Riposte à une attaque sans précédent

Mobilisation des collaborateurs de Swissport.
© Thierry Porchet

Les collaborateurs de Swissport se sont mobilisés contre l’introduction, le 1er juin prochain, de nouveaux contrats de travail, synonymes de baisses de salaires de l’ordre de 500 à 1200 francs par mois.

Les collaborateurs de Swissport, à Cointrin, ripostent à la violente attaque patronale contre leurs conditions d’emploi. La direction a procédé à des congés-modifications des contrats de travail synonymes de baisses de salaire de l’ordre de 500 à 1200 francs par mois. Entamé la semaine passée, le bras de fer se poursuivait ces jours-ci

A l’aéroport de Genève-Cointrin, le personnel de Swissport a engagé la semaine dernière un bras de fer avec son employeur. La direction a en effet procédé à des congés-modifications des contrats de travail des mille collaborateurs du site de la société d’assistance au sol. Ces nouveaux contrats, qui entreront en vigueur le 1er juin, prévoient des baisses de salaires de l’ordre de 500 à 1200 francs par mois, un passage du temps de travail de 40h à 41h25 par semaine, l’annualisation du temps de travail, la suppression de la participation de 200 francs mensuels à l’assurance maladie, une augmentation des cotisations LPP et une réduction des jours de vacances pour une partie du personnel. En outre, le statut des auxiliaires est élargi à tous les secteurs et ils pourront être employés jusqu’à 45 heures par semaine. Les travailleurs ont jusqu’au 28 janvier pour signer… ou perdre leur emploi. Cela dans le contexte où, depuis mars, ils subissent en raison de la réduction de l’horaire de travail des baisses de revenu, jusqu’à 20% de moins sur leur fiche de paie. Notons aussi que les rémunérations des agents d’escale, bagagistes et autres collaborateurs de Swissport n’atteignent pas la stratosphère, l’entreprise a d’ailleurs dû procéder à des ajustements après l’entrée en vigueur du salaire minimum cantonal de 23 francs en novembre.

Une alternative est cependant possible: la lutte. C’est la solution qu’ont choisie 200 d’entre eux réunis en assemblée générale le 12 janvier dans l’ancienne aérogare. Prenant la parole, Alain, l’un des salariés, a résumé le sentiment des participants: «Je devrais aller dire à mes enfants que papa perd 700 francs par mois, qu’il n’a plus les moyens de payer leurs heures de sport et que, même pour la nourriture, cela va être difficile. Je ne peux pas signer. Dix ans après la grève de 2010, on perdrait tous nos acquis, il faudrait être fou pour accepter cela.» Et Jamshid Pouranpir, secrétaire syndical du SSP Trafic aérien, de constater: «Je n’ai jamais vu une attaque aussi violente contre les conditions de travail.»

La solidarité de Pierre-Yves Maillard

Pierre-Yves Maillard.Les travailleurs et les syndicalistes sont bien conscients des difficultés rencontrées par le secteur aérien et Swissport, mais ils veulent éviter une précarisation durable et demandent à ce que les efforts soient partagés. A Zurich-Kloten, Swissport et les syndicats se sont entendus en décembre pour signer une convention collective de travail (CCT) de crise et temporaire. La réduction salariale se monte en moyenne à 150 francs par mois. Un plan social a, en outre, été signé. Du côté de Genève, le directeur de la filiale, Antoine Gervais n’entend pas négocier ni conclure d’accord. La CCT genevoise de Swissport est échue depuis octobre. Saisie par les syndicats SSP et SEV-GATA, la Chambre des relations collectives de travail avait, en automne, recommandé aux parties de négocier un plan social et une nouvelle CCT, voire deux, l’une de crise et l’autre à appliquer lorsque le trafic aérien aura redécollé. Pour le dirigeant, interrogé par Le Temps, les nouveaux contrats sont «conformes au marché». Point à la ligne. «La direction invoque la crise du Covid, c’est un prétexte, elle veut surtout plaire aux actionnaires», estime Pablo Guarino. En plus de diminuer les salaires, le secrétaire syndical du SEV-GATA remarque que Swissport ne s’engage pas à maintenir les emplois ni à éviter les licenciements. «Les propositions de Swissport sont inacceptables, vous êtes en droit de vous battre pour défendre vos conditions de travail», a déclaré Pierre-Yves Maillard venu «témoigner de la solidarité de tout le mouvement syndical». Le président de l’Union syndicale suisse a appelé les pouvoirs publics à soutenir les secteurs restreints dans leur activité et les travailleurs à rester unis et à se serrer les coudes dans ce moment difficile.

Divergences syndicales

Plutôt que l’unité, ce sont les divergences que les syndicalistes ont étalées ce 12 janvier. S’opposant au SSP et au SEV, Yves Mugny, au nom d’Avenir syndical, a demandé que la décision formelle de voter les mesures de lutte soit décalée de deux jours. Pour mémoire, Avenir syndical est une organisation de la région genevoise formée l’année dernière et issue d’une scission du SSP Genève. L’un de ses secrétaires syndicaux, Yves Mugny, est un ancien permanent du SSP Trafic aérien et, par ailleurs, d’Unia. Animateur de la grève de 2010, il a conservé des liens avec des bagagistes et a constitué un groupe syndical au sein de Swissport. La nouvelle organisation a écrit à Antoine Gervais, et le secrétaire syndical voulait attendre sa réponse et «ne pas lui offrir l’excuse de refuser les négociations». Les syndicalistes du SSP et du SEV ont regretté que les décisions d’une assemblée soient dictées par l’agenda d’une organisation. «Je crains que les collègues ne signent les nouveaux contrats, le temps presse», a plaidé Jamshid Pouranpir. «Ces querelles nous desservent, cela n’a aucune importance qu’on soit du SSP, du SEV ou d’Avenir syndical, il faut trouver un équilibre entre syndicats», est intervenu un travailleur. Un consensus s’est finalement dégagé pour lancer un «ultimatum» à l’employeur et lui laisser un délai de deux jours pour accepter l’ouverture de négociations.

Le 14 janvier, les travailleurs se sont retrouvés pour une nouvelle assemblée. Ils étaient encore 200. Prenant acte de l’échec de l’ultimatum, ils ont manifesté devant l’aéroport et obtenu une entrevue avec la direction qui n’a encore rien donné. Plus tard dans la journée, 80 d’entre eux se sont rendus à l’Hôtel-de-Ville où une délégation a été reçue par Mauro Poggia. Le conseiller d’Etat en charge de l’Economie et de l’Emploi a promis de rencontrer la direction de Swissport cette semaine. L’aéroport est une institution de droit public qui accorde des concessions et, comme l’ont rappelé les acteurs du conflit de 2010, la victoire a été remportée en amenant le conseiller d’Etat François Longchamp à la table des négociations.

D’autres actions du personnel sont prévues cette semaine. La possibilité d’une grève n’est pas écartée, mais vu la faiblesse actuelle du trafic aérien, elle n’aurait pour les syndicalistes que peu d’impact économique. A suivre.