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Le Valais renforce son arsenal anti-canicule au travail

Ouvriers au travail
© Olivier Vogelsang

Le canton du Valais se dote d'un dispositif pour mieux protéger les travailleurs en cas de chaleur extrême, qui peut inclure un arrêt du travail après 14h.

Le canton densifie son réseau de stations de mesure météorologiques. Passé un certain seuil, l’arrêt des travaux est fortement recommandé.

Ce n’est pas encore un plan d’action contraignant, mais ça pourrait le devenir si les entreprises ne jouaient pas le jeu. Les autorités valaisannes ont annoncé ce mardi 14 juillet qu’elles renforcent leur arsenal pour protéger les travailleurs et les travailleuses face à la canicule. Alors que le mercure est reparti à la hausse ces derniers jours, le Service de protection des travailleurs et des relations du travail (SPT) opte pour une densification de son réseau de stations de mesure météorologiques, avec un catalogue de dispositions à appliquer passés certains seuils. 

Un total de 32 sondes est installé sur le territoire cantonal, et d’autres suivront ces prochaines semaines. Cela permet d’effectuer des relevés en continu dans chaque région, avec un maillage beaucoup plus fin. Ces données sont consultables en libre accès sur internet, afin de permettre aux entreprises et à leur personnel de voir quelles mesures de protection contre les fortes chaleurs doivent être mises en place. Ces sondes sont basées sur l’indice de stress thermique WBGT (acronyme anglais pour «température au thermomètre-globe mouillé»), qui tient non seulement compte de la température et de l'humidité, mais aussi du rayonnement solaire, afin de mieux correspondre aux conditions climatiques ressenties.

 

Interdiction formelle possible

Le site du SPT fournit les données en temps réel ainsi que les prévisions pour les jours suivants. En fonction du niveau de stress thermique atteint dans leur région, les entreprises peuvent prendre connaissance des mesures qui sont obligatoires ou recommandées. Par exemple, si le seuil critique de 29,4 degrés WBGT est dépassé pendant au moins une heure, «les travaux physiques intenses réalisés en plein air sans possibilité d’ombrage seront très fortement déconseillés entre 14h et 17h», écrit le Canton dans son communiqué de presse. Et de préciser qu’il pourra, le cas échéant, décréter une interdiction formelle. Une exception est toutefois prévue pour les activités indispensables relevant de la sécurité publique, de situations d’urgence ou de la protection contre des événements naturels. 

Le respect de ces recommandations fera l’objet de contrôles sur le terrain. En cas de mise en danger de la santé des travailleurs, les autorités avertissent les employeurs que des procédures pénales pourront même être ouvertes à leur encontre. 

En-dehors de cette plage horaire de 14h à 17h, l’ensemble des mesures de prévention prévues par la législation sur la protection de la santé au travail reste en vigueur, notamment l’adaptation des horaires, l’organisation de pauses régulières, la mise à disposition d’eau potable, de zones d’ombre et de moyens permettant de limiter les contraintes liées à la chaleur.

 

La balle est dans le camp des entreprises

En parallèle, le SPT demande aux maîtres d’ouvrage, aux communes et à toutes les entités publiques et parapubliques de faire preuve de souplesse dans la gestion des délais d’exécution des travaux, et les encourage à renoncer aux pénalités de retard lorsque le travail a été interrompu pour protéger la santé des travailleurs. Le Canton invite de plus les communes à autoriser une anticipation du début du travail dès 5h30 du matin, en faisant appel à la compréhension de la population à ce sujet.

Secrétaire régional d’Unia Valais, Blaise Carron salue la mise en place de ce dispositif. «Ce qui est particulièrement intéressant, c’est qu’en reposant sur l’indice WBGT, il se base sur des critères objectifs. Et que le maillage fin des sondes permet l’application de mesures différenciées en fonction des conditions climatiques dans chaque région. Maintenant, c’est aux entreprises de prendre leurs responsabilités. Si elles suivent les recommandations, il n’y aura pas d’obligation d’arrêt du travail. La balle est dans leur camp.» Le syndicaliste prévient qu’Unia va sillonner le territoire cantonal pour effectuer des contrôles.

Les syndicats genevois interpellent le Conseil d’Etat

A Genève, les entreprises ont intérêt à avoir l’œil rivé en permanence sur les communiqués du Canton, car les ordres et contre-ordres se suivent à un rythme soutenu! Ainsi, après avoir annoncé le vendredi 10 juillet que l’arrêt à 13h des travaux exposés au soleil - déjà décrété quelques jours à la fin de juin - serait à nouveau obligatoire dès le lundi 13 juillet, l’Office cantonal de l’inspection et des relations du travail (OCIRT) change d’avis ce même lundi. A la mi-journée, face au ciel nuageux, il décide de suspendre la mesure… laquelle est pourtant remise en vigueur le lendemain matin, mais seulement jusqu’à la fin de la journée de mardi, étant donné les prévisions météorologiques optimistes pour le reste de la semaine. Une chatte y perdrait ses petits!

Ce micmac ne fait cependant pas perdre le nord aux syndicats Unia, SIT et Syna, qui, via un communiqué de presse, ont interpellé la conseillère d’Etat genevoise chargée de l’Economie, Delphine Bachmann, pour lui demander de ressortir du tiroir le dossier du fonds intempéries. Un projet que les partenaires sociaux lui ont présenté il y a plus de deux ans et qui vise à indemniser les travailleurs lors d’interruptions du travail causées par des conditions climatiques extrêmes. Car les employeurs disposent de deux jours de carence pour chaque période d’un mois, ce qui se solde par des pertes de revenus pour les salariés. Sans compter les employés temporaires qui, eux, ne touchent rien du tout pendant toute la durée des interruptions.

Selon une étude, ce fonds coûterait entre 6 et 12 millions de francs par an. Montant qui devrait être à la charge de l’Etat et, si besoin, du patronat, estiment les syndicats. Ils regrettent que le dossier se soit enlisé sous prétexte que les caisses sont vides, et appellent le Conseil d’Etat à faire preuve de courage face à la multiplication des épisodes de chaleur extrême. Ils n’excluent pas de lancer une initiative populaire, s’ils n’obtiennent pas de «réponse satisfaisante à leurs revendications légitimes».

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