«On doit faire le travail de trois personnes»
«J’ai besoin de mon travail, mais j’ai aussi le droit d’avoir une vie en dehors du travail!» Récemment, Paola (prénom d’emprunt) a dû mettre un frein aux exigences croissantes de sa hiérarchie. Employée dans une blanchisserie industrielle du canton de Vaud, cette femme originaire d’Amérique du Sud, sans qualifications, a l’impression d’être pressée comme un citron. «On doit faire le travail de trois personnes, dénonce-t-elle. Quand il y a du retard sur les commandes, on nous demande de commencer notre journée à 6h, au lieu de 7h. Ces temps-ci, c’est presque tous les jours.» La quadragénaire a fini par dire stop. «C’est toujours aux mêmes qu’on demande de venir dépanner. Il y a beaucoup de favoritisme. Mais j’ai expliqué que je n’en peux plus, qu’il faut prendre quelqu’un d’autre. Je n’hésite pas à le dire, quand je trouve qu’il se passe des choses pas normales, mais beaucoup de collègues ont peur.»
Ces heures supplémentaires ne sont même pas payées, mais compensées par des congés imposés pendant les périodes où il y a moins de travail, comme en été. «Ils ne veulent pas engager des temporaires, car ils disent qu’il y a trop d’heures négatives. A la longue, on accumule la fatigue et on finit par tomber malade ou en dépression. Une collègue a le cancer, et comme elle ne peut plus travailler à 100%, ils vont la licencier. Une autre est restée plusieurs mois à l’arrêt après un accident du travail et, quand elle est revenue, les chefs ont exigé qu’elle reprenne tout de suite à plein temps. C’est pas humain!»
Paola décrit aussi une répartition du travail très stressante. «On ne sait jamais à quel poste on va être, ça change chaque jour. Et il y a des tâches épuisantes, comme quand on doit rester debout toute la journée pour suspendre le linge.» Tout cela pour un salaire qui permet à peine à cette femme divorcée et mère d’un enfant de vivre. «Sans la pension alimentaire de mon ex-mari et sans l’aide financière de ma commune, je ne m’en sortirais pas.» En attendant une éventuelle hausse des salaires, elle ne voit qu’une possibilité de gagner plus: se former. «J’ai pris des cours de français et j’aimerais faire un CFC. Cela me permettrait d’être mieux payée et d’avoir un poste moins fatiguant. Je ne veux pas tomber malade à cause de mon travail.»