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«Un magasin sans personnel, ça n’existe pas»

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© Olivier Vogelsang/archives

Avec ce concept, le risque selon le syndicat est de remplacer progressivement des emplois stables dans la vente par davantage de sous-traitance, d’astreintes, de surveillance et de travail fragmenté. Image d'illustration

Pour Unia, la récente ouverture à Genève d’une Migros le dimanche en autonomie n’est qu’une tentative de plus de banaliser le commerce sept jours sur sept. Entretien.

Le 2 juillet, Migros a ouvert un magasin autonome à Genève, dans le quartier de Vieusseux. Les jours ouvrables, il fonctionne de manière classique, et les dimanches et jours fériés, il devient un self-service. Pas d’employé, enfin presque: un agent de sécurité doit être sur place non-stop. L’accès au magasin se fait grâce à une carte de paiement ou une carte de fidélité Migros, les capteurs et les caméras s’occupent du reste. Un concept jamais vu en Suisse romande qui pourrait faire des petits. 
Balmain Badel, responsable du secteur tertiaire à Unia Genève, s’exprime sur la question.

Que penser de cette initiative?
Unia n’est pas opposé par principe aux kiosques, aux petits magasins attenant aux fermes ou aux échoppes qui fonctionnent réellement sans personnel et répondent à des besoins particuliers. Mais ici, nous parlons d’un supermarché urbain de 300 m², proposant plus de 5000 produits et appelé, selon Migros, à servir de modèle pour d’autres ouvertures. Ce n’est plus une petite exception, c’est un test grandeur nature pour banaliser le commerce sept jours sur sept. Unia n’est opposé ni à la technologie ni à toute ouverture dominicale, mais à son utilisation pour contourner le repos dominical et fragiliser l’emploi.

Quel est le principal problème selon vous?
Un magasin «sans personnel», ça n’existe pas. Ce qui existe, c’est un magasin où le travail est déplacé, concentré à d’autres moments et rendu largement invisible.
En effet, pour que ce magasin puisse ouvrir le dimanche, il faut d’abord un travail considérable en amont. Il faut livrer les marchandises, remplir les rayons, contrôler les produits frais, nettoyer, préparer les caisses et mettre le magasin en état de fonctionner. Migros indique que ce travail sera essentiellement réalisé le samedi. Il ne disparaît donc pas: il est concentré la veille, avec le risque d’intensifier encore la charge et la pression sur les équipes.

Quant au dimanche, le travail humain reste présent. Migros annonce un agent de sécurité en permanence. Il faut également assurer la surveillance, les permanences, les interventions en cas de panne, la maintenance informatique, les incidents aux caisses ou les problèmes rencontrés par la clientèle. Derrière chaque caméra, chaque capteur et chaque numéro d’urgence, il y a des personnes qui travaillent ou doivent être prêtes à intervenir.

En quoi ce modèle peut s’avérer dangereux?
Parlons du travail gratuit transféré à la clientèle. Dans ce modèle, c’est le client qui s’identifie, scanne ses achats, les contrôle, les paie et assume une partie des tâches auparavant réalisées par le personnel. L’automatisation ne supprime donc pas tout le travail, elle en fait effectuer une partie gratuitement par les consommateurs et déplace le reste vers des activités moins visibles.

C’est précisément le risque pour l’emploi. Migros affirme ne pas vouloir réduire ses équipes, nous la prenons au mot. Mais un modèle conçu pour ouvrir davantage sans vendeuses ni vendeurs exerce forcément une pression sur le nombre de postes, sur la qualité des emplois et sur les conditions de travail. Le risque est de remplacer progressivement des emplois stables dans la vente par davantage de sous-traitance, d’astreintes, de surveillance et de travail fragmenté.

Est-ce que ce type de magasin répond vraiment à une demande des consommateurs?
Les Genevois ne vont pas manger davantage parce qu’une Migros ouvre le dimanche. Une grande partie des achats sera simplement déplacée depuis un autre jour, un autre magasin ou une autre enseigne. Une certaine demande de confort peut exister, mais celle-ci ne justifie pas n’importe quel modèle social. Le gain recherché semble surtout consister à capter des parts de marché, utiliser les surfaces commerciales plus longtemps et, à terme, faire fonctionner le commerce avec moins d’emplois visibles dans la vente.

Il faut aussi relativiser fortement les gains économiques annoncés. Ces installations coûtent cher: caméras, capteurs, contrôle des accès, caisses automatiques, maintenance, énergie, gestion des vols ou des erreurs. À cela s’ajoute tout le travail nécessaire avant, pendant et après l’ouverture. Rien ne garantit donc qu’il s’agisse d’un véritable gain de productivité.

Est-ce que, légalement, Migros est dans les clous?
La question juridique est sérieuse. La Loi sur les heures d’ouverture des magasins (LHOM) n’exempte ces magasins des règles de fermeture que s’ils n’occupent réellement aucun personnel le dimanche. Elle ne dit pas simplement «aucun vendeur Migros». Avec un agent de sécurité présent en permanence et des personnes susceptibles d’intervenir, Migros se place sur une ligne de crête. Ce qui devra être examiné, ce ne sont pas les intitulés de poste, mais les tâches réellement effectuées et leur nécessité pour que le magasin puisse ouvrir.

Le syndicat va-t-il agir?
Au bout du lac, le commerce vient déjà d’obtenir deux dimanches d’ouverture supplémentaires. Les Genevoises et les Genevois ont voté pour deux dimanches, pas pour 52 dimanches par la porte de derrière. Unia demandera donc une transparence complète et des contrôles stricts sur le réassort, la sécurité, les permanences, les interventions et la sous-traitance. Une exception légale ne doit pas devenir un chèque en blanc pour la grande distribution. 

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