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La campagne contre le travail du dimanche sans protection des vendeuses est lancée

Rue marchande à Genève.
©Thierry Porchet

Hors de question pour Unia et ses alliés d’accepter l’ouverture, trois dimanches par an, des commerces genevois sans compensation.

Les Genevois devront se prononcer le 19 mai sur la modification de la Loi sur les heures d’ouverture des magasins. Le comité référendaire, dont Unia fait partie, invite à voter massivement Non

Ouvrir les commerces genevois trois dimanches par an? Unia et ses alliés ne sont pas foncièrement contre. Mais le faire sans prévoir aucune compensation pour les travailleurs de la vente, ça, ça n’est clairement pas négociable. C’est pourtant ce que les employeurs du secteur ont tenté d’arracher en modifiant la Loi sur les heures d’ouverture des magasins (LHOM), permettant l’ouverture de trois dimanches par an à titre expérimental sans avoir à négocier de Convention collective de travail (CCT). Un passage en force qui, rappelons-le, va totalement à l’encontre du compromis voté le 27 novembre 2016 par le peuple prévoyant les ouvertures dominicales pour autant que des conditions de travail dignes soient garanties par une CCT. Ce sera finalement aux électeurs du bout du lac de trancher le 19 mai prochain. C’est pourquoi les syndicats et les partis de gauche, qui ont officiellement lancé leur campagne pour le Non à la modification de la LHOM, ont réuni les médias la semaine passée. L’occasion aussi d’offrir aux consommateurs des cabas les sensibilisant au personnel de vente qui travaille dans les coulisses de ces magasins.

Concilier vie professionnelle et famille

«Assouplir les dispositifs légaux de protection est très grave, insiste Pablo Guscetti, secrétaire syndical chez Unia. Si nous perdons dans les urnes, il n’y aura plus besoin de négocier une CCT pour ouvrir les dimanches...» Quant aux répercussions sur le personnel de vente, déjà en souffrance, elles seront bien réelles, comme le témoigne cette vendeuse de la Migros depuis quinze ans, qui a préféré conserver l’anonymat: «Nous sommes constamment en sous-effectifs, ce qui veut dire que les personnes qui restent sont amenées à faire plus de tâches et à être davantage polyvalentes. En tant que caissière, on me demande d’aller dans les rayons, de faire plusieurs choses en même temps et, du coup, j’ai du mal à me concentrer quand je suis à la caisse et les risques de faire une erreur sont plus grands. Depuis que je travaille, les conditions se sont dégradées et il est de plus en plus difficile d’organiser notre vie de famille, car les jours de congé ne sont plus fixes mais aléatoires.»

Le pouvoir d’achat qui fait défaut

Le comité Non à la LHOM dénonce un déni démocratique et appelle à donner un signal fort à l’ensemble du patronat. Selon lui, si les Genevois consomment moins à Genève et se tournent vers la France ou Internet, ce n’est pas à cause des horaires mais du pouvoir d’achat. La libéralisation des heures d’ouverture n’est donc pas la réponse adaptée au problème. «Un franc dépensé le dimanche sera un franc qui n’est pas dépensé le lundi, souligne le socialiste Romain de Sainte Marie. Les consommateurs n’auront pas plus d’argent à disposition.» Sans oublier la menace qui plane sur les petits commerces. «Déjà autorisés à ouvrir le dimanche à condition qu’ils n’emploient pas de personnel, ils se feront écrasés par la concurrence des grosses enseignes», ajoute la verte Isabelle Pasquier.

Enfin, le comité genevois pour la grève des femmes refuse «une telle manœuvre qui foule aux pieds les droits des femmes». «Les femmes, majoritairement représentées dans le commerce de détail, sont soumises à des conditions de travail presque abusives et à des atteintes graves de leur santé», dénonce Camille Selleger. Temps partiel, flexibilité extrême, travail répétitif, bas salaires, postures peu physiologiques ou encore absence de lumière du jour: la liste est longue. «Les vendeuses doivent être traitées avec respect!»

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