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Une grave pénurie de personnel va frapper le monde des soins

Patient soigné
©PN

Selon le rapport de l’Obsan, seuls 75% des personnes fraîchement diplômées en soins infirmiers spécialisés exercent leur profession au sein d’une institution de santé.

Le rapport établi par l’Observatoire suisse de la santé prévoit, d’ici à 2034, une chute du nombre de soignants disponibles dans les hôpitaux et les EMS.

C’est un rapport ô combien attendu que vient de publier l’Observatoire suisse de la santé (Obsan). Mandatée par la Confédération et les cantons, l’entité s’est penchée pour la quatrième fois depuis 2009 sur le domaine des soins et de l’accompagnement afin de mesurer et de restituer, en chiffres et en graphiques, l’évolution de l’offre et des besoins en personnel dans le secteur. Le dernier exercice du genre a été publié en 2021. L’actuel rapport – dont les projections portent sur la période 2024-2033/2034 – ne fait pas état d'une amélioration significative de la situation. En dépit d’une loi approuvée en 2021 par le peuple, qui préconisait un renforcement des soins infirmiers, tous les indicateurs restent dans le rouge. Ils font notamment état d’un taux inquiétant d’abandon de la profession, qui va de pair avec des besoins en main-d’œuvre toujours plus importants. Le constat s’est affiné dans cette nouvelle étude, qui tient compte pour la première fois, de manière précise, des trajectoires professionnelles et de formation des personnes concernées.

En ouvrant les portes des hôpitaux, des établissements médico-sociaux (EMS) et des services d’aide et de soins à domicile, les auteurs de l’étude, Lucas Haldimann et Clémence Merçay, ont pu cartographier un paysage en détresse, comme l’attestent les données chiffrées. Un premier constat, très significatif, ressort de leur analyse: seuls 75% des professionnels fraîchement diplômés en soins infirmiers spécialisés exercent leur profession au sein d’une institution de santé. Ce pourcentage plonge à 47% à l’âge de 40 ans. Dans le niveau secondaire, composé de détenteurs d’un CFC, le pourcentage initial est encore plus bas: 60% des professionnels intègrent une structure de soins, tandis que 40% abandonnent rapidement cette filière. A 40 ans, la proportion de personnes exerçant leur profession dans une structure de soins n’est plus que de 22%. En tenant compte de l’ensemble des acteurs œuvrant dans le domaine, auxquels s’ajoutent donc les aides en soins et accompagnement, les auxiliaires de santé et le personnel sans formation, l’Obsan estime que 32% des effectifs en poste en 2024 auront quitté leur activité dix ans plus tard.

Un déficit de 75940 postes
Traduites concrètement, ces données font état d’une saignée significative: l’Observatoire estime que, chaque année, environ 1300 infirmières et infirmiers se détourneront des institutions de santé, tandis que 900 professionnels titulaires d’un CFC feront de même. Ce mouvement, auquel s’ajoutent les départs naturels à la retraite, va provoquer une pénurie d’une ampleur considérable. D’ici à 2034, le secteur de la santé aura besoin de 123800 nouveaux professionnels. Or, le solde entre ce chiffre et les effectifs réellement disponibles sera négatif. Dans dix ans, la Suisse affichera un déficit de 75940 postes. Un autre indicateur, celui du taux de couverture, permet de compléter la description du paysage à venir. Ce taux, qui correspond au rapport entre les besoins de relève dans chaque niveau de formation et la relève disponible, est particulièrement préoccupant: pour les seuls soins infirmiers spécialisés, il est estimé entre 40% et 55% sur la période 2024-2033. Selon l’Obsan, le taux de couverture s’est dégradé, malgré la mise en place de mesures à l’échelle fédérale visant à renforcer le soutien à la formation.

L’ensemble de ces projections ouvre des scénarios préoccupants, surtout si on les met en regard des données démographiques de l’Office fédéral de la statistique. Selon ce dernier, le pays comptera, d’ici à 2040, deux fois plus de personnes âgées de plus de 80 ans. De manière mécanique, les besoins en soins de longue durée connaîtront eux aussi une augmentation, de 43%. Sans entrer dans le détail des mesures concrètes susceptibles d’inverser la tendance, l’Observatoire suisse de la santé préconise quatre leviers sur lesquels agir: «Le recrutement en vue d’une formation, la promotion de la formation pratique, le maintien du personnel en poste et le déploiement optimal des compétences». 

«Il faut préserver le droit inaliénable aux soins»

Enrico Borelli, coresponsable national de la branche des soins chez Unia, livre son analyse à la suite de la publication du rapport de l’Observatoire suisse de la santé.

Quelles conclusions tirez-vous à la lecture de cette publication?
Les données du rapport sont très préoccupantes puisqu’elles montrent concrètement que rien n’a été fait pour renforcer l’attractivité des professions liées à la santé depuis l’adoption, par le peuple, de l’initiative de 2021 «Pour des soins infirmiers forts». L’accès à des soins de qualité est un droit inaliénable, il faut le rappeler. En ce sens, il est temps que les acteurs politiques s’emparent de la problématique de la grave pénurie de personnel en allant plus loin que les efforts consentis dans le domaine de la formation des nouveaux soignants. Car à quoi sert-il de renforcer ce domaine s’il n’y a pas, d’autre part, une amélioration des conditions de travail permettant de retenir les travailleuses et les travailleurs après leur cursus dans les écoles?

Quelles sont les revendications portées par le syndicat?
Nous réclamons depuis longtemps déjà un meilleur ratio entre le nombre de patients et le personnel soignant présent. Il est également important de diminuer les charges de travail et d’aménager les horaires, sans que cela n'ait d’impact sur les salaires. Enfin, nous estimons nécessaire une plus grande implication du personnel dans la prise de décisions, car les soignants connaissent mieux que quiconque les besoins et les pistes à suivre pour restructurer le secteur. En incluant les acteurs de terrain dans ce processus de refonte, nous obtiendrons de meilleurs résultats.

Comment s’articulera à l’avenir l’action syndicale dans ce domaine?
Le personnel appelle à une grande journée de mobilisation le 14 juin 2027, dans le cadre de la grève féministe. A cette occasion, la population ainsi que les acteurs de la société civile et les associations de toutes sortes sont invités à se joindre au mouvement pour défendre un droit qui nous concerne toutes et tous. Il faut apporter des réponses concrètes à la crise systémique que nous traversons actuellement. 

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