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Quand le médecin harcèle sa collègue féminine

Près d'un tiers des médecins en Suisse ont été victimes de harcèlement sexuel sur leur lieu de travail, révèle une étude du CHUV. Les chiffres sont alarmants et, la plupart du temps, il ne se passe rien après les faits.

Une étude menée par l'Université de Lausanne et le CHUV révèle des chiffres effrayants: 31,3 % des médecins participants ont déclaré avoir été victimes de harcèlement sexuel sur leur lieu de travail. Les femmes sont trois fois plus touchées que leurs collègues masculins. Près de la moitié des personnes concernées ont subi de telles agressions à plusieurs reprises: un tiers des répondants font état de plusieurs agressions par an, certains de plusieurs par semaine, d'autres sont même harcelés quotidiennement. Ces incidents touchent toutes les spécialités médicales. Les plus fréquemment touchées sont la chirurgie générale (37%), la pédiatrie (36%) et la médecine interne (33%). Les auteurs? Dans 47% des cas, il s'agit de collègues médecins. Ils sont suivis de près par les patients (42%) et les supérieurs hiérarchiques (41%).

Le grand silence

Quand on regarde vers le haut de la hiérarchie et qu'on y voit son harceleur, on réfléchit à deux fois avant de parler. C'est exactement ce que montrent les données: 71% des personnes concernées ne signalent pas les incidents. Chez les hommes, ce taux atteint même 79%. La raison la plus fréquente de ce silence est décevante: près des deux tiers ne croient tout simplement pas qu'un signalement servira à quelque chose.Cette méfiance n'est pas sans raison. Car même ceux qui osent franchir le pas et signalent les faits sont souvent déçus. Dans plus d'un tiers des cas, aucune mesure n'est prise.

Autres raisons du silence: 30% craignent d'être perçus comme faibles ou comme des victimes; 26,5% ne se sentent pas suffisamment soutenus par leurs collègues ou leurs supérieurs. Et, ce qui est effrayant, c'est souvent la simple ignorance: 27,3% des personnes concernées ne savaient pas à qui s'adresser. Une autre raison du silence est la peur des représailles, car beaucoup d'agresseurs occupent des postes à responsabilité. Le harcèlement sexuel laisse des traces: 60% des personnes concernées font état de stress, 35% d'épuisement émotionnel, 30% d'une perte de motivation. Pour certaines, les conséquences sont encore plus dramatiques: 5% n'ont temporairement plus pu se rendre au travail; 7,5% ont dû quitter leur emploi ou en changer. Les auteurs restent. Les victimes partent.

L'article 328 du Code des obligations est clair: les employeurs doivent veiller à ce que leurs employés ne soient pas victimes de harcèlement sexuel. La réalité dans le secteur suisse de la santé est tout autre: presque toutes les infirmières et près d'un tiers des femmes médecins sont victimes d'agressions et les signalements restent sans suite. 

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