Les employés du Mandarin Oriental sont à bout

Manif Unia Genève Mandarin
© Thierry Porchet

Unia a attiré l’attention des passants sur la situation du personnel de l’hôtel, dénonçant des violations de la Convention nationale de travail et la surveillance des employés.

Unia a organisé une action de sensibilisation devant l’hôtel genevois pour dénoncer les conditions de travail des employés ainsi que le manque d’ouverture de la direction

Le 8 mai, Unia a organisé une opération de tractage devant l’hôtel de luxe Mandarin Oriental à Genève pour informer la population des abus rapportés par ses employés. Tout a commencé à l’automne 2017. «Nous avions lancé une grande campagne dans l’hôtellerie sur la situation des femmes de chambre, raconte Artur Bienko, secrétaire syndical Unia. Par ce biais, nous avons eu de nombreux retours des employés du Mandarin Oriental qui témoignaient d’abus récurrents et inquiétants.» C’est là que le syndicat décide de se pencher sur ce cas, en récupérant des informations notamment grâce à quelques membres Unia actifs au sein de l’hôtel. «Les salariés nous ont fait part de plusieurs violations de la Convention collective nationale de travail (CCNT) et de la Loi sur le travail», souligne le syndicaliste. La liste des griefs est longue: non-respect du temps de travail contractuel, enregistrement du temps de travail erroné, non-respect des jours de repos hebdomadaires et des temps de pause, surcharge de travail, accroissement de la pression exercée sur les employés, menaces et vidéosurveillance des collaborateurs quasi permanente. «La direction justifie la présence de caméras pour des raisons de sécurité, mais selon certains témoignages, celles-ci comporteraient des micros, ce qui ne se justifie pas», insiste Artur Bienko, qui rappelle que la surveillance des employés est strictement illégale. En parallèle, le taux élevé de rotation du personnel (60%) ainsi que les nombreux licenciements et démissions ont mis la puce à l’oreille du syndicat.

Militant syndical licencié

Unia décide alors d’organiser une assemblée générale (AG) du personnel du Mandarin Oriental fin mars, pour confirmer ou infirmer les soupçons. Des tracts seront distribués sur le lieu de travail par des militants Unia. Un certain mouvement de protestation prend forme. Mais trois jours avant l’AG du 21 mars, l’un d’entre eux, Manuel*, se fait licencier «sous un prétexte douteux». Dans la foulée, Unia envoie un courrier à la direction de l’hôtel avec la résolution syndicale votée par les employés présents et lui propose une rencontre afin de faire le point sur la situation. Dans une réponse adressée au syndicat fin avril, celle-ci propose une réunion le 8 juin. «Les points à aborder sont urgents, martèle le secrétaire syndical. Nous avons le sentiment de ne pas être pris au sérieux.» Unia demande donc d’avancer le rendez-vous, en vain, la direction de l’hôtel refusant de se soumettre à un «ultimatum».

A la suite de ces échanges infructueux, Unia a décidé de hausser le ton et de mettre la pression en organisant cette action. «Nous ne demandons pas la lune, juste une application stricte de la Loi sur le travail et de la convention du secteur», insiste Artur Bienko, déçu de l’attitude adoptée par la direction du Mandarin Oriental et de son manque d’ouverture au dialogue. Quant au collègue licencié, une demande en justice sera rapidement déposée afin d’obtenir réparation.

 

Manuel*

«Je travaillais en tant que contrôleur de marchandises au Mandarin Oriental depuis plus d’un an et demi quand j’ai été licencié. Depuis l’arrivée du nouveau chef de secteur, il y a eu beaucoup de licenciements. J’ai moi-même reçu deux avertissements, injustifiés à mon sens. J’ai d’ailleurs écrit un courrier de désaccord à la direction. Peu de temps avant l’AG, certains collègues m’avaient reproché de déposer des tracts dans la salle de pause. Pour moi, il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’un licenciement antisyndical pour décourager les collègues de se mobiliser. Les employés ont peur de perdre leur emploi et la direction en joue: la pression sur le personnel et les menaces de licenciements sont permanentes. Le problème, c’est que beaucoup de tâches effectuées par les employés ne sont pas reconnues par la direction, et quand on ose aborder la problématique, cela se retourne contre nous. Il n’y a aucune considération pour le personnel.»

Clara*

«La situation s’est dégradée il y a environ quatre ans. Avant cela, nous étions environ 300 employés et nous n’avions pas de problème d’effectifs (entre 200 et 220 employés actuellement, ndlr). Aujourd’hui, à cause du manque de personnel, nous avons de plus en plus de tâches et nous faisons beaucoup d’heures supplémentaires qui ne sont pas compensées, ni financièrement, ni en congés. D’après les managers, si on fait des heures en trop, c’est qu’on ne gère pas bien notre temps et, donc, c’est notre problème. Les chefs nous poussent à bout, nous rabaissent et nous manquent de respect. Par exemple, ils nous appellent pendant nos jours de congé pour nous demander de venir travailler, et si on ne répond pas, on se voit infliger des punitions, à savoir des tâches supplémentaires à notre retour. Je retrouve souvent des collègues en pleurs dans les couloirs, d’autres sont en burn-out. Il y a un ras-le-bol général mais de nombreux collègues n’osent rien dire de peur de perdre leur emploi. Il y a aussi un gros problème avec les temporaires, qui sont soumis aux mêmes exigences que nous mais qui sont payés au lance-pierre, sans compter que le Mandarin Oriental ne leur rémunère pas les trois premiers jours de formation. Pour moi c’est injuste et immoral, car tout travail mérite salaire. Pour ma part, je suis fatiguée. J’aimerais que mon travail soit reconnu à sa juste valeur. Je me suis tournée vers Unia, car je n’en pouvais plus. Il faut que les choses bougent une bonne fois pour toutes!»

*Prénoms d’emprunt