Des employées de KFC-Genève passent toujours à la casserole

Action devant une enseigne KFC.
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Soutenu par Unia et des militants de gauche, le Sit a mené une action le 16 octobre devant une enseigne genevoise du KFC.

Après Unia, c’est au tour du syndicat Sit de dénoncer des violences sexuelles au sein de la chaîne de restauration rapide

Soutenu par Unia, le syndicat Sit a mené une action le 11 octobre devant un KFC genevois pour dénoncer des violences sexistes et sexuelles de la part d’un responsable de la chaîne de restauration rapide spécialisée dans le poulet frit.

En 2021 et 2022, un manager du KFC de la Praille «touchait et se frottait régulièrement à des employées», accuse le syndicat genevois. «Les plaintes de plusieurs victimes à la direction et les entretiens qui ont suivi n’ont rien changé. La direction a intimidé les victimes et a promis à certaines d’entre elles plus d’heures en échange de leur silence.» A la suite des menaces de ce manager, l’une des victimes, défendue aujourd’hui par le Sit, fait alors une crise d’angoisse au restaurant, qui nécessite l’appel d’une ambulance. Après un second malaise, elle est licenciée. «On lui a reproché que ses crises d’angoisse mettaient en danger sa santé et sa sécurité tout comme celle de ses collègues.» Un comble pour le Sit.

Le syndicat entend que la société Sogood, qui détient la franchise KFC à Genève, reconnaisse le harcèlement sexuel, s’engage à prendre des mesures concrètes pour protéger ses salariées et indemnise les victimes. Le Sit peut s’appuyer sur un dossier fort de témoignages, de rapports médicaux, de dénonciations et d’avertissements de l'Inspection du travail, mais l’entreprise, pour l’heure, n’est pas entrée en matière. Notons qu’entre-temps le manager harceleur a cessé de travailler pour la chaîne de fast-food.

Des précédents...

Ce n’est pas la première fois que KFC-Genève est le théâtre de harcèlements. En 2020, des travailleuses du KFC des Cygnes avaient contacté Unia. «Elles étaient harcelées sexuellement et mobbées par le même manager, qui, par ailleurs, tenait des propos racistes envers le personnel. Il agissait de la sorte depuis plusieurs années sans réaction de la direction, qui était pourtant au courant. Ce monsieur commençait par les draguer, à les inviter à boire un verre et à venir chez lui, il leur offrait des cadeaux et leur envoyait des messages en dehors des heures de travail», se souvient Camila Aros, secrétaire syndicale d’Unia Genève. «Lorsque les filles posaient des limites, il devenait très insistant et, pour finir, méchant envers elles. Il les harcelait, les agressait verbalement, les humiliait, les insultait devant les collègues et profitait de sa situation de chef pour les pénaliser. Dans la plupart des fast-foods, le personnel a des contrats zéro heure, c’est du travail sur appel et le moyen le plus direct de sanctionner un collaborateur ou une collaboratrice est de ne pas le faire travailler. Elles se retrouvaient donc privées de salaire. Après avoir saisi l’employeur en vain, nous avions dû contacter les responsables de la marque au niveau international. Ils ont craint pour l’image de la société et ce manager a été licencié.»

Tolérance zéro

Le Sit exige qu’une enquête externe soit menée par un organisme indépendant auprès de tout le personnel féminin ayant été en contact avec le manager incriminé, comme Unia l’avait obtenue au KFC des Cygnes. «Pendant l’action, l’employeur nous a envoyé un courriel en se disant d’accord de négocier», indique Julien Repond. Contacté à la fin de la semaine dernière, le secrétaire syndical du Sit était encore dans l’attente d’une rencontre. Faute d’accord, de nouvelles actions devraient avoir lieu, de même que des plaintes aux Prud’hommes et au pénal.

«Ce genre d’agissements a toujours eu lieu dans la restauration rapide, conclut Camila Aros, c’est un milieu problématique, ce sont surtout des jeunes qui y travaillent et qui ne connaissent pas forcément leurs droits, il y a énormément d’abus. Mais les mentalités évoluent et c’est très bien. Il est très important que ces faits soient dénoncés, que toutes les personnes qui en sont victimes nous contactent. Il faut appliquer une tolérance zéro, les employeurs doivent savoir que nous n’hésiterons pas à les dénoncer publiquement.»