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«C’est le métier où l’on travaille deux fois plus, pour deux fois moins de revenu»

image tirée du film
Frédéric Gonseth / Photo tirée du film «être paysanne»

Etre paysan.ne, documentaire de Frédéric Gonseth et Catherine Azad, rend hommage à celles et ceux qui nous nourrissent. Essentiel.

Dans la nuit, des panneaux d’entrée de villages de la Broye sont consciencieusement retournés. Tout un symbole de ce monde qui marche sur la tête. Aux côtés de ces jeunes paysans qui expriment leur ras-le-bol face à la politique agricole, la caméra de Frédéric Gonseth, accompagné de sa comparse Catherine Azad, tourne. Ce sont les premières images du magnifique documentaire Etre paysan.ne, actuellement dans les cinémas romands. Ce film témoigne des luttes qui ont marqué 2024, notamment les klaxons des tracteurs formant un SOS dans un champ à Echallens, puis le mot «Dialogue» à Estavayer-le-Lac et, enfin, la manifestation, avec le bruit assourdissant des cloches devant l’Office fédéral de l’agriculture, à Berne. 

Au-delà de la lutte, Frédéric Gonseth et Catherine Azad montrent, avec une grande tendresse et sur la durée, le quotidien de celles et ceux qui nous nourrissent, la diversité de la paysannerie, des grands domaines céréaliers à l’élevage en passant par le maraîchage bio, les doutes et les peines d’un métier mal compris. Comme le souligne non sans ironie l’une des rares femmes cheffes d’exploitation et fer de lance de la lutte, Marlène Perroud: «C’est le métier où l’on travaille deux fois plus, pour deux fois moins de revenu. Mais c’est normal, parce que nous avons deux fois moins le temps pour le dépenser.» Plus sérieusement, elle souligne son incompréhension quant au fait qu’un métier si essentiel soit le moins bien rémunéré: 17 francs l’heure en moyenne, 12 francs l’heure dans le secteur laitier, pour des semaines de 60 à 70 heures de travail, sept jours sur sept. L’hérésie de payer davantage pour ses assurances maladie que pour sa nourriture est aussi soulignée. 

Film politique et sensible

Des archives, celles de la construction d’une autoroute entraînant une spoliation de terres ou celles de la répression lors des manifestations paysannes en 1996 devant le Palais fédéral, rappellent que les luttes paysannes ne datent pas d’hier.

Alors que trois fermes disparaissent par jour, l’ouverture des marchés a imposé des prix plus bas à la paysannerie suisse, qui a ainsi besoin de paiements directs pour continuer à nourrir la population suisse. Des subventions qui imposent des contrôles, de la paperasse et du stress, au risque de subir des sanctions. Comme le rappelle un des paysans qui témoignent, ils sont devenus des fonctionnaires, mais les seuls à devoir investir dans leurs outils de travail, des machines de surcroît aux coûts exorbitants, rendues nécessaires par l’agrandissement des exploitations. 

Malgré les difficultés, les agriculteurs et les agricultrices témoignent aussi, dans ce documentaire, de leur passion pour le métier et de leur attachement viscéral à la terre. La naissance d’un chevreau, l’amour exprimé par des enfants à leurs vaches, l’arrivée d’un robot de traite dans une exploitation, les récits généreux et tragiques d’un burn-out et d’un suicide (dont le taux est très élevé dans le secteur) sont autant de moments forts d’un film aussi politique que sensible.

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