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Quand le virus parle

Extrait de la couverture.
© Editions La Joie de lire

Illustration de Rémi Farnos.

Notre chroniqueur Christophe Gallaz signe un essai, "Les mystères d’une pandémie", qui revient sur cette période surréaliste pour en tirer des enseignements écologiques urgents

«Bonjour, chers jeunes des sociétés humaines actuelles et chers autres dont l’esprit reste agile. Je suis le virus. Le coronavirus. Celui de la pandémie, mot qui désigne une épidémie répandue sur toute la planète. Celui qui connaît beaucoup de choses et vous adresse la parole. Dans les livres on peut tout se permettre, comme dans la nature qui se réinvente à l’infini…» Ainsi commence le livre Les mystères d’une pandémie: le discours du virus, écrit par Christophe Gallaz et illustré par Rémi Farnos. Un petit essai publié par La Joie de Lire, destiné au jeune public, mais pas seulement.

Les références y sont nombreuses, de la littérature aux sciences en passant par l’Histoire, à commencer par une citation de Marcel Proust: «Le seul véritable voyage, le seul bain de Jouvence, ce ne serait pas d’aller vers de nouveaux paysages, mais d’avoir d’autres yeux, de voir l’univers avec les yeux d’un autre, de cent autres, de voir les cent univers que chacun d’eux voit, que chacun d’eux est.»

Christophe Gallaz donne le ton. Tantôt poétique, philosophique, historien ou scientifique, il dresse le portrait du Covid-19 ou, plus exactement, tel un ventriloque, le laisse se présenter: «Co» pour corona, «vi» pour virus, «d» pour disease (maladie), et 19 pour l’année où il a été découvert. Au vu de sa taille, 1,2 à 1,6 milliardième de centimètre, il n’est décelable qu’à des températures de l’ordre de -196 °C.

«Suicide collectif»

Si le ton est léger, l’auteur nous invite à réfléchir aux déséquilibres planétaires provoqués par un certain pan de l’humanité et aux dangers qui guettent cette dernière, ce «suicide collectif» de l’«espèce humaine», elle-même «arme de destruction massive», comme l’assène le secrétaire général des Nations unies. Eco-lucide, Christophe Gallaz distille toutefois de l’espoir et de la poésie tout au long du récit. Il rappelle l’urgence, tout en remontant loin dans le passé jusqu’à la naissance de la famille des virus il y a 3,5 milliards d’années, avant de dérouler l’évolution de la vie jusqu’au dégel du permafrost qui permet le réveil de certains des leurs… Un cycle qui prend l’allure d’une tornade, en passant par d’autres pandémies, pour dessiner les contours de la crise écologique. «Si l’humanité tout entière se comportait comme les Helvètes, il lui faudrait chaque année les ressources de trois planètes», fait-il dire au virus. Politique, Christophe Gallaz pourfend les politiciens issus des sphères écocidaires et les tribunaux qui condamnent les lanceurs d’alerte. Psychologue, il cite aussi Vincent Barras, historien de la médecine, qui rappelle notre capacité de résilience et d’oubli: «Notre génome culturel a conservé la mémoire des épidémies passées. Nous savons que nous sommes des survivants. En même temps, nous ne voulons pas nous en souvenir. C’est tout le paradoxe.» Plus largement, l’auteur en appelle à redéfinir profondément les liens entre les vivants: «En déployant votre sensibilité collective plus largement, comme si vous deveniez tous poètes, de telle sorte que le moindre ver de terre vous apparaisse indispensable à la vie sur la planète.» A la manière de cette petite fille, fil rouge du récit, au petit manteau bleu qui n’a ni peur de marcher dans la forêt, ni du loup, ni de caresser le ventre d’un escargot.

Couverture

Les mystères d’une pandémie: le discours du virus. Christophe Gallaz, illustré par Rémi Farnos, Ed. La Joie de Lire, collection Les Mystères de la connaissance, Genève, 2023, 96 p.

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