comme de l’eau de roche. Le projet d’extension de l’enneigement mécanique du domaine skiable vaudois de Leysin–Les Mosses n’est pas seulement contesté, il est jugé dépassé, fragile et en décalage profond avec les réalités climatiques, environnementales et institutionnelles actuelles. On parle de l’installation de 175 nouveaux canons à neige, dont la mise à l’enquête publique s’est terminée le 9 février. Alors que les promoteurs du projet mettent en avant une volonté de «sécurisation» du tourisme hivernal, faisant des canons à neige la garantie d’une économie locale préservée face à des hivers de plus en plus aléatoires, ses opposants dénoncent une initiative d’un autre temps.

 

Projet énergivore et nuisible. Les scénarios de MétéoSuisse sont sans appel: les températures vont augmenter de manière durable et les périodes favorables à la production de neige artificielle seront de plus en plus rares. Le pari est donc pour le moins incertain, car plus le climat va se dérégler – et malheureusement, c’est ce vers quoi on tend – moins l’investissement sera rentable. Au-delà du côté absurde du projet, il faut souligner les impacts environnementaux qu’il implique, comme les atteintes à des milieux sensibles tels que marais, prairies sèches, pâturages et sites d’importance nationale, sans oublier les chantiers, les conduites et les prélèvements d’eau qui modifieront durablement les équilibres hydrologiques. Si les pro-canons promettent des mesures de compensation, celles-ci restent beaucoup trop floues pour convaincre le camp adverse. De plus, la fabrication de neige artificielle se révèle très énergivore. Quant à la question de l’eau, elle est évidemment centrale, la Suisse n’étant pas épargnée par les tensions croissantes autour de son approvisionnement. 

 

Y a pas que le ski dans la vie. Les opposants au projet insistent: ils ne contestent pas l’importance du tourisme dans la région, ni son développement. Ils n’abandonnent pas non plus la montagne, comme le prétendent les auteurs du projet. Ils refusent simplement de s’acharner sur un modèle qui se trouve à bout de souffle. «La montagne n’est pas synonyme de ski alpin sous perfusion technique, crie haut et fort l’association «Non aux canons à neige». La vraie question n’est donc pas de savoir comment prolonger artificiellement un modèle en déclin, mais comment accompagner lucidement la transition des territoires de montagne.» Persister dans ce sens, c’est donc refuser d’admettre que la réalité a changé. L’avenir de nos sommets ne doit pas se construire contre le climat, l’eau et le vivant, mais avec eux…

 

 

 

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