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Devenir des alliés des femmes

Virginia Markus
©Thierry Porchet

Déjà connue pour son combat antispéciste, Virginia Markus a décidé d’aider les auteurs de violences sexistes et sexuelles à changer de comportement.

Avec sa nouvelle académie Consentir, Virginia Markus propose une rééducation relationnelle et sexuelle des hommes auteurs de violences, ou pas. Rencontre.

On la connaissait plutôt pour son combat en faveur de la cause animale, mais Virginia Markus a plusieurs cordes à son arc. Elle vient de fonder l’académie Consentir, une structure unique en son genre, spécialisée dans la rééducation relationnelle et sexuelle des hommes ayant commis des agressions à caractère sexiste et sexuel. Elle accompagne ces hommes qui ont violé, abusé ou agressé, dans le but de les aider à comprendre les raisons de leur comportement et à en changer concrètement. Une thématique qui a toujours animé la travailleuse sociale, dans sa vie personnelle et professionnelle. Avec son association Co&xister où elle accueille pourtant des animaux, elle a constaté un besoin éducatif réel, qui concerne à la fois les femmes et les hommes. «A chaque visite de mon sanctuaire, je parle du consentement des animaux, et j’ai vu qu’on avait tous, petits et grands, beaucoup à apprendre de cette notion dans la pratique, puisque le consentement ne s’appréhende pas que dans les relations à caractère sexuel. Il s’agit d’une posture de chaque instant, raconte Virginia Markus. Dans la théorie, on est presque tous d’accord avec le principe du consentement, mais l’appliquer est une autre affaire. Ces dernières années, ponctuellement, j’ai accompagné des femmes ayant vécu des abus et des hommes en ayant commis. J’ai vécu ça comme un feu intérieur l’an dernier, il fallait que je professionnalise mon approche.» 

 

Outiller pour changer

Avec son parcours de travailleuse sociale, Virginia Markus avait à cœur de proposer un lieu non médicalisé, mais plutôt éducatif et très pratique. «Un cadre thérapeutique et judiciaire est évidemment nécessaire dans certains cas, mais il ne s’agit pas de ça ici.» 

Consentir est une démarche socioéducative qui s’adresse aux hommes majeurs, capables de discernement et qui ont une intention sincère de faire évoluer leur posture relationnelle. Ils viennent car ils en ressentent le besoin, pas parce qu’ils y sont contraints par une décision de justice. Ces hommes ont pu agresser ou harceler des femmes ou des minorités de genre. «Je reçois aussi des hommes qui n’ont rien fait de tout ça mais qui ne savent plus comment s’y prendre, comment aborder les relations différemment, comment appliquer la notion de consentement et qui cherchent des clés concrètes. Ils ont déjà cheminé sur l’envie de changer mais n’ont ni les codes ni les ressources pour agir différemment.» 

Les premiers rendez-vous se font en visio, puis, c’est un peu à la carte. «Je n’ai pas de bureau. C’est très informel, le format n’est pas figé. Je me déplace beaucoup, jusqu’à Paris. L’accompagnement est individuel mais à terme, il y aura des stages et des ateliers pratiques en groupes.» Des médiations entre victimes et agresseurs sont aussi au programme, sur le principe de la justice restaurative.

 

Réparer les hommes

Comme avec les éleveurs qu’elle accompagne vers une reconversion, la militante antispéciste dit se sentir à l’aise avec ce type de public. «J’arrive à parler le même langage qu’eux, et mon but est de briser la glace très vite.» Les premiers retours sont encourageants. «Ils m’ont dit que jamais aucune femme avant ne les avait confrontés ainsi, et que c’était nécessaire. On met le doigt là où il y a un problème à régler et on y va!» 

 

Une partie du processus consiste à faire l’effort de comprendre la réalité de l’agresseur, ce qui l’a poussé à en arriver là. «Je sais que ça peut en choquer certains, mais il me paraît essentiel de dépasser le clivage et de laisser son jugement de côté. En tant que femmes et féministes, nous avons des revendications fortes à mettre sur la table, mais dans toute évolution structurelle, un travail d’accompagnement au changement doit pouvoir inclure ceux que l’on accuse de nuire. En l’occurrence, on parle ici de la moitié de la population. Dans un cas de violence sexiste et/ou sexuelle, on ne peut pas non plus avancer en protégeant uniquement les femmes, sans prendre en charge la rééducation relationnelle des hommes. Il existe de multiples associations pour soutenir les femmes victimes, et heureusement, car c’est plus que fondamental, mais les structures pour accompagner les agresseurs, conscients ou pas, sont bien moins nombreuses. L’écrasante majorité des hommes ne sera ni condamnée ni contrainte à des soins, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Alors, mon académie œuvrera avec eux, sur une base volontaire.» 

 

Vivre ensemble

Consentir n’est pas une association: l’accompagnement est payant, et cela a son importance. «C’est aussi une manière pour les hommes de se responsabiliser. Les femmes paient des années de thérapie pour surmonter le trauma d’une agression. Il est temps que les hommes prennent leur part.» 

Virginia Markus, en tant que femme, estime avoir une responsabilité à jouer dans cette équation. Même si elle n’attend aucun résultat. «Evidemment, on n’arrivera jamais à un résultat parfait, comme dans toute lutte sociale. Il y a des profils qu’on ne parviendra jamais à changer et des polarités qu’on ne pourra pas réunir. Comme j’aime dire, il y a les féministes d’un côté, et Depardieu de l’autre, mais au milieu, il y a une masse d’hommes qui ne se retrouve dans aucun de ces deux modèles et qui veut mieux faire.» L’objectif visé par notre militante, avec Co&xister comme avec Consentir, est toujours le même: tendre vers le vivre ensemble, sans naïveté, mais avec détermination.

Plus d’infos sur: academie-consentir.com/ 

Et sur Instagram: instagram.com/academie_consentir 

Une vidéo de Virginie Zimmerli. 

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