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Bonjour l'ambiance...

Employés du groupe Zara & Cie pendant près de quatre ans, deux vendeurs dépeignent leurs conditions de travail. Sport...

Membres d'Unia, Estelle et Jérôme* font partie du noyau des militants à l'origine du débrayage organisé le 20 janvier dernier chez Zara. But de l'action: dénoncer les irrégularités commises par les magasins du groupe Inditex à Genève. L'amertume de deux vendeurs.


Harcèlement moral. Insultes.Copinage. Heures supplémentaires non payées. Hiérarchie bancale. Confusion dans la répartition des responsabilités, des compétences... Révoltés, Estelle* et Jérôme* racontent en vrac les problèmes qu'ils ont rencontrés dans l'une des enseignes du groupe Inditex à Genève.
Une histoire en phase de se terminer. Estelle, 30 ans, a été mise à la porte pour bientôt. Aujourd'hui en congé maladie, elle est bien décidée à se battre contre ce licenciement qu'elle estime injustifié. Adjoint à la direction, son collègue, âgé de 25 ans, a démissionné après un long arrêt pour des raisons de santé. Tous deux ont travaillé près de quatre ans dans le groupe. Tous deux portent aujourd'hui un regard amer sur cette expérience. La pire de leur parcours professionnel.

Avertissement pour mobbing
Tout a commencé en mai 2006. Une partie des employés, par le biais d'Unia, porte plainte contre une supérieure pour mobbing. «Cette personne nous critiquait ouvertement devant la clientèle, nous rabaissait, faisait des commentaires sur notre physique...» déclare Estelle. Jérôme raconte pour sa part qu'il était ignoré, que ses questions restaient sans réponse.... Bref, les ressources humaines du groupe mènent l'enquête et convoquent à tour de rôle les membres du personnel. Au final, la personne incriminée est sanctionnée par un avertissement. Elle doit aussi écrire une lettre d'excuses qui sera affichée dans la salle de pause. L'affaire aurait dû s'arrêter là. Mais deux clans se sont formés dans la boutique. Ceux qui soutiennent la responsable en cause et les autres. Ces derniers, bien qu'on leur ait garanti la confidentialité de leurs témoignages écrits, n'ont pas ce sentiment. «Certains extraits ont été lus», affirme Estelle qui se souvient de cette période comme un moment particulièrement difficile au magasin.

Le choc!
Quoi qu'il en soit, entre les vacances et les congés maladie des uns et des autres, la fièvre retombe. En tant qu'adjoint à la direction, Jérôme prend les commandes en l'absence des autres supérieurs. Il y a alors beaucoup de travail. Et souvent l'équipe est débordée. En septembre, c'est à son tour de lever le pied. Une mauvaise surprise l'attend au retour des relâches estivales. «J'ai été l'objet de critiques virulentes. On m'a accusé d'avoir été inefficace.» Estelle acquiesce. Elle affirme avoir été témoin de la scène. «J'étais à la caisse quand elle s'est produite.» Profondément ébranlé, Jérôme finit à l'assurance et sous calmants. Depuis, il écrira de nombreuses lettres à la direction pour tenter d'obtenir des explications, réclamer un certificat de travail intermédiaire, avoir accès à son dossier personnel, obtenir le paiement d'heures supplémentaires.... En vain. Pire. Pour toute réponse, il reçoit, par l'intermédiaire d'un avocat mandaté par le groupe, l'ordre de ne plus poser les pieds à la boutique durant son arrêt de travail. «Une mesure, renseignements pris, totalement illégale. J'ai reçu par la suite un second courrier où il était précisé que je pouvais tout de même passer au magasin sous réserve que je ne dérange pas», relève Jérôme indigné par ce «total manque de respect à l'égard du personnel.»

Volontaire, mais...
Estelle approuve. Sans réserve. Mais non sans en avoir gros sur le cœur. Elle est d'autant plus touchée qu'elle estime avoir rempli ses tâches au mieux. «Durant mes deux grossesses, j'ai travaillé jusqu'au bout. Et je peux vous affirmer que c'était dur... Debout toute la journée ou accroupie au sol à poser les antivols sur les vêtements... J'ai toujours été là pour aider. J'ai effectué sporadiquement des tâches de responsable sans que mon salaire ne soit adapté en conséquence...» Révoltée, la jeune mère relate encore dans la foulée les inventaires supposés s'effectuer sur une base volontaire, mais qu'on ne pouvait pas vraiment refuser. «On nous faisait pression pour qu'on accepte. Il y en avait six par an. Le travail se terminait généralement vers 23 heures. Ces heures supplémentaires n'étaient pas payées pour autant. Nous touchions seulement 24 francs pour le souper.» Aujourd'hui, selon les dires de la vendeuse, la mission serait confiée à des temporaires ou à du personnel recruté en France...

Encore de l'eau dans le gaz
Autre anecdote marquante et révélatrice de l'ambiance régnant dans la boutique: l'inondation survenue en novembre dernier, qui a entraîné la visite d'un inspecteur du travail. «Une vanne avait lâché. Nous avions de l'eau jusqu'aux genoux. Nous avons évacué les clients. Puis on nous a demandé, en dépit des dangers que nous courions avec l'électricité, de sauver un maximum de vêtements, de débarrasser ceux qui étaient mouillés et de dresser des listes pour l'assurance.» Une requête que la direction nierait. «Cette dernière prétend que nous avons agi sur une base volontaire. C'est faux.» Quoi qu'il en soit, Estelle est persuadée qu'elle est aujourd'hui victime de représailles, que son licenciement est dû à son franc-parler. Elle n'a, dans tous les cas, pas obtenu de réponse sur les motifs de sa mise à la porte. «Une personne de la direction prétend que j'aurais tenu des propos insultants à l'égard de la responsable. Encore une fois, c'est ma parole contre la leur. Pourquoi ne tient-on pas compte de tous les témoignages? C'est injuste.» Si la vendeuse a décidé de se battre pour son réengagement, son combat est surtout moral. Question de dignité. «Cette histoire m'a psychologiquement brisée, confie encore Estelle, mais après avoir trouvé le pire, on ne peut que trouver le meilleur.» Quant à Jérôme, il entame en février un nouveau job. Toujours dans la vente mais, endurci par cette expérience, certainement plus à n'importe quel prix...

Sonya Mermoud

*Prénoms d'emprunt




Salaün est venu et reparti...

Comme annoncé, Jean-Jacques Salaün, le directeur général d'Inditex France, a entrepris le voyage de Paris à Genève, mardi 23 janvier, pour rencontrer les salariés du magasin Zara au Molard. Malgré la demande des employés, Unia n'a pu participer à cette assemblée.
Selon Jamshid Pouranpir, le directeur général d'Inditex France a tenu des propos très durs contre l'action syndicale du samedi précédent et les employés se sont très peu exprimés. Le syndicaliste Unia indique aussi qu'il n'a pas été possible d'entrer en négociations avec l'employeur, mais que ce dernier a saisi les deux commissions paritaires du secteur, ainsi que le Conseil de surveillance du marché de l'emploi. Toutes les revendications syndicales restent donc pendantes.
Salaün aurait voulu donner raison à Unia, qui lui reproche de ne pas s'impliquer dans les problèmes rencontrés dans les magasins du groupe en Suisse, qu'il n'aurait pas agi autrement.
Pouranpir a donc pris sa plume pour écrire à Amancio Ortega Gaona, le patron du groupe Inditex. Dans l'espoir que l'homme le plus riche d'Espagne - lire ci-contre - se souciera davantage de ses employés genevois que la direction française.

SB