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Témoignage d’une employée usée par la vente

Merci Migros
@ Olivier Vogelsang

Après cette expérience négative dans l’enseigne, Cecilia a passé son permis de chauffeuse professionnelle et envisage de travailler dans les transports publics.
 

Après avoir travaillé deux ans chez Migros, la santé physique et psychique de cette Genevoise s’est dégradée. Aujourd’hui licenciée, elle revient sur les conditions de travail dans un univers toxique.

«J’ai tout accepté, car je voulais que ça débouche sur un contrat.» Cecilia (prénom d’emprunt) intègre la Migros à Genève en 2023, via le programme M-Défi qui propose des stages en collaboration avec l’Office cantonal de l’emploi. «Je faisais 52 heures par semaine au lieu des 38 prévues, on m’envoyait au four et au moulin», explique la jeune femme de 39 ans. Au bout de quelques mois, Cecilia commence à souffrir de tendinites, mais elle serre les dents, de peur d’être mise de côté. Sa détermination aura payé, car elle décroche finalement un poste de responsable de rayon. Mais l’arrivée d’un nouveau gérant plutôt autoritaire et explosif, «venu pour faire le ménage» vient perturber l’équilibre en place.

«Il me demandait de remplacer les absents, donc je devais m’occuper de plusieurs rayons et dépoter les palettes. La charge de travail était de plus en plus lourde. J’avais mal aux bras, puis aux jambes et aux pieds. J’ai commencé à devenir extrêmement sensible. A la maison, j’étais épuisée, je n’avais envie de rien à part manger et dormir. Je voyais très peu ma fille, car je travaillais à 100%. Je me levais à 5h tous les matins et c’est une nounou qui la gardait le samedi. Je n’arrivais plus à m’occuper correctement d’elle, je n’avais pas de vie, je ne faisais que crier...»
Au printemps 2024, tout se bouscule. Le manager, qui était son confident, est écarté du magasin. Son remplaçant ne lui inspire pas confiance. Un coup dur pour Cecilia, qui en même temps, doit déménager. «J’étais à fleur de peau, très stressée, seule avec ma fille, et je grossissais à vue d’œil. C’était la catastrophe.» Elle doit batailler pour obtenir quelques jours libres pour son déménagement. Juste avant, elle est convoquée par son manager qui dit que ses collègues se plaignent d’elle. «Il m’a accusée à tort d’avoir laissé mon travail pour aller fumer, ce qui était faux. Il m’a demandé de signer un papier qui disait que je reconnaissais mes actes et que j’allais changer mon comportement. J’étais tellement sidérée que j’ai signé, je n’ai pas compris, je m’en suis tellement voulu.» Sans surprise, vu le contexte, Cecilia sort cassée de son déménagement et est mise à l’arrêt pour la première fois une semaine, avec une minerve et de la morphine. 

Signes de dépression
Elle se rapproche d’Unia et de Movis pour parler de sa situation, et y reçoit soutien et conseils. Elle est suivie par un psychiatre, mais malgré les traitements, travailler devient de plus en plus difficile. Elle voit ses collègues être licenciés ou écartés du magasin les uns après les autres. L’arrivée d’une nouvelle collègue est d’abord un soulagement, puis un problème. «Elle rapportait tout ce qui se passait au gérant. Je suis partie en vacances et elle a tout changé dans mon rayon, je ne pouvais plus rien toucher. J’ai encore plus perdu confiance en moi, je ne me sentais plus capable. Tout a été fait pour nous mettre en concurrence et on me faisait porter la responsabilité d’erreurs que je n’avais pas commises. Le gérant m’humiliait en public, me criait dessus.» Les signes de dépression et de burn-out sont évidents. «J’étais mal au travail, je ne faisais que pleurer. J’ai de nouveau été mise à l’arrêt, car je souffrais d’une épine calcanéenne au talon. Là, j’ai pris conscience que cette ambiance toxique était mauvaise pour moi, que je ne pouvais plus continuer.» Migros a licencié Cecilia fin 2025 au bout de quatre mois d’arrêt. 
Aujourd’hui, Cecilia est déterminée: elle ne retournera pas dans la vente, un secteur qui l’a usée et lui a laissé des séquelles. Elle va d’ailleurs se faire opérer du pied prochainement et ses douleurs à la hanche sont toujours vives. «J’ai passé mon permis de chauffeuse professionnelle et j’ai le projet de travailler dans les transports publics. Aujourd’hui, je suis enfin bien. Je sors, je fais plein de choses avec ma fille!» 

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