La Suisse complice?
Durant la conférence de presse, une représentante du Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) informe de sa présence, mais explique ne pas être habilitée à répondre aux questions. Un homologue belge du Commissariat général aux réfugiés et apatrides (CGRA) à Bruxelles prend, lui, la parole pour demander comment les autorités sont au courant que la personne refoulée a demandé l’asile. «Je m’étonne de la question, répond Marco Motta, professeur de l’Université de Lausanne, spécialiste des migrations. Les vols spéciaux sont négociés avec l’Etat burundais, le laissez-passer est délivré par les autorités.» L’ambassade du Burundi à Berne est de surcroît interpellée pour l’identification des personnes déboutées.
Le fonctionnaire belge ajoute regretter le manque d’informations précises sur les arrestations et les disparitions forcées. Le rapporteur spécial des Nations Unies, Fortuné Gaëtan Zongo, explique: «Les gens se taisent pour survivre et beaucoup d’ONG sont interdites, d’où la difficulté de documenter. De surcroît, les risques peuvent être différés de plusieurs semaines. Le silence des personnes renvoyées ne signifie pas l’absence de problème, car la peur gouverne.»
Louise Wehrli du collectif Droit de rester abonde: «Nous sommes en contact avec une personne qui a subi des violences au retour. Il pourra peut-être en dire davantage quand il sera dans un lieu sécurisé.»
Une travailleuse sociale, suisso-burundaise, de longue date en Suisse, ajoute connaître plusieurs personnes refoulées mises en prison à leur retour et en appelle aux autorités de reconnaître la souffrance des demandeurs d’asile. Une représentante du mouvement Inamahoro (Femmes unies pour la paix et la sécurité au Burundi) aura le mot de la fin: «Ces gens refoulés retournent dans le même contexte qu’ils ont fui. On ne peut pas leur demander des preuves. Faire une évaluation des droits humains au Burundi me paraît plus pertinent. Les autorités suisses doivent s’assurer que la primauté du droit existe. Sinon il s’agit d’une solidarité négative avec le pouvoir burundais.»