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«Nous sommes les maçons!»

Mobilisation des maçons à Lausanne.
© Olivier Vogelsang

Les maçons luttent contre la volonté des entrepreneurs de bénéficier d’une plus grande flexibilité avec des journées qui pourraient atteindre 12 heures et des semaines 58 heures en tenant compte des temps de déplacements.

Après une première journée de protestation décentralisée le 7 novembre, 7000 maçons venus de toute la Suisse romande ont manifesté le lendemain à Lausanne contre les menaces de détérioration de leurs conditions de travail. Le 11, ce sont leurs collègues alémaniques qui sont descendus dans les rues zurichoises. Retour sur cette importante mobilisation

«C’est le deuxième jour de grève, camarades! Est-ce que vous êtes là?» Mardi 8 novembre, Giorgio Mancuso, secrétaire syndical d’Unia, s’adresse aux maçons vaudois réunis dans la tente montée à Lausanne à l’occasion des journées de protestation du secteur de la construction. Dans peu de temps, leurs collègues romands les rejoindront. En attendant, les discours s’échelonnent. Arnaud Bouverat, secrétaire régional d’Unia Vaud, rappelle que leur mobilisation exceptionnelle représente un signal fort envoyé à la Société suisse des entrepreneurs (SSE) pour un renforcement de la Convention nationale (CN). «Pour la protection de votre santé, pour une bonne retraite, un temps de travail et un salaire justes, et pour éviter la discrimination des salariés âgés. Les patrons eux-mêmes sont majoritairement des seniors, à qui on ne baisse pas le salaire!»

Les soutiens se multiplient. Après le collectif de la Grève féministe la veille, c’est un ancien gréviste de Smood qui les encourage à tenir bon. Au nom de la Grève pour l’avenir, Ella-Mona Chevalley souligne l’importance de faire converger les luttes, car la fin du monde et la fin du mois sont le même combat! «Les métiers pénibles comme les vôtres sont les premiers touchés par le réchauffement climatique alors que ce sont les riches qui polluent et contribuent le plus à la crise environnementale! La SSE, pourtant, refuse de vous protéger, car elle veut gagner de l’argent à court terme. Luttons ensemble pour travailler moins, protéger la santé des travailleurs et vivre mieux!» Une grande mobilisation de la Grève pour l’avenir est d’ores et déjà prévue en 2024.

Entre deux discours, Tamara Knezevic, secrétaire syndicale, invite la salle à donner de la voix avec force slogans: «Patron, t’es foutu! Les maçons sont dans la rue!» ou encore: «Pas de maçon, pas de maison!»

Pierre-Yves Maillard.
«Ces vingt dernières années, à l’échelle de la Suisse, vous avez construit plus qu’un canton de Zurich. Vous avez droit à de la reconnaissance» a souligné Pierre-Yves Maillard, président de l’USS, s’exprimant peu avant le cortège. © Thierry Porchet

 

Large soutien

Le président de l’Union syndicale suisse (USS), Pierre-Yves Maillard s’exprime ensuite: «Vous n’êtes pas seuls! Tous les syndicats de l’USS vous soutiennent. Les milieux patronaux ne pouvaient pas faire plus faux en voulant fragiliser les seniors et en demandant davantage de flexibilité. S’ils vous parlaient, ils sauraient que vous faites déjà des journées à rallonge. Grâce à vous ce pays peut fonctionner. Ces vingt dernières années, à l’échelle de la Suisse, vous avez construit plus qu’un canton de Zurich. Vous avez droit à de la reconnaissance avec une augmentation de salaires et le droit à une vie privée!»

Vania Alleva, présidente d’Unia, renchérit: «Votre lutte est exemplaire et votre détermination impressionnante! Ce n’est pas une promenade, une grève. Votre exemple donne du courage à tous les autres. Ce que demandent les entrepreneurs est inacceptable!»

Vers 11h, près de 900 Genevois arrivent en cortège, entre sifflets, tambours et fumigènes. Anna Gabriel Sabate, secrétaire régionale d’Unia Genève, lance: «Nous sommes les maçons!» Avant de remercier les collègues du canton de Vaud pour l’organisation et de tancer le patronat qui a payé, une nouvelle fois, une publicité pour dénigrer la grève. «Ils ne savent ni écouter, ni négocier et ni compter! Ils disent que trois quarts des travailleurs étaient à leur poste, alors que nous étions près de 3000 à manifester hier à Genève!, s’insurge-t-elle. Les syndicats Sit, Syna et Unia sont fiers de vous, car vous n’avez pas succombé aux menaces. Tout ce que nous allons gagner, c’est grâce à vous! On est beaucoup à avoir quitté notre pays pour travailler ici. On mérite d’être traités justement!»

Peu de temps après, près de 300 Neuchâtelois rejoignent la mobilisation, suivis par plus de 200 maçons fribourgeois. Vers 13h30, le cortège syndical remonte bruyamment les rues de Lausanne. A son arrivée sur la place de la Riponne, Pietro Carobbio, responsable de la construction du canton de Vaud conclut: «Nous sommes plus de 7000. C’est la plus grande manifestation romande des maçons de toute l’histoire de la construction de ce pays!» Et d’ajouter: «On va vous tenir au courant des dernières négociations lundi 14 et on verra si on en remet une couche!»

Vania Alleva parmi les grèvistes.
«Votre lutte est exemplaire et votre détermination impressionnante! Ce n’est pas une promenade, une grève. Votre exemple donne du courage à tous les autres» a déclaré Vania Alleva, présidente d’Unia, avant de se mêler aux manifestants. © Thierry Porchet

 

Voir également:


Témoignages: la parole aux maçons


Sur le chantier Bella Vista des conditions de travail assez moches


Des chantiers aussi à l'arrêt à Zurich...

Manifestation à Zurich.
© Manu Friedrich

 

Le 11 novembre, quelque 1500 travailleurs de la construction de la région, de Berne, de Suisse centrale et orientale ont protesté à Zurich, siège de la Société suisse des entrepreneurs (SSE). Depuis le début de la mobilisation le 17 octobre, près de 15000 maçons au total ont revendiqué une bonne Convention nationale, pour protéger leur santé et le respect de leur vie familiale. Unia s’indigne du «chantage» des entrepreneurs qui lient l’augmentation des salaires à une hausse démesurée de la flexibilité, et ce au risque d’un vide conventionnel. «Les maçons ont maintenant besoin de plus de protection, pas d’une pression encore plus forte! Des journées de travail plus courtes au lieu de journées plus longues sont nécessaires, notamment pendant les mois d’été de plus en plus chauds, et le temps de déplacement de l’entrepôt au chantier doit enfin être entièrement indemnisé», souligne Unia dans un communiqué. Nico Lutz, responsable de la construction chez Unia, déclare: «Les maçons ne céderont pas au chantage. Ils ont de toute façon droit à une augmentation de salaire en raison du renchérissement et de la bonne conjoncture.» Et Johann Tscherrig, responsable de la branche construction de Syna, d’ajouter: «Cette manœuvre soulève la colère des maçons. Compte tenu de la bonne situation économique de la branche de la construction, une augmentation des salaires réels s’impose plus que jamais.» AA


... et en Valais

Grève tunnel du Simplon.
© Unia

 

Des travailleurs de la construction d’une entreprise bernoise actifs sur les chantiers du col du Simplon en Valais ont également déposé les outils vendredi dernier. Ils ont ainsi manifesté leur opposition aux menaces de détérioration de leurs conditions de travail à l’image de leurs homologues alémaniques réunis à Zurich dans le cadre d’une nouvelle journée de protestation. Rappelons encore la situation particulière dans le canton aux treize étoiles: en raison d’un accord salarial signé en décembre 2021 par les partenaires sociaux valaisans, les maçons ne sont pas autorisés à se mobiliser sur des chantiers d’entreprises valaisannes. Ils ont néanmoins manifesté le 29 octobre dernier à Sion (voir L’ES du 9 novembre) pour réclamer de meilleures conditions de travail. SM

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