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«Un chantier ne peut pas être une porcherie!»

action geneve
© Olivier Vogelsang

Les syndicats Unia, SIT et Syna ont convoqué la presse pour révéler les coulisses jugées honteuses du chantier de cette ancienne banque de luxe.

Les syndicats genevois ont sommé les responsables d’un chantier jugé dangereux et indigne de se mettre en conformité. Les instances de contrôle ont aussi été saisies.

Des câbles électriques qui traînent partout, de la poussière, des déchets, des monticules de matériaux empilés: voici à quoi ressemble le chantier de rénovation d’une banque de luxe en plein cœur de Genève. Après une récente visite, les syndicats genevois ont pointé des gros problèmes d’hygiène et de sécurité, qui mettent en danger les travailleurs. Le 26 mai, ils ont convoqué la presse in situ, où une banderole a été déployée et des photos affichées pour montrer les coulisses du chantier aux passants. Un vernissage on ne peut plus spécial. «A Genève, le Règlement sur les chantiers (RChant) oblige les employeurs à protéger la santé et la sécurité des travailleurs, rappelle José Sebastiao, responsable du secteur à Unia Genève. Ici, ce n’est clairement pas le cas. Et au-delà de l’hygiène et de la sécurité, les employés ont droit à la dignité, à manger dans un lieu propre. On est conscients qu’un chantier n’est pas une salle stérile d’hôpital, mais ça ne peut pas être une porcherie non plus! Ici, on protège le patrimoine, mais pas les travailleurs!»

Cumul de mauvaises pratiques
Unia, le SIT et Syna ont décelé d’autres problématiques sur ce chantier, notamment un taux extrêmement élevé d’employés temporaires. «Ils sont entre 15 et 25 sur le chantier, pour un seul travailleur fixe», indique José Sebastiao. L’entreprise responsable du chantier, Unica Suisse, se targue pourtant sur son site internet d’assurer la formation de «ses équipes» et de faire de l’hygiène, de la sécurité et de la protection de la santé ses «priorités». «C’est du blabla tout ça, s’indigne Thierry Horner, du SIT. 

Et le scandale ne s’arrête pas là, puisque l’entreprise en question appliquerait la Convention collective de travail du second œuvre, alors que les syndicats estiment que ces travaux de démolition relèvent clairement du gros œuvre. Un tour de passe-passe qui permet de payer les travailleurs entre 300 et 400 francs de moins par mois, sans compter les paniers repas et les droits à la retraite anticipée qui sont menacés si les travailleurs ne cotisent pas.

Que le début
«Les patrons cherchent à tirer les salaires vers le bas, à faire des économies, c’est une question purement économique, regrette José Sebastiao. Et vu le contexte, ce genre de situation va devenir monnaie courante.»
Rappelons que la section genevoise de la Société suisse des entrepreneurs a décidé de résilier l’annexe locale de la convention nationale du secteur principal de la construction, ce qui engendrera des baisses de salaire jusqu’à 400 francs par mois dès janvier 2027. «Ils jouent avec le feu, s’inquiète Thierry Horner. Tout le dispositif de contrôle local sera aussi menacé, avec la crainte avérée que des cas comme celui de ce chantier vont se multiplier. Tout le travail effectué ces dernières années pour améliorer les conditions de travail et de vie des maçons va partir en fumée.»

Action réaction
Dans la foulée de l’action, les syndicats ont dénoncé cette affaire auprès du maître d’ouvrage, mais aussi du bureau de contrôle des chantiers, de l’OCIRT et de la Suva. «Nous leur laissons 24h pour se mettre en conformité au niveau des conditions de travail et des salaires, alerte José Sebastiao. Au-delà de cette échéance, on se réserve le droit de mener de nouvelles actions syndicales.»
Pour le reste, les travailleurs de la branche sont fermement et massivement attendus le samedi 6 juin à 16h sur la plaine de Plainpalais pour une assemblée générale. «Des grandes décisions devront être prises», conclut-il. 

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